IMG_0001 (11)Dans le précédent article, je vous parlais de mon choix de considérer le lecteur suffisamment intelligent pour ne pas lui mâcher trop le travail en lui proposant une écriture basique. Depuis, j'ai retrouvé cet article écrit à l'époque où je préparais l'élaboration de mon premier roman publié, il y a plus de deux ans. Je vous le livre tel qu'écrit, alors :

 

"""""C'est alors que ma vie traverse une phase scripturale exaltante, la création d'une oeuvre littéraire, que des questions bassement commerciales se mettent en travers de ma créativité ce qui, il faut bien l'avouer, n'était jusqu'à présent, pas chose fréquente (les questions, pas la créativité, suis un peu).

Effectivement, pour ceux et celles qui me lisent régulièrement depuis un certain temps, il ne fait aucun mystère que ma démarche littéraire n'est issue que d'un instinct égoïste et narcissique n'ayant d'autre but que de me faire plaisir. Loin de l'image d'épinal de l'écrivain maudit ne pouvant créer que dans la souffrance, je n'écris, ces dernières années, que dans le plaisir. Je précise "ces dernières années", car j'ai débuté l'écriture dans la douleur, la grande douleur. Ecrire en trempant sa plume dans son sang, dans la sueur, la peur de la page blanche, en marchant sur le fil, sur le bord de la falaise, attiré par le vide, concentré sur son sens de l'équilibre afin de ne pas choir, je connais. J'ai ainsi livré mes premières oeuvres (deux romans) inédits jusqu'à présent, me forçant chaque jour à livrer plusieurs pages de proses, n'étant satisfait tant que cette tâche n'était pas accomplie.

Des mois, des années, donc, avant que je découvre enfin le plaisir d'écrire, à travers Internet et les ateliers d'écriture virtuels. Depuis, je n'ai eu de cesse de jouir de ce plaisir particulier que peu de pratiques peuvent vous accorder. Seulement, ce plaisir est une drogue qui vous pousse à produire plus et plus vite afin de jouir le plus rapidement et le plus souvent possible. Ce n'est pas pour rien que le blog est un outil apprécié des écrivains amateurs. Un article prend rarement plusieurs heures à écrire et les fautes ne faisant pas tout, on peut se permettre un certain laxisme qui permet d'accélérer les productions. C'est également pour cette raison que l'écrivain amateur se complait dans les nouvelles (j'en ai plus d'une centaine à mon actif), le roman n'étant qu'un but ultime permettant de flatter l'égo du créateur, souvent dans la douleur et encore plus souvent dans l'inachèvement.

Ecrire, donc, je sais. Oui, je t'entends déjà dire que je me vante et que je me lance des fleurs, mais lis-moi bien. J'ai dis que je savais écrire, pas forcément que je savais bien écrire. Tout comme un footballeur de seconde division n'en est pas moins un footballeur, je suis un écrivain.

Comme tu l'auras sûrement remarqué, je me complais dans des tournures de phrases alambiquées, tarabiscottées, cherchant souvent à essouffler le lecteur et à le perdre dans les méandres de mes réflexions. De la même façon, j'aime à user de tournures de phrases désuètes, je me satisfais à rendre leurs lettres de noblesse à des mots oubliés, loin des considérations scripturaires d'un auteur de SMS.

Internet a été le catalyseur de mon écriture, mais comme toute médaille, il a son revers. Comment ne pas s'inquiéter devant le massacre littéraire perpétré contre notre si belle langue qu'il m'arrive pourtant si souvent d'écorcher quand on lit certains commentaires sur les blogs, voire certains articles ? Imaginez donc si j'en arrive, moi, à me désespérer de cet état de fait, ce qu'il peut en être de personnes moins ouvertes et plus strictes quant à l'ortographe et la grand-mère grammaire ?

Quand on écrit pour soi et que l'on a un caractère comme le mien, on est alors capable de laisser ses écrits dans l'état. Quand on écrit dans un but commercial, il faut alors savoir faire des compromis. La question principale est alors de savoir sur quelle position mettre le régulateur : Bas - Moyen - Haut ?

On est bien d'accord que pour une oeuvre commerciale, on va faire l'effort d'éviter un maximum les fautes d'orthographes et de grammaire (dans mon cas plus pour renforcer le sérieux de l'entreprise que pour flatter mon égo ou le lecteur). Par contre, qu'en est-il du ? T'as le look coco, disait un grand chanteur (il devait mesurer 1m85). Faut-il conserver des anglicismes pour ne pas choquer les oreilles prudes des lecteurs les plus chauvins ? En voilà une question qu'elle est bonne ?

Mais plus encore, faut-il absolument tenir la main du lecteur (t'as vu, j'avais bien choisi mon titre non ?) sous prétexte de risquer de perdre certains lecteurs en route, dois-je simplifier mes phrases, les priver des circonvolutions que j'affectionne tout particulièrement ? Éviter de l'essouffler dans des phrases à rallonge ? Ne pas le choquer en employant des tournures de phrases sortant des carcans de l'usuel ? Mais pire encore, si l'on admet que les points précédents méritent qu'on y réfléchisse, dois-je éviter de piocher mes mots dans la liste sortant de l'exhaustivité des 300 mots de la langue française qu'utilise la plupart d'entre nous ?

Car, si le lecteur aime voyager, s'évader, découvrir des lieux, des personnages, des histoires, à travers la lecture, pourquoi faudrait-il le maintenir en terre connue pour ce qui est des mots. La découverte se fait également à travers les mots de la langue française. Personnellement, je ne suis pas pour brider mon imagination et ma plume de peur de perdre un lecteur au passage. Comme je le dis souvent, il ne faut pas tenir la main du lecteur, il faut savoir le lâcher, lui faire confiance, le croire capable de suivre les chemins tortueux de l'esprit de l'auteur au risque, comme lorsque vous lâchez la main de votre enfant apprenant à faire du vélo sans les roues arrières, qu'il finisse par se casser la gueule. Mais qu'importe, le lecteur, tel l'enfant, peut se relever, pleurer un bon coup et remonter en selle et, s'il ne le fait pas, c'est juste que le vélo n'est pas fait pour lui, alors, inutile de lui faire croire trop longtemps qu'il est fait pour cela en le maintenant dans un état de protection exagéré.

Si le lecteur ne veut pas faire l'effort de comprendre une phrase dont la construction sort des ornières du Sujet-Verbe-Complément, c'est probablement que ce que vous lui racontez ne l'intéresse pas plus que cela. Alors, pourquoi faire l'effort de lui simplifier la tâche si lui-même ne fait aucun effort ?

L'écrivain met au monde un livre mais c'est le lecteur qui le fait vivre et croître. Un livre est donc un plaisir mais également une responsabilité, de la part de l'auteur, certes, mais également de la part de celui qui décide de le lire.

En clair, je ne suis pas de l'avis de simplifier mon écriture (elle est parfois déjà tellement basique) ni même de remplacer certains mots peu usités par d'autres plus courants afin d'en faciliter la lecture car je pense qu'une lecture est un enrichissement personnel et, de la même façon que l'on s'enrichit de sentiments, d'une histoire, d'un plaisir, on s'enrichit également d'une connaissance.

Donc non, je ne suis pas prêt à prostituer mon écriture sur l'autel de la "popularisation", mais, pour autant, je concède certains points afin d'améliorer le rendu littéraire de l'oeuvre. Là encore, il est difficile de faire la part des choses entre les concessions utiles et les futiles, mais c'est en coupant du bois que Léonard De Vinci.

Au final, je ne peux que vous assurer de la jouissance extrême dans laquelle je vis ces derniers jours. Mon bébé, ouais, je sais, je ne suis pas seul à travailler sur le projet, mais merde, avec toute l'énergie et le temps que j'y ai mis depuis le début, je pense être en droit de dire mon bébé même si je ne suis pas le seul géniteur ni le seul pour le sevrer, m'apporte des joies immenses que je contiens dans un stoïcisme simulé, joies qui devraient exploser d'ici la rentrée, ne pouvant pas, je pense, pouvoir sortir le projet avant sans que cela ne lui soit néfaste.

Donc, un projet fait avec un grand sérieux mais d'une façon totalement décomplexée et qui sera régi principalement par le plaisir des personnes participant à son élaboration ainsi, espérons-le, pour le plaisir des futurs lecteurs. Mais si ces futurs lecteurs ne prennent à lire qu'un dixième du plaisir que je prends en ce moment pour leur livrer le produit le meilleur possible, alors, le pari sera gagné. Rendez-vous d'ici peu pour cela."""""

 

Je suis ravi de constater que je n'ai pas changé d'avis depuis et que cela n'empêche pas les lecteurs d'apprécier les aventures de "Wan & Ted". Comme quoi, il faut toujours considérer le lecteur comme un être intelligent.