manuscritLe plus long, pour un écrivain, n'est pas forcément d'écrire un livre, c'est de réussir à être publié à compte d'éditeur.

Effectivement, comme je l'ai déjà signalé, entre le moment où vous envoyez votre manuscrit à des éditeurs et le moment où celui-ci sortira sous forme de livre en librairie, il peut se passer plusieurs dizaines de mois.

Aussi, est-il important de mettre toutes les chances de son côté en envoyant le meilleur manuscrit possible de la meilleure des façons.

Pour ce qui est de votre manuscrit, si l'écrire a été long, très long, il serait dommage de tout gâcher en ne faisant pas quelques efforts supplémentaires pour le présenter au mieux.

Inutile de préciser qu'il vaut mieux envoyer un tapuscrit plutôt qu'un manuscrit (en clair, tapez votre texte sur l'ordinateur et imprimez-le, même si vous écrivez à l'ancienne avec un stylo et une feuille de papier). Mais, imprimez votre ouvrage ne suffit pas, il faut également bien le présenter.

Généralement, il est réclamé, par la plupart des éditeurs que le texte ne soit imprimé que sur le recto des feuilles avec un interlignage et des marges permettant les annotations.

Le premier conseil est de faire une mise en page très sobre. Surtout ne laissez pas aller votre imagination en utilisant des polices de caractères farfelues, des sauts de pages anarchiques, et des formats multiples (par expérience, les manuscrits comportant diverses mises en pages et diverses polices de caractères, deviennent vite indigestes et l'éditeur ou le comité de lecture ne fera pas grand effort pour passer outre et aller chercher les qualités qui peuvent se cacher derrière ces défauts.)

Évitez également, sauf si vous avez volontairement écrit un ouvrage illustré, de mettre des dessins ou des photos pour agrémenter votre tapuscrit, cela est totalement inutile mais surtout rédhibitoire et peut très vite donner à votre ouvrage, l'air d'un fascicule des témoins de Jéhovah (ne rigolez pas, j'ai déjà reçu ce genre de tapuscrits).

Pour faire simple : faites simple.

Une fois assuré que votre mise en page est claire et minimaliste, n'hésitez pas à vous relire ou à faire relire votre tapuscrit par quelqu'un qui aura un recul nécessaire pour traquer les coquilles et les grosses fautes d'orthographe et de grammaire. Lire un manuscrit, si bon soit-il, demande de l'effort, une débauche de temps et d'énergie. Rien de plus dissuasif, alors, de faire cet effort si l'on sent que l'auteur, lui, n'a pas pris le temps de revoir sa copie un minimum. Ce constat est encore pire lorsque vous envoyez votre ouvrage sous format numérique. Si, en ouvrant le fichier dans Word (ou tout autre traitement de texte), on découvre des centaines de mots soulignés en rouge, alors, on se dit que l'auteur n'a même pas pris le temps de faire cette démarche et c'est assez rageant.

Vous avez mis beaucoup de temps à écrire votre histoire, prenez-en encore un peu plus pour chasser toutes les impuretés. Il n'est pas demandé d'avoir une orthographe irréprochable (sinon il n'y aurait plus de travail pour les correcteurs et les correctrices), mais il est nécessaire que l'on sente que l'auteur a fait son maximum.

Car, effectivement, comment miser son argent sur un auteur quand on sent que celui-ci n'a pas fait beaucoup d'efforts pour vous séduire ? En plus, il y a tout à penser, dans ce cas, que l'auteur rechignera également à retravailler son texte et à vous le rendre en temps et en heure. Aussi, plutôt que de prendre des risques supplémentaires à ceux inhérents à toute édition, l'éditeur préférera choisir un autre texte.

Généralement, il est préférable de faire relier son manuscrit (plus facile à lire et on évite les feuilles volantes, il manquerait plus que l'éditeur ait aimé votre livre mais qu'il ait perdu la 1ère page contenant vos coordonnées) et de l'accompagner d'un synopsis détaillé, ainsi que d'une présentation de l'auteur.

Le synopsis permettra, à l'éditeur ou au comité de lecture, de passer outre un début d'ouvrage un peu lent ou mal mis en place pour peu que le synopsis laisse présager d'une histoire intéressante. Sans cela, vous risquez que l'éditeur ne prenne pas la peine d'aller plus loin que les premières pages si celles-ci ne sont pas qualitatives.

La présentation de l'auteur permettra de voir le texte et la relation avec l'auteur d'une façon différente. Si l'auteur est très jeune, on lui pardonnera certaines choses. Si l'auteur a un cursus qui l'amène à travailler avec les mots, on se dira que, même en cas de premier roman, il est amené à pouvoir en écrire d'autres. Au contraire, si l'auteur à 75 ans et vous propose son premier roman, on est amené à envisager, avec lui, probablement un coup unique d'édition. Si la personne se présente comme un auteur d'expérience, on sait qu'il sera probablement plus facile de le faire retravailler son texte. Si au contraire l'auteur est jeune et inexpérimenté mais que son texte est pas mal, on peut envisager qu'il ne fasse que s'améliorer pour les prochains.

Bref, dans tous les cas, une présentation, au moins succincte, est toujours préférable.

Vous pouvez même profiter de votre lettre de motivation pour vous présenter, ce qui vous permettra de faire d'une pierre deux coups. Sans verser dans la flagornerie, il est tout de même préférable d'écrire quelques mots que d'envoyer votre manuscrit tel que, sans rien d'autre.

Si vous envoyez votre tapuscrit par mail, cela ne vous libère pas d'un minimum de bienséance. Recevoir un mail avec un lien vers un blog ou un fichier joint sans un mot n'est pas très engageant. Je peux vous assurer qu'il faut alors du temps et de la conscience professionnelle pour tout de même commencer à lire l'ouvrage.

Inutile de perdre votre temps et votre argent à envoyer votre tapuscrit à des éditeurs que vous n'intéresserez pas. Ainsi, si vous envoyez votre roman contant les aventures amoureuses d'une vampire et d'un loup-garou aux prises avec une bande de hobbits à un éditeur qui ne fait que dans le roman policier, vous avez alors perdu du temps et de l'argent pour rien.

Il faut donc cibler les éditeurs auxquels vous envoyez vos manuscrits. Pour cela, rien de mieux que d'aller lire la ligne éditoriale de celui-ci sur son site ou, si vous ne trouvez pas le renseignement, de l'appeler directement pour savoir si votre histoire est susceptible de l'intéresser.

Les grosses maisons d'édition étant celles qui mettent le plus de temps à répondre (du fait du nombre important de tapuscrits qu'elles reçoivent) privilégiez un premier envoi à celles qui vous intéressent le plus avant d'envisager une seconde salve vers des éditeurs moyens et, un peu plus tard, une troisième vers les petits éditeurs.

Ainsi, vous éviterez de signer, précipitamment, avec un petit éditeur et de recevoir, par la suite, une réponse positive d'un éditeur plus important. N'oubliez pas, dans la gestion des envois, de prendre en considération que les gros éditeurs mettront plus de 6 mois à vous répondre.

Au final, vous avez peut-être écrit un excellent roman, pour autant rien n'est gagné d'avance et il va vous falloir faire encore des efforts pour séduire un éditeur.

Relisez-vous, faites en sorte d'éliminer toutes les grosses coquilles, qu'on ne puisse pas vous accuser de laxisme. Utilisez une mise en page sobre, n'hésitez pas à vous présenter et à parler de vos écrits (si vous avez déjà été publié ou si vous avez d'autres romans dans vos tiroirs), cela peut toujours jouer en votre faveur. Ciblez bien les éditeurs auxquels vous envoyez vos tapuscrits en espaçant les envois tout en visant les plus gros éditeurs dans la première salve d'envoi. Soyez patients et, si vous recevez plusieurs réponses positives, n'hésitez pas à comparer les contrats et les qualités de chaque éditeur (à-valoir, droits d'auteur, distribution, qualité du travail éditorial, les avis des lecteurs sur les précédents livres...).