menottesfourmisSuite de la confrontation de l'avis de Bernard Werber et le mien.

14. Raconter à voix haute
Ne pas hésiter à raconter oralement votre histoire. Tant pis si vous prenez le risque de vous faire piquer l'idée. En le racontant oralement, vous sentez tout de suite si cela intéresse et vous vous obligez à être synthétique et efficace. Voir en direct ses lecteurs réagir à une histoire est très instructif.

Essayez de raconter votre histoire à n'importe qui, n'importe où, risque de vous conduire en Hôpital Psychiatrique. Sachant que la lecture d'un roman prend plusieurs heures, je vois mal quelqu'un vous écouter de bout en bout. Par contre, rien ne vous empêche de lire quelques courts passages. Encore faut-il trouver un extrait que l'on peut détacher du reste et ce n'est pas toujours facile selon le genre dans lequel vous écrivez.

15. Les personnages
Soigner les caractères des personnages principaux en faisant une fiche avec leur description physique, leur tics, leurs vêtements, leur passé, leur blessures, leurs ambitions. Prenez pour fabriquer un personnage des caractéristiques à vous ou a des amis proches. Bref, des êtres que vous connaissez un peu en profondeur. Il faut les rendre attachants et crédibles. Il faut que les gens puissent se dire "Ah oui, ce genre de personne cela me rappelle un tel". Qu'ils se reconnaissent en eux, c'est encore mieux.

Encore une fois, pas grand chose à ajouter. Tout auteur donne quelques uns de ses traits de caractères à ses personnages. Bien maîtriser ses personnages permet de bien maîtriser son roman.

16. L'adversité
Il faut que votre héros ait un problème à régler. Plus le problème est gros plus l'interêt du lecteur est fort. L'idéal est de donner des handicaps au héros de manière a ce qu'on se dise il n'y arrivera jamais. Exemple: l'enquêteur est aveugle et le tueur est non seulement le roi de la maffia mais en plus il a des talents de télépathie et c'est quelqu'un qui a beaucoup de chance. Plus le héros est maladroit plus le méchant est fort plus on est intéressé. Le système est: l'auteur met son héros dans des problèmes que le lecteur jugera insurmontables et l'auteur sauve à chaque fois in extremis son héros d'une manière que le lecteur n'avait pas prévu.

Mouais, en suivant ce concept, un livre contant les mésaventures d'un homme-tronc, aveugle et sourd, face à un mélange de Hulk, pour la puissance physique, et Sherlock Holmes, pour la puissance mentale, devrait subjuguer le lecteur. Ors, non.

Il ne faut pas exagérer non plus. Certes, il vaut mieux s'éloigner d'un héros pur et dur, sans failles, mais ne sombrez pas non plus dans l'excès inverse.

17. Alterner les formes
Les lecteurs ont souvent des journées fatigantes, ils lisent pour se détendre, donc il faut penser à ne pas les ennuyer. Pour cela, alterner les scènes d'actions et de dialogues. Mettre le maximum de coups de théâtre inattendus. Ne pas oublier que la lecture est un plaisir et que l'objectif n'est pas que le lecteur se dise que l'auteur est doué; il doit se dire "mais qu'est-ce qui va arriver à la scène suivante"?

On en revient au problème de la surenchère et de l'excès de surprise. Tenter de surprendre le lecteur à tout prix est une source de lassitude et de déception.

18. Transmettre du savoir
La fonction des livres est aussi d'apprendre des choses. La forme est un élément, mais si après avoir lu un livre un lecteur sait quelque chose qui lui permettra de nourrir les conversations ou les dîner, c'est quand même un intérêt de la lecture.

Oui, bon, d'un autre côté, des livres pour vous apprendre des choses, il en existe des tonnes, des dictionnaires, des encyclopédies, des romans historiques...

19. Aller voir sur place
Un: s'informer. Deux: réfléchir. Trois: écrire. S'informer est indispensable. On ne parlera bien d'un lieu que si on y est allé pour faire des repérages. On ne parlera bien d'un métier que si on a discuté avec une personne qui la pratique. Évidemment on peut imaginer, mais le plus on se frottera au réel, le plus on découvrira de choses et on pourra raconter d'anecdotes vrais. Et le lecteur sent tout de suite ce qui est pur délire d'auteur et ce qui est une observation réelle.

Il faut espérer que vous n'avez pas l'intention d'écrire une histoire se déroulant aux quatre coins du monde, sinon, il va vous falloir un certain temps et une sacrée bourse pour écrire votre histoire si vous suivez ce conseil. Bien sûr, il est préférable de faire quelques recherches mais tout dépend d'abord du genre dans lequel s'inscrivent vos histoires. Cependant, la phase de recherche peut se révéler tout aussi exaltante que celle de l'écriture, donc, n'hésitez pas à vous investir totalement dans votre prochain ouvrage.

20. Avoir une volonté d'être compris par tous
Souvent les critiques parisiens taxent les auteurs qui touchent tous les publics "d'auteurs populaires". Avec une connotation péjorative dans le mot populaire, sous entendu que si cela plaît au grand public c'est que ce n'est pas de la grande littérature. Victor Hugo se vantait d'être un auteur populaire, de même que Alexandre Dumas, Jules Verne et Flaubert. Mozart faisait de la musique populaire et s'en flattait. Tous les auteurs "non populaire" qui vivaient à la même époque ont été oubliés, qu'ils soient grand poètes, grands académiciens, grands écrivains de cours ou de salon. L'histoire les a balayés avec leurs jolies tournures de phrases et leur effets de manches. De même que tous les auteurs maudits qui revendiquaient comme un titre le fait de n'être compris que par un public restreint on en effet été effacés. Logique. Il est beaucoup plus difficile de plaire au large public qu'à un groupe de soit disant arbitres des élégances. Faire simple et clair réclame beaucoup plus de travail que de faire grandiloquent, incompréhensible, et rempli de sous entendus que l'auteur est le seul à connaître.

Si l'on peut louer la rancune farouche de Bernard envers un certain élitisme littéraire, il faut par contre lui reprocher de tenir des propos qui semblent clamer la prostitution intellectuelle. En effet, ce plaidoyer pour le "populaire", n'est pas loin de celui que clamerait le patron de TF1 pour justifier les émissions débilitantes qu'il diffuse sur sa chaîne de télévision.

À force de vouloir être compris par tous, on finit, assurément par n'utiliser que 300 mots du vocabulaire et par n'user que de simples phrases ayant pour forme Sujet-Verbe-Complément.

Si telle est votre plume, alors, pas de soucis, par contre, si vous vous forcer à écrire ainsi, par la simple volonté de plaire au plus grand nombre, vous ne serez plus un écrivain, mais un simple vendeur d'ouvrages.

Si vous devez n'avoir aucun succès, autant demeurer tel que vous êtes et ne pas vous pervertir dans le but d'espérer obtenir la liesse populaire. Si tout le monde en faisait autant, vous n'auriez, sur les étalages de votre libraire, qu'une succession de livres se ressemblant mot pour mot.

Le plus risible, de la part de Bernard, est de prendre pour exemple, pour justifier ses propos, Alexandre Dumas qui est réputé pour avoir utilisé des "nègres littéraires" pour écrire ses livres.

21. Se plaire à soi même
Pour plaire au lecteur il faut se mettre à sa place. Ecrire des livres qu'on aurait envie de lire si ce n'étaient pas les nôtres. Ne jamais se dire "j'écris cela, ça ne me plaît pas, mais ça leur plaira". On est soi-même la première personne qui doit s'amuser à lire le livre. Répétons-le: S'il n'y a pas de plaisir d'écriture, il ne peut pas y avoir de plaisir de lecture ensuite.

Est-ce moi ou ce conseil entre en contradiction totale avec le précédent et quelques autres ?

Cependant, je suis entièrement d'accord avec la dernière phrase, le plaisir à l'écriture de l'auteur est le plus sûr moyen d'offrir du plaisir au lecteur.

22. L'initiation des personnages
Une bonne histoire est aussi une initiation. Au début le héros dormait sur ses lauriers ou sa fainéantise. Une situation de crise va l'obliger à s'apercevoir qu'il est beaucoup plus que ce qu'il croit. Mettre les personnages en situation de danger pour les obliger à révéler leurs talents cachés. Et le lecteur en vivant dans la peau du personnage va faire la même expérience de transformation. Un bon livre est un livre qui transforme son lecteur en le faisant se prendre pour le héros.

Effectivement, cela peut aider, mais ce n'est pas non plus un passage obligatoire. Ce conseil fonctionne bien pour les romans d'Heroic Fantasy, et quelques autres du genre, mais pas pour tous.

23. Faire des plans
Quand vous avez un bon premier jet brut, essayez de trouver une manière de le découper de l'organiser pour qu'il soit rangeable dans des chapitres. En général on organise le livre en trois actes: Début. Milieu. Fin.
Début. Le début est en général le lieu de la scène d'exposition. On découvre où ça se passe. Quand ça se passe. Qui agit. Et le plus rapidement possible quelle est la problématique. L'idéal est de réduire au maximum le décollage du début, il faut que l'exposition soit la plus rapide possible pour que le lecteur n'attende pas avant d'être dans l'histoire.
Le milieu. Le milieu est souvent le ventre mou du livre. On prolonge la problématique, on en invente des secondaires, on gère la progression dramatique.
La fin c'est soit le coup de théâtre surprise, soit la grande explication de l'histoire cachée, soit l'apothéose.

Bon, Bernard se découvre l'âme d'un enfonceur de portes ouvertes, pas besoin d'en rajouter.

24. Les portes ouvertes, portes fermées
Dans les scènes du début on ouvre des portes. Ce sont des problématiques: "qui a tué?", "vont-ils s'aimer?", et "qui est cette dame en noir qui surgit de temps en temps?". A la fin il faudra penser à toutes les refermer. "C'est le fils du paysan qui a tué", "ils vont s'aimer mais cela ne sera pas facile", et "la dame en noir c'est en fait le fils caché de la concierge déguisé en femme depuis son voyage au Brésil ou il a connu l'enfer et qui recherche l'identité de son vrai père" Bien vérifier qu'il n'y ait pas de portes ouvertes béantes (soudain on ne parle plus de la dame en noir) ni de portes fermées qui n'ont pas été ouvertes (soudain un personnage révèle qui il est, mais on n'en parlait pas au début).

À travers les portes, Bernard veut évoquer les incohérences scénaristiques d'un roman. Effectivement, surtout sur une longue distance (de temps, si l'on écrit lentement, ou de pages, si votre roman est un pavé), l'auteur peut se perdre un peu dans son histoire. L'important est alors de demeurer cohérent.

Cependant, je ne serais pas aussi catégorique sur l'intérêt de forcément fermer toutes les portes. Même si c'est très souvent préférable, vous pouvez tout de même prendre le parti de ne pas apporter une réponse à une question que pourrait se poser le lecteur pour le laisser se faire son propre avis. Évidemment, si vous êtes tenté par cette pratique, il vaut mieux qu'elle ne s'effectue par sur un élément majeur de l'histoire.

25. L'envoi aux éditeurs
Investir dans la photocopieuse et envoyer son manuscrit à un maximum d'éditeurs. De préférence ceux qui ont des livres qui ressemblent dans leur genre au votre. Pas la peine d'envoyer de la science-fiction à un éditeur de poésie.

Bernard aime bien enfoncer des portes ouvertes, pourtant, force est de constater que tout le monde ne suit pas ce conseil pourtant évident, je peux le constater régulièrement au travers des tapuscrits que je reçois de la part d'auteurs désireux de trouver un éditeur.

26. Les lettres de refus
Les éditeurs reçoivent une centaine de manuscrits par jour. Donc ils ont du mal à distinguer le bon grain de l'ivraie. Ils utilisent pour cela des lecteurs, soit des professeurs de français à la retraite, soit des étudiants, soit des amis qui aiment lire qui leur font ensuite des fiches. Ces gens sont souvent payés pour ce travail mais font aussi parfois cela par passion personnelle. Si les éditeurs vous répondent tous que cela ne leur plaît pas, ce n'est pas définitif. Essayez de savoir pourquoi en les appelant et refaites un manuscrit en tenant compte de leurs remarques. Ou s'il n'y a pas de remarque, refaites quand même un manuscrit en tenant compte de l'avis de vos lecteurs négatifs ou de votre propre évolution. Puis renvoyer, il y a quand même une part de chance en renvoyant au même éditeur vous pouvez finir par tomber sur quelqu'un qui vous comprenne et vous défende dans les comités de lecture (personnellement j'ai renvoyé mon manuscrit pendant 6 ans à tous les éditeurs et j'ai reçu trois lettres de refus de mon éditeur actuel). Le découragement fait partie du mode de sélection.

Ces conseils sont valables si vous visez des éditeurs comme Gallimard, Grasset et consorts. Ce que Bernard ne vous dit pas c'est que, la plupart des manuscrits recevront une fin de non recevoir quelque soit le nombre de fois où vous retravaillerez votre manuscrit pour la simple raison que, justement, ces éditeurs reçoivent plus de 100 manuscrits par jour et qu'ils ont l'embarras du choix, mais surtout qu'ils préfèrent investir dans les manuscrits d'auteurs faisant déjà partie de leurs catalogues.

Si vous visez des éditeurs moyens ou petits, certes les ventes seront moins nombreuses (mais ce sera toujours plus que si vous n'êtes pas édité) mais la sélection sera bien plus humaine et vous aurez peut-être plus de chances d'avoir des réponses argumentées.

Mais attention, certains auteurs préféreront recevoir un simple non qu'une réponse bien argumentée. Ainsi, je me souviens d'un auteur qui n'a pas du tout, mais pas du tout apprécié ma réponse, pourtant argumentée et modérée, me rétorquant par mail que j'étais, en clair, un gros con qui ne comprenait rien au talent.

Donc, mon conseil, sans prendre pour argent comptant la réponse d'un éditeur, sachez tout de même vous servir des éléments négatifs qu'il vous pointe pour améliorer votre texte.

27. Ne pas faire d'édition à compte d'auteur
Si personne n'est prêt à payer pour votre manuscrit c'est peut être parce qu'il n'est pas bon. Cette hypothèse ne doit jamais être oubliée. Tout le monde n'a pas forcément de talent. Et ce n'est pas grave. A la limite tentez la musique. Par contre les éditeurs qui proposent de vous de payer (Bernard a beau s'appeler Werber, cela lui arrive d'écrire des phrases qui ne veulent rien dire) pour vous éditer ne distribuent que peu ou pas votre livre. Vous allez juste vous retrouver avec un tas de bouquins dans votre chambre à distribuer à vos amis. Autant faire vous même vos tirages avec votre ordinateur.

Effectivement, si tout le monde refuse votre tapuscrit, même les tout petits éditeurs, il doit y avoir une raison. Vous avez mal ciblé les éditeurs, votre histoire a un public trop limité, ou bien, votre roman est super mal écrit et ou votre histoire est nulle.

Vous pouvez, tout de même, avoir envie de tenir un bouquin avec votre nom dessus et votre histoire, même mauvaise, dedans. Ou bien vous avez écrit la biographie de l'arrière grand-père et l'histoire n'intéresse que 12 personnes de votre entourage, malgré toute la qualité de votre plume.

Plutôt que vous précipiter chez un éditeur à compte d'auteur qui vous fera payer le prix fort pour ne rien vendre, autant vous tourner vers l'auto-édition en prenant contact avec certains sites comme "Lulu.com", "TheBoobEdition.com" et consorts, qui vous permettent d'obtenir des livres papier de vos tapuscrits pour quelques euros. Si vous êtes un peu à l'aise avec l'informatique et que vous avez quelques heures devant vous, vous pouvez testez des logiciels de mise en page gratuits comme Scribus, pour mettre en forme votre texte, puis vous servir d'un logiciel de retouche d'image pour créer une petite couverture pour votre livre et ensuite contacter un imprimeur qui fait de l'impression en petites quantités pour commander le nombre de livres qu'il vous faut.

Voilà, ainsi se termine la confrontation entre les conseils de Bernard Werber et les miens. Vous constaterez que nous sommes rarement d'accord. En même temps, lui est célèbre, moi non, à vous de vous faire une idée.