la-maison-de-soie"La maison de soie" :

Un an après la mort de Sherlock Holmes, le docteur Watson entreprend de consigner l’une des enquêtes les plus noires qu’il a menées avec le célèbre détective...

Londres, novembre 1890. Edmund Carstairs, marchand d’art, craint pour sa vie. Faute de preuves, Holmes ne peut qu’attendre. Le lendemain, ce n’est pourtant pas d’un meurtre, mais d’un vol dont Carstairs est la victime. Holmes l’avait prévu. Ce qu’il ne pouvait imaginer, en revanche, c’est qu’en confiant à Ross, l’un des Irréguliers de Baker Street, la charge de monter la garde, il l’envoyait en fait à la mort. Et qu’avec ce meurtre horrible, c’était ce que Londres a de plus sordide qui se révélait aux deux enquêteurs...

« La partie reprend. » Et cette fois, Holmes et Watson n’en sortiront peut-être pas indemnes.


Écrit avec l'accord, que dis-je, sous l'incitation expresse des ayant-droits de Sir Arthur Conan Doyle, ce roman a pour but de proposer de nouvelles aventures, payantes, du plus fameux détective de la littérature.

Autant le dire, une telle tentative est assez casse-gueule mais qui nourrit également de grandes attentes dans le coeur des Holmésiens.

La main qui tient la plume n'est plus celle de Conan Doyle, bien évidemment, mais celle d'Anthony Horowitz, un choix un peu surprenant. Cependant, si l'auteur est connu principalement pour ses personnages jeunesse dont, notamment, Alex Rider, il a aussi écrit des scénarios pour des adaptations télévisées des aventures de Hercule Poirot, dont le côté "British" entre déjà plus en résonance avec l'ambiance Holmésienne.

Dans tous les cas, on sent que Horowitz s'est imbibé du Canon de Sir Arthur Conan Doyle, c'est-à-dire, toutes les aventures de Sherlock Holmes écrites par Conan Doyle lui-même. Sont-ce des lectures de jeunesse ou bien des lectures de travail pour se plonger dans l'écriture de ces nouvelles aventures ? Je ne le sais pas.

Le résultat est tout de même qu'on sent bien que tous les passages obligés d'une enquête de Sherlock Holmes sont présents. L'enquête démarre donc par un dialogue au coin du feu entre Holmes et Watson, survient le client, l'enquête démarre, il y a des rebondissements, Holmes se déguise, Watson ne comprend rien... Même les personnages emblématiques de la saga sont présents, Mycroft, le frère de Holmes, Wiggins, l'orphelin des bas quartiers qui sert d'informateur à Holmes et même le professeur Moriarty qui, rappelons-le, dans l'oeuvre de Doyle, n'est qu'un outil utilisé pour faire mourir son héros et qui n'apparaît réellement que dans une aventure, "Le dernier problème", dans lequel il meurt en combattant avec Holmes dans les chutes du Recheimbach. Le professeur Moriarty apparaît également dans "La vallée de la peur" et, ensuite, il est juste fait mention de lui dans quelques autres nouvelles. Autant dire que Moriarty n'est qu'un personnage très secondaire qui est devenu trop important par la suite, au point qu'à chaque adaptation des aventures de Sherlock Holmes, Moriarty apparaît.

De plus, Horowitz n'hésite pas à faire référence à certaines aventures du canon.

Le style d'écriture est assez proche de celle de Doyle, du moins, suffisamment pour ne pas décourager le lecteur.

L'histoire est prenante, parfois trépidante, Holmes se retrouve dans une situation aussi inédite que tendue et dangereuse, mais c'est bien là la seule chose inédite dans cette histoire.

Car il faut bien le reconnaître, si Horowitz ne démérite pas et s'il parvient à s'approcher du style de Doyle, l'écrivain est à la fois contraint par une envie de ne prendre aucun risque et par son passé d'écrivain jeunesse.

Effectivement, Horowitz évite un maximum les aspérités et, même s'il flirte avec un sujet scabreux, il n'y enfonce jamais tout à fait sa plume. De plus, les personnages sont bien trop lisses, Holmes aussi, ce qui est tout de même un comble pour le premier "Anti-héros" de la littérature policière. Oubliés le dédain de Holmes, son instinct de supériorité, ses railleries envers Watson, son goût pour les drogues (même si l'aspect est abordé), etc... Et que dire alors du Professeur Moriarty, le "Napoléon du crime", bien piètre criminel sous la plume d'Horowitz.

On peut également être assez surpris par plusieurs points de l'enquête, notamment dans les réactions des deux héros. Aussi bien Watson que Holmes réagissent de façon assez surprenante. Watson est un peu trop naïf quand Holmes se montre bourrin au point de se jeter dans les pièges sans prendre de précautions.

Enfin, on sera assez déçu par cette affaire qui est annoncée comme la plus dangereuse de la carrière de Holmes et surtout la plus retentissante au point que Watson l'a écrite et caché dans un coffre pour des décennies, prétextant que les révélations pouvaient déstabiliser le monde entier, un procédé souvent usité mais rarement aussi faux et décevant.

Au final, si "La maison de soie" est un honnête "pastiche" des aventures de Sherlock Holmes, il ne peut sûrement pas prétendre relancer la "licence" à cause des divers points énoncés plus haut.

"La maison de soie" est loin d'être une catastrophe, mais le Holmésien de coeur lui préférera largement les divers essais d'excellentes factures de René Reouven.