9782226176738Qu'on se le dise, Jean-Christophe Grangé est un grand malade. L'on s'en était déjà aperçu avec son roman "Les rivières pourpres", il avait remis ça avec "Miserere", le voilà qui confirme avec "Le serment des limbes". Oui, je sais, Grangé a écrit plusieurs romans depuis "Les rivières pourpres" et il en a même écrit depuis "Le serment des limbes".

Oui, je sais aussi, mon introduction n'est qu'un plagiat de l'introduction que j'avais écrite pour l'article consacré à "Miserere", mais, comme ce que je disais à l'époque est encore valable aujourd'hui...

Le serment des limbes : Mathieu Durey, flic à la Brigade Criminelle de Paris, apprend le suicide de son ami d'enfance Luc Soubeyras, flic également. Les deux hommes se sont rencontrés à l'âge de 14 ans à l'école catholique et, destinés à une vie monastique, ont décidé de combattre le mal en allant sur le terrain, d'où la profession qu'ils ont tous les deux choisie.

Mathieu décide donc de reprendre l'enquête sur laquelle travaillait officieusement son ami, espérant y trouver les raisons de son suicide.

Pendant que Luc est plongé dans le coma, Mathieu navigue aux quatre coins de l'Europe pour enquêter sur une série de meurtres glauques ayant le même Modus Operandi bien que les meurtriers soient différents. Pour autant, les assassins ont pour point commun d'avoir vécu un état de mort imminente, une NDE (Near Death Experience).

Alors que tous les indices mènent sur les traces du diable prenant contact et ensuite le contrôle des meurtriers à travers ces NDE négatives, Mathieu privilégie la piste rationnelle d'un tueur unique, mais toutes les pistes semblent le contredire.

Le "Serment des limbes" est le deuxième roman de la trilogie consacrée au mal de Grangé après "La ligne noire" que je lirai plus tard et avant "La forêt des mânes" que je lirai probablement un jour.

Il faut dire que je lis Grangé de façon sporadique. Ayant débuté par "Les rivières pourpres", son deuxième roman, poursuivi par "Miserere", septième et antépénultième livre de l'écrivain, j'ai poursuivi avec ce sixième roman avant de lire le tout premier, "Le vol des cigognes".

Mais revenons-en à ce livre qu'est "Le serment des limbes". Autant l'avouer tout de suite, nous ne tenons pas, là, le meilleur livre de Grangé, son meilleur étant, selon beaucoup, sauf moi, "Le vol des cigognes".

Jean-Christophe Grangé, comme à son habitude, nous livre une histoire tarabiscotée flirtant allègrement avec l'ésotérisme, le métaphysique, la théologie et l'horreur. Une enquête policière aux frontières de la raison et de l'entendement.

L'histoire commence sur une grande interrogation, en tout cas, pour un athée comme je le suis : deux enfants de cet âge peuvent-ils avoir une telle foi et, pour autant, s'engager dans la ligne du mal en allant sur le terrain (massacres au Rwanda puis la Brigade Criminelle) ?

En mettant cette question de côté, Grangé nous plonge dans une enquête officieuse et en apparence anodine afin de permettre à Mathieu de comprendre l'acte de Luc.

Apprenant que Luc avait fait plusieurs voyages dans le Jura, Mathieu suit la piste de son ami pour apprendre que celui-ci s'intéressait à un meurtre particulièrement glauque d'une femme dont le corps aurait subi différents cycles de décomposition.

En poussant son enquête, Mathieu apprend que la victime était soupçonnée du meurtre de sa fille, une quinzaine d'années auparavant. Durant son investigation, Mathieu reçoit des messages du tueur mais apprend également que la fille de la victime n'est pas morte mais qu'elle a vécut une NDE, un état de mort imminente et qu'elle a été sauvée par un médecin. En poursuivant, Mathieu découvre que Luc enquêtait sur plusieurs cas de NDE négatives dont les victimes seraient ensuite devenues des bourreaux violents et sadiques, pensant que ces derniers ont vécu une expérience négative qui les aurait mis en contact direct avec le diable.

