logo_epubDepuis quelques années, un débat a lieu dans le milieu du livre, débat auquel ont longtemps tenté d'échapper les éditeurs : doit-on développer le livre numérique ?

Si les éditeurs et les lecteurs sont encore frileux, en France, le sujet pose beaucoup moins de problème, à l'étranger, puisque, aux USA, les recettes du livre numérique dépassent celles du livre papier.

En France, les grands éditeurs papier ont longtemps tenté de minimiser l'essor du livre numérique, aidés en cela par une offre de liseuses numériques réduite et aux prix assez élevés (encore maintenant, on ne trouve pas de liseuse numérique dans la plupart des grandes surfaces).

Côté lecteur, ce n'est probablement pas tant la frilosité devant la technologie que l'amour du livre papier qui a longtemps mis un frein au développement des livres numériques.

Côté éditeur, ne cherchez pas plus loin que la peur d'une perte financière en modifiant un marché parfaitement structuré et suffisamment rigide pour que n'importe qui ne puisse pas faire n'importe quoi.

Rajoutez à cela la peur, compréhensible, des métiers attachés uniquement au livre papier (imprimeurs, libraires, diffuseurs, distributeurs) et vous comprendrez la raison d'un réel retard, dans notre hexagone, dans le développement du livre numérique.

Je ne serai pas hypocrite, j'ai été longtemps, contre le livre numérique, considérant que le seul support pour un livre était le papier. Bêtement, peut-être, comme beaucoup, sûrement, j'ai fait s'affronter les deux supports avant d'accepter que l'un n'était pas l'ennemi de l'autre, mais peut-être, juste, un complément.

Rien ne remplacera le plaisir de prendre un livre en main (surtout si c'est le sien), de sentir la douceur du papier sous ses doigts, l'odeur de ce même papier tatoué à l'encre de lettres et de mots, le bonheur de tourner la page pour découvrir d'autres phrases, jusqu'à arriver à la couverture cartonnée.

Pour autant, force est de reconnaître que le livre numérique offre bien des perspectives et des avantages.

Si le plaisir physique n'est plus là (ou alors au travers de la liseuse), le livre numérique permet plein de choses, pour le meilleur et pour le pire.

Le meilleur ? Plus de frais d'impression, ce qui permet de diminuer de façon non négligeable le prix du livre (même si les grands éditeurs ne jouent toujours pas le jeu en proposant le livre numérique au même prix que le livre papier). Plus besoin de stock (ce qui diminue également les coûts). Plus de frais de distribution, de diffusion, pas de frais de retour d'invendus, de frais de mise au pilon... et, la possibilité de baisser le prix du livre en fonction du marché, ce que ne permet par le livre papier puisque la loi Lang de 1981 sur le prix unique du livre oblige l'éditeur à imprimer le prix de l'ouvrage sur la couverture.

Pour le lecteur, la possibilité de transporter leur bibliothèque sur lui dans un petit objet de moins de 200 grammes, l'avantage de pouvoir grossir les caractères pour les plus myopes d'entre eux, la capacité de connaître la définition d'un mot inconnu en appuyant sur l'écran. Et pour les plus mélomanes, la facilité d'une lecture en musique avec les liseuses équipées d'un lecteur MP3.

Le pire ? Les problèmes que posent les livres numériques, outre ne plus apporter d'argent aux imprimeurs et de signer la mort de la plupart des librairies, c'est aussi, et surtout, le risque de tomber sur des ouvrages à la qualité discutable (c'était déjà le cas avec le développement de l'auto-édition grâce à l'imprimerie numérique).

Maintenant, tout un chacun peut créer son livre numérique (j'en parlerai prochainement) et peut le distribuer sur différentes plateformes dont Amazon. Comme tout le monde n'est pas forcément rigoureux ou n'a pas les capacités ou les connaissances permettant de livrer un travail quasi irréprochable, on a vite fait de tomber sur des ouvrages de piètres qualités, autant littéraires qu'éditoriales.

Vous me direz, c'était déjà le cas grâce ou à cause de sites comme Lulu.com ou TheBookEditions.com (j'aborderai également le sujet plus tard).

Pour le bien ou le mal des lecteurs, il est désormais possible de se procurer des livres qui n'auraient jamais été publiés par des éditeurs bien trop frileux pour investir dans un auteur inconnu ou dans un ouvrage à l'intérêt commercial limité.

Mais, le risque de se retrouver face à de mauvais livres pourrait-il se retourner contre le livre numérique ?

Car le livre numérique, de par sa facilité de création et du peu d'investissement financier qu'il nécessite, incite tout un tas de personnes à créer des maisons d'édition uniquement tournées ver le numérique. Si vous n'avez pas d'argent mais que vous avez du temps, alors, rien de plus facile que de vous lancer dans l'aventure, ce qui était moins le cas avec les livres papier. Comme vous n'avez pas besoin de gros investissements en retour vous risquez peu de pertes si votre entreprise ne marche pas. Vous n'avez pas besoin de stocker les ouvrages, donc pas besoin de place, un ordinateur vous suffit. Pas de frais de port, les livres sont envoyés par mail ou téléchargeables directement sur un site, en clair, c'est l'Eldorado, du moins beaucoup le croient-ils.

Pour le lecteur également, l'investissement est moindre. Car, si une liseuse numérique est préférable (cela fera le sujet d'un prochain article), l'ustensile n'est même pas obligatoire puisque vous pourrez lire les livres numériques directement sur votre ordinateur à l'aide de logiciel adapté comme Calibre (sujet qui sera également traité). Si l'ordinateur n'est pas le support rêvé pour l'ouvrage numérique, il vous permet tout de même de lire de manière sporadique. Avec, en prime, les livres numériques moins chers que les livres papiers, voire gratuits, pour les livres qui sont passés dans le domaine public (dont les auteurs sont morts depuis plus de 70 ans), le lecteur peut être alors aux anges.

Si on rajoute le plaisir que l'on peut avoir à découvrir un petit livre que personne ne connait et le conseiller à ses proches, alors, le livre numérique peut apporter un réel plaisir aux lecteurs, même aux plus papivores d'entre eux.

Car, l'idéal n'est pas de remplacer le livre papier par le livre numérique, mais de faire coexister les deux supports.

Au final, qu'on le veuille ou non, le livre numérique se développera et il faudra faire avec aussi, autant s'adapter au marché et proposer les versions numériques des livres papiers.

Ainsi, OXYMORON Éditions est en train de préparer la numérisation des ouvrages de son catalogue et sera à même, prochainement, de proposer ses livres en différents formats (papier, Epub, Mobi, Pdf).