samedi-14-01Jean-Bernard Pouy et Patrick Raynal, cela vous dit quelque chose ? Le poulpe ! Très bien, mais non !

Effectivement, si les deux hommes ont déjà collaboré à la création du personnage de Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe, sous la férule principale de Pouy, il est aujourd'hui question d'un autre projet, cette fois-ci dirigé par Patrick Raynal auquel Pouy participe.

Les éditions La Branche ont mis en place une nouvelle collection, dirigée par Patrick Raynal, dans les conditions suivantes :

Pour VENDREDI 13, nous avons tenté la gageure de rassembler treize écrivains de renom et leur demander de nous broder 13 romans musclés autour de cette date fétiche. 13 récits d'action, contemporains, où le héros, l'héroïne, met sa vie en jeu pour : un paquet de fric, l'amour, sa liberté, la gloire, la révolution, une utopie... à chaque auteur de choisir. Nous tenions absolument à présenter un « casting » le plus représentatif possible des diverses tendances du roman français. La liste de ceux qui ont accepté se passe de commentaire quant à la qualité et la diversité de leurs œuvres. Notre premier succès a été de réussir à recruter une aussi belle bande de mercenaires.

Parmi les auteurs participant à la collection, l'inénarrable Jean-Bernard Pouy, un auteur prolifique à la fois en terme d'ouvrages (romans, recueils de nouvelles, scénarios, essais, pièces de théâtre) qu'au niveau des collections (Zébres, Le Poulpe, Pierre de Gondole, série Grise, Tourisme et polar). De plus Pouy est également le directeur d'une des collections des éditions La Branche.

Pouy aime les contraintes, au point d'en user dans la plupart de ses écrits. Alors, ce n'est pas la petite contrainte du vendredi 13 qui va lui poser de problèmes.

D'ailleurs, comme il n'aime pas la facilité et qu'il aime la contradiction, il intitule son roman « Samedi 14 ». Pourquoi « Samedi 14 » ? Parce que c'est le lendemain du « Vendredi 13 ».

Et ça tombe bien, car, c'est parce que la veille, le fils des voisins de Maurice Lenoir, un paisible retraité, a été nommé ministre de l'Intérieur que ce samedi 14, son quartier ressemble à un poulailler tant les flics pullulent afin de sécuriser les lieux.

 

jean-bernard-pouy-2Maurice, lui, aime sa vie pépère, les petits coups qu'il boit avec les voisins, les livres de Queneau, le calme du quartier et l'herbe qu'il fait pousser au fond du jardin.

Avec l'arrivée des flics, le calme est parti, impossible d'aller boire des coups avec les voisins, son jardin est foulé par les poulets et l'herbe devient un prétexte tout trouvé, pour faire le vide autour des parents du nouveau ministre et ainsi en faciliter la protection.

Le vieil homme récalcitrant est amené en garde à vue, mais voilà, d'une, l'homme n'est pas du genre à se laisser enfermer et de deux, sous l'identité de Maurice Lenoir se cache en fait, Maxime Gerland, un terroriste rangé des voitures avant que la police ait eu le temps de mettre le grappin dessus.

Quand Maurice s'échappe, personne ne s'en émeut avant de découvrir sa véritable identité. C'est alors une grande traque qui s'organise, mais Maxime n'est pas du genre à apprécier d'être privé de sa tranquillité et il retrouve très vite ses instincts. La police va en chier, avec en tête de liste, le ministre de l'Intérieur responsable de ses malheurs.

Quand la proie devient le chasseur et que le chasseur devient la proie... des journalistes, on peut être sûr que Pouy a de la matière à égratigner les institutions.

Jean-Bernard Pouy est un auteur incontournable dans le monde du Polar, même s'il n'est pas forcément le plus connu du grand public.

Adorateur des mots, des jeux de mots et des beaux mots, Pouy a un style reconnaissable, tant par sa forme que par son fond. Anarchiste, amoureux de la littérature, passionné d'Oulipo, Pouy nous livre là un roman qui lui ressemble.

« Samedi 14 » est de la veine des bons Pouy. On y retrouve la verve de l'auteur, son côté gouailleur, sa plume flirtant avec celle d'Audiard, de Dard, mais également son gout pour la littérature et les grands auteurs. Ses personnages, comme souvent, aiment les livres et Maxime Gerland ne dérogera pas à la coutume.

Au final, un roman court, comme souvent avec Pouy, plaisant, comme souvent avec Pouy et qui ne souffre que d'une volonté de la part de l'auteur de rendre son personnage sympathique à tout prix en faisant de lui un gentil terroriste (il se contentait de couper une oreille aux capitalistes dédaigneux) au lieu d'en faire un homme dangereux pour lequel le lecteur s'attachera à cause de la situation.