AVT_Jean-Christophe-Grange_934Quelques cas en Europe semblent confirmer ses pensées, des gens ayant vécu un état de mort imminente négative, seraient ensuite devenus des assassins sanguinaires dont les meurtres suivraient le même Modus Operandi que le meurtre dans le Jura. Ces sujets de satan formeraient le groupe des "sans lumière" auquel s'intéressent une faction du Vatican ainsi qu'une secte satanique.

Mathieu, aidé par les uns, poursuivi par les autres, devra compter sur sa force de caractère et sa ténacité pour aller au bout de son enquête pour le meilleur mais surtout pour le pire.

Contrairement à "Miserere" ou bien "Les rivières pourpre", Jean-Christophe Grangé n'adjoint aucun coéquipier à son héros. C'est donc en solo que se déroulera l'enquête même si, en y réfléchissant bien, Mathieu suivant la piste de Luc, l'investigation s'effectue, au final, en duo.

Avec une histoire racontée au passé simple, principe habituel dans ce genre de roman, comme je l'avais déjà dénoncé et une histoire racontée à la première personne du singulier, Grangé peine à immerger le lecteur dans cette histoire parfois tirée par les cheveux. Multipliant les phrases courtes et sur-découpant son oeuvre en de multiples chapitres de longueurs restreintes, Jean-Christophe tente de dynamiser son enquête afin d'essoufler le lecteur et l'empêcher de se focaliser sur les lacunes ou les facilités de son scénario.

Car Grangé ne laisse souffler ni son héros ni son lecteur, faisant feux de tout bois, lançant son policier sur une enquête à la limite de la folie à travers toute la France et toute l'Italie. Mathieu Durey n'aura aucun répit. Entre ses multiples voyages dans le Jura, au Vatican, à Catane, à Paris, dans les milieux interlopes et les milieux religieux, ses confrontations avec des tueurs à ses trousses, avec l'amour et même avec une éruption volcanique, Mathieu aura fort à faire.

Alors, pour sûr, Jean-Christophe Grangé sait conduire une histoire et c'est, probablement, ce qui sauve, ici, l'ouvrage. Car l'histoire est assez incohérente, du moins très tirée par les cheveux, et, s'il n'y avait pas le talent de funambule littéraire de Grangé, l'histoire aurait pu sombrer dans le grotesque. 

Car, avec un peu de recul, difficile de croire à ce flic à la foi indéfectible qui, pourtant, refuse de croire au diable (il me semblait que Dieu et Diable allaient de paire comme le Yin et le Yang) et qui se lance dans la recherche de la solution cartésienne tout en passant à côté de la plus évidente de toutes. Sans compter sur la révélation finale qui n'en est plus une et qui sombre dans le convenu le plus absolu. On passera sur l'histoire d'amour incontournable et le côté un peu naïf de Mathieu (ce qui est décevant de la part d'un policier de la Criminelle).

Mais, Grangé a un style et une qualité d'écriture certaine qui permet au lecteur, une fois immergé dans l'histoire de passer sur tous ces détails pour ne conserver que les qualités du livre.

Car Grangé a une qualité absolue pour ce genre d'ouvrage, celle d'avoir une écriture très visuelle, très cinématographique. Ce n'est pas pour rien que ses livres sont souvent adaptés. D'ailleurs, on parlait, un temps durant, d'une adaptation de ce livre, "Le serment des limbes", qui devait être réalisé par Frédéric Shoendoerffer. Il semblerait que le projet soit désormais abandonné, dommage car, malgré les défauts du livre, le passage sur grand écran aurait pu palier à ceux-ci pour donner un thriller haletant. "Miserere", quant à lui, est en cours d'adaptation avec Gérard Depardieu et Joey Starr dans les rôles principaux et devrait sortir sur grand écran en 2013.

Au final, "Le serment des limbes" n'est pas le meilleur livre de Jean-Christophe Grangé, il est même le deuxième moins bon de ceux que j'ai lus pour l'instant mais je n'ai lu que la moitié de son oeuvre et il gagnerait à subir quelques coupes (le livre s'étale sur plus de 650 pages) afin de resserrer un peu l'enquête et de dynamiser encore plus le tout. Pour autant, le roman est agréable à lire et, pour peu que l'on passe sur les quelques longueurs et les incohérences, l'histoire se suit avec plaisir et, parfois, avec effroi.