miserereQu'on se le dise, Jean-Christophe Grangé est un grand malade. On s'en était déjà aperçu avec son roman "Les rivières pourpres", le voilà qui remet ça avec "Miserere".

Oui, je sais, Grangé a écrit plusieurs romans depuis "Les rivières pourpres" et il en a même écrit depuis "Miserere".

Miserere : Étrange assassinat d'un chef de chorale d'origine chilienne dans l'église arménienne de Paris. Disparition de plusieurs enfants de chœur. Série de meurtres opérés selon un protocole macabre : perforation inexplicable des tympans, inscriptions tirées du Miserere d'Allegri, mystérieuses traces de pas autour des cadavres : pointure 36...
Pour mener l'enquête, deux flics sur le fil comme les aime Grangé : Kasdan, le vieux briscard à la retraite, et Volo le toxico, beau comme une rock star. Origines arménienne et russe. Deux hommes intelligents, acharnés, hantés par leur passé.

Autant dire que "Miserere" n'offre aucune surprise sur le déroulement de l'histoire tant il semble emprunt des obsessions et des thèmes chers à Grangé. Comme dans "Les rivières pourpres", l'enquête sera menée par un duo atypique de flics. Là-bas une vieux briscard de la ville et un jeune maghrébin portant des dread-locks (oui, le rôle a été réécrit pour le cinéma et pour Vincent Cassel), là, un vieux flic d'origine arménienne à la retraite accompagné d'un jeune flic toxico d'origine russe.

Parce que Kasdan, flic à la retraite d'origine arménienne, est sur place, dans l'église où vient d'être assassiné un organiste chilien, il décide de mener une enquête parallèle afin de trouver qui a osé s'attaquer à l'église de son quartier.

Parce que Volokine est un jeune flic obsédé par la chasse aux pédophiles, il soupçonne, à travers le meurtre du chilien, la vengeance d'enfants maltraités et décide de se lancer dans l'enquête malgré sa mise au vert pour désintoxication.

Parce que les deux hommes sont à la fois si différents et pourtant si semblables, ils vont finir par s'allier dans cette enquête tortueuse.

Mais si la trame ne diffère pas beaucoup de celle de "les rivières pourpres", tant dans le duo de flics que dans les obsessions et perversions que cachent les meurtres, Jean-Christophe Grangé sait nous tenir en haleine.

jc-grangéC'est donc avec un plaisir grandissant que l'on suit l'enquête de ces deux flics atypiques, enquête qui s'embourbe au fur et à mesure qu'elle avance et dont chaque indice semble entrer en contradiction avec le précédent.

Parce que des traces de chaussures d'une pointure 36 ont été retrouvées près du Chilien, Kasdan pense qu'un enfant de chœur a été témoin du meurtre et Volo pense qu'un enfant est le meurtrier.

L'un cherche des raisons politiques dans le passé du Chilien expliquant le meurtre. L'autre cherche des raisons de maltraitance sur enfants. Au final, les deux hommes auront à la fois tort et raison.

Difficile d'en dire plus sans révéler des informations importantes, mais, je dois avouer que les deux premiers tiers du roman m'ont totalement enthousiasmé. Comme tout roman policier, l'action est écrite au passé simple et dans des séries de phrases courtes pour tenter de donner du rythme au récit. Mais, comme il en est de même pour tous les autres romans, difficile d'en tenir grief à l'auteur.

Pour autant, il faut reconnaître à Grangré un savoir faire indéniable. Grangé sait faire monter la pression et entretenir le suspens. Il sait également user de thèmes qui lui sont chers (la perversion, les nazis, la religion, les enfants). Ainsi, les deux policiers deviennent à la fois proies et prédateurs dans une enquête éprouvante et glauque. Sans l'appui réel des autorités, Kasdan est à la retraite et Volokine est en désintoxication, les deux policiers peuvent, heureusement, s'appuyer sur des collègues qui les estiment et vont les aider.

Alors certes, on peut reprocher à l'histoire de ne pas être très crédible, que deux enquêteurs de ce genre ne pourraient avoir l'aval ni les coudées franches pour avancer dans l'enquête, mais ce serait oublier un peu trop vite l'explication finale qui tient en une phrase et explique cet état de fait.

Ce qu'il y aurait vraiment à reprocher à Grangé c'est de ne pas avoir su tenir toutes les promesses du livre dans le troisième tiers. Effectivement, le rythme de la fin du roman n'est pas à la hauteur du début et quelques informations, révélations ou scènes sont totalement inutiles et, pire, viennent plomber un peu la cadence et le suspens. Je vous passerai les détails pour ceux et celles qui désireraient lire cet ouvrage.

Au final, malgré un dernier tiers bien en deçà, "Miserere" s'avère être un roman très agréable à lire, dans lequel on est vite embarqué et que l'on a du mal à lâcher. Grangé nous délivre des scènes glauques sans verser pour autant dans des descriptions scabreuses, si ce n'est dans la boîte BDSM, et met nos nerfs à terribles épreuves, notamment quand Kasdan entend des bruits dans son couloir ou bien quand les deux policiers entendent des bruits dans l'église où vient d'être retrouvé le troisième cadavre. "Miserere" se révèle donc un bon cru même s'il est nettement en dessous de "les rivières pourpres" du même auteur.