C'est une question qui semble trouver réponse dans la tête de tous les écrivains amateurs, du moins si l'on se réfère aux nombreuses fois où l'on peut lire, dans les forums sur l'écriture, que pour bien écrire il faut tout d'abord beaucoup lire.

Si j'ai déjà abordé la question dans mes premiers articles, il me semble bon d'y revenir.

Lire est une saine occupation, et c'est une occupation qui nourrit l'auteur, plus à travers la lecture des autres (si tant est que ceux-ci lisent les livres dudit auteur) qu'à travers la sienne. Un auteur qui lirait beaucoup, mais ne serait pas lu aurait bien du mal à se considérer comme un auteur.

À contrario, un auteur qui lirait peu, mais serait énormément lu deviendrait alors un bon auteur, même si ce n'est pas lui qui a écrit son livre.

La question est alors bien plus complexe qu'il n'y parait, mais la réponse est, somme toute, assez simple à trouver.

Évidemment, c'est toujours mieux qu'un auteur lise quelque peu ses confrères, mais cela n'est pas une obligation.

Car l'inspiration ne naît pas forcément de la lecture de romans, elle peut provenir du visionnage de films, de la lecture d'un article de journal, d'une histoire que l'on a entendue, d'un sketch humoristique, d'une scène à laquelle on a assisté...

Du coup, pour avoir de l'inspiration, lire n'est pas nécessaire, même si ça ne peut pas faire de mal.

Pour ce qui est du style, même s'il existe des auteurs dont le talent suffit à en créer un à partir de rien, la plupart des autres s'imbiberont de celui des autres, digèreront les différents styles et finiront, à terme, par créer le leur... ou pas.

À partir de là, il faut se méfier de ne pas singer les auteurs qui nous plaisent, tant dans le genre d'histoire que dans le style de la plume. Car le risque est grand, que l'inspiration se transforme en plagia.

Par contre, lorsque l'on maitrise un tant soit peu sa plume, la lecture des écrits d'une tierce personne peut provoquer une illumination qui, dans un simple détail, conduit à une révolution scripturale.

En clair, en lisant une formule, ou un style de narration, cela peut débloquer, dans le cerveau de l'auteur, un déclic qui le pousse à expérimenter autre chose, à inventer, à personnaliser, à s'approprier une idée pour la développer et en faire totalement autre chose.

Créer un style, le forger passe donc autant dans la lecture, que dans l'expérimentation de l'écriture. C'est en forgeant qu'on devient forgeron, c'est en coupant du bois que Léonard de Vinci, et c'est en écrivant que l'auteur devient écrivain.

Ainsi, à la question, faut-il être un grand lecteur pour être un bon auteur, je répondrai plus aisément qu'il faut, avant tout, écrire beaucoup et expérimenter beaucoup pour devenir un écrivain (sachant que je ne parle pas là en terme de qualité d'écriture, le goût étant une notion totalement subjective).

En cumulant, lecture et écriture, on met alors un maximum de chance de son côté pour devenir un bon auteur. Reste une part qu'aucun apprenti écrivain ne pourra maîtriser, le talent... en tout cas, l'art de toucher quelqu'un avec sa prose et son style.

L'auteur peut, à partir d'un point de détail, tant dans une histoire ou dans un style, développer une machine créative complexe et accoucher d'un roman ou d'une saga. Mais arrivera-t-il, pour autant, à faire naître des émotions chez ses lecteurs ? Ces émotions seront-elles uniquement issues du style de l'auteur ? Bien sûr que non, tout comme dans tous les arts, en matière d'écriture, il n'y a pas de recette magique et une belle plume pourra paraître bien factice si elle n'entre pas en résonnance avec quelque chose qui peut émouvoir un lecteur. La belle plume se doit d'être au service d'une histoire, d'un personnage. À contrario, un personnage ou une situation nécessitera, parfois, un style plus humble, plus discret, voire, totalement inexistant. Il est parfois nécessaire que la narration soit plate, quasi journalistique, pour qu'elle serve l'histoire et le passage. D'autres fois, un style plus tape-à-l'œil, peut-être nécessaire pour décrire une situation et un personnage plus extravagant. Mieux, même, il est intéressant de mélanger ces styles, de les alterner, afin de produire différentes sensations et coller au mieux à un texte désireux de naviguer dans les eaux troubles d'une littérature non formatée.

En clair et, en conclusion, devant le manque de recette magique pