CRLe milieu littéraire n’est pas totalement immunisé contre « les recettes » utilisées à outrance par les scénaristes dans les films.

Ainsi, outre les auteurs qui utilisent leurs propres « recettes », il existe aussi ceux recyclant les passages dits obligés du genre dans lequel ils œuvrent.

Tant en cinéma qu’en littérature, j’aime le genre « polar », ce n’est pas pour rien que j’en écris, même si c’est d’une façon décalée.

Pour autant, force est de constater que le genre est souvent pollué par des personnages ou des situations qui se recyclent dans tout un tas de polars.

Dans le lot, on retrouve le personnage que je dénigre souvent, l’enquêteur au bout du rouleau, dépressif, parfois alcoolique, limite suicidaire. C’est encore le cas dans ma dernière lecture, « L’apparence de la chair », dont je vous parlerai prochainement. C'est le cas dans divers romans policiers comme ceux de Franck Thilliez, Lawrence Block, Henning Mankell, Gunnar Staalesen, Jo Nesbo etc.

Si l’on peut comprendre l’intérêt d’utiliser un personnage qui possède une faille béante, pour que le lecteur s’attache à ce personnage et ait peur de le voir basculer dans la dépression, il est un autre « passage obligé » qui, non seulement m’agace, mais qui, surtout, pollue totalement un récit, la propension qu’a toujours le héros masculin à se taper la belle de l’histoire.

Ceci est omniprésent dans nombre de séries, films, romans policiers à un point que l’on sait toujours, à l’avance, ce qu’il va se passer et on attend que la scène ait lieu pour enfin pouvoir passer à autre chose. Si l’acte n’est pas toujours consommé, la tension existant quand même entre les deux personnages est toujours nocive pour l’histoire.

Il est du coup rare, voire impossible, de trouver une histoire dans laquelle le héros ne se tape pas l’héroïne et où il n’existe même pas une tension érotique entre les deux personnages.

Impossible ? Pas tout à fait puisqu’un auteur y est parvenu avec un certain talent, Kamash (oui, je sais, les fleurs ne sont pas chères), avec les personnages de sa saga « Wan & Ted ».

Effectivement, quand le héros n’est pas beau, ni alcoolique, ni dépressif, ni drogué et qu’il n’est attiré que par les blondes à gros seins et que sa partenaire est mince, plate, brune, pas plus dépressive ni alcoolique ni droguée que son partenaire et, en plus, ne risque pas d’être attirée par lui puisqu’elle est lesbienne, la tension sexuelle entre les héros devient inexistante.

Ainsi, assurés de ne pas avoir à subir une romance à deux euros tirant les enquêtes vers le bas, les lecteurs sont assurés de pouvoir se concentrer sur la bonne humeur liant les deux personnages et sur les enquêtes qu’ils ont à mener.

Faire du neuf avec du vieux a ses avantages, mais réussir à faire du neuf avec du neuf est tout de même d’une autre gageure.

En conclusion, si vous aussi vous êtes lassés de ces flics au bout du rouleau, mais qui finissent quand même par se taper la belle de l’histoire, plongez dans les aventures de « Wan & Ted », vous y trouverez des situations originales et cocasses qui vous mettront de bonne humeur.