carte-pyrenees-orientalesJe ne vous étonnerai pas en vous confiant que les éditeurs ne publient pas forcément un livre, uniquement sur ses qualités littéraires. Non, le but d'un éditeur étant, avant tout, de vendre des livres, beaucoup de mes confrères font également des choix en fonction du potentiel commercial de l'ouvrage.

En effet, je ne suis pas certain que chaque roman d'Amélie Nothomb bénéficie d'une qualité littéraire exceptionnelle, mais, l'éditeur derrière l'ouvrage est assuré, à chaque rentrée, de vendre un certain nombre d'exemplaires sur le seul nom de l'écrivain (ce n'est pas pour rien qu'elle est en photo sur chacune de ses couvertures car l'éditeur vend plus un nom qu'un roman). On pourrait blâmer ces éditeurs peu scrupuleux si le procédé n'était pas vendeur (encore hier, je lisais, sur un blog, une mauvaise critique du dernier livre de l'écrivain belge, l'auteur du blog se vantant même d'acheter chacun de ses livres et de n'en avoir aimé aucun depuis fort longtemps).

Mais pourquoi ne blâmer que l'éditeur, il faudrait également critiquer le lecteur qui achète des livres uniquement sur des critères extra-littéraires. Ainsi, la responsable d'une grande librairie de la région me confiait qu'elle était, elle-même effarée, de voir des clients lui demander ce qu'il fallait lire pour faire bien ou de demander le dernier Amélie Nothomb sans même savoir quel en était le titre ou quel en était le sujet.

De la même manière, dans la région, l'esprit très "chauvin" du lecteur le pousse bien souvent à sélectionner un ouvrage en fonction du lieu dans lequel se déroule l'intrigue.

Les éditeurs du département ont bien compris cette attirance pour le lecteur local, pour les romans "locaux" et tous, ou presque, se sont engouffrés dans la brèche (le plus gros éditeur de la région ne tablant plus que sur l'aspect "terroir" des romans qu'il publie).

Ainsi, pour vendre leurs livres, les éditeurs choisissent ou commandent des romans se déroulant dans les Pyrénées-Orientales, au nord de l'Espagne ou, à la rigueur, dans le Languedoc Roussillon. Les titres, eux, sont composés, la plupart du temps de mots tels que "Catalan", "Pyrénées-Orientales", "Perpignan", ou tout autre nom de village du département.

Pour autant ces livres sont-ils mauvais ? Il faut espérer que non, certains ont même bonne presse et une foule de supporters ("Catalan Psycho" de Gill Graff, par exemple, que je m'empresserai de lire dès qu'il sera disponible en livre numérique, seule façon de détourner le format, petit, du livre papier qui ne me plaît pas et, surtout, l'omniprésence, dans celui-ci, des césures, figures typographiques qui me rebutent au point que vous n'en trouverez aucune dans les ouvrages que j'édite).

Mais, même si ces romans "terroirs" sont bons (pas tous, non plus, il ne faut pas exagérer), j'ai bien peur que, pour la plupart (notamment les polars), l'aspect "terroir" ne soit qu'une commande de l'éditeur ou bien une volonté d'installer l'histoire dans la région afin d'être plus facilement édité et que le tout aurait pu se dérouler ailleurs sans que cela ne change quoi que ce soit à l'histoire.

Cependant, si les éditeurs et les lecteurs sont, en partie, responsables de cette quête du "terroir" à tout prix (surtout au prix de la qualité), la responsabilité échoit également et pour une bonne part, au Conseil Général.

Effectivement, le Conseil Général des PO n'offre son soutien qu'à des oeuvres dont l'histoire se déroule dans le département ou aborde l'histoire du pays catalan. Ainsi, le même Conseil Général se désintéressera des petits éditeurs cherchant à se développer si ceux-ci ne font pas dans le "terroir".

Avec la crise du livre doublée de la crise "tout court", il est tellement difficile, pour un éditeur débutant, de réussir à percer ou, tout du moins, à vivre de son travail, que l'on comprend aisément que la tentation soit grande de mettre son éthique de côté pour obtenir de l'aide et du soutien.

Mais, plus qu'un problème financier pour les éditeurs (même si c'est important), c'est la diversité culturelle de la région qui est menacée. A pousser tous les éditeurs locaux à faire du roman "terroir" pour obtenir des aides, le Conseil Général menace cette dite diversité culturelle.

Ce n'est pourtant pas faute de mettre le Conseil Général devant ce non sens qu'est de préférer aider des éditeurs déjà installés ayant fait le choix du "terroir" pour les raisons susnommées plutôt que de petits éditeurs naissant cherchant à proposer autre chose, d'autres romans, d'autres histoires ; mon interlocuteur me répond, à chaque fois, qu'il comprend mais que la politique du Conseil Général est celle-ci et qu'il n'y peut rien.

Ne pouvant faire évoluer les institutions, il ne reste, aux éditeurs, qu'à tenter de faire changer les mentalités des lecteurs (ce qui n'est guère plus facile) afin de les orienter vers d'autres ouvrages que ce que leur proposent les éditeurs du coin. A défaut, ces petits éditeurs, pour survivre, se verraient contraints d'user de subterfuges en déplaçant, opportunément, toutes les histoires des romans retenus, dans le département, sans autre raison que celle commerciale.

Aussi, si vous ne voulez pas d'une uniformisation de la littérature locale et si vous militez pour une diversité culturelle, je vous engage à soutenir les petits éditeurs de la région qui tentent le pari de refuser le roman "terroir" à outrance, en achetant les ouvrages qui ne s'inscrivent pas forcément dans le département.

Parce que le lecteur a le pouvoir de tout changer, engagez-vous dans le soutien d'une autre dynamique culturelle. Pour cela, vous pouvez acheter les ouvrages publiés par OXYMORON Éditions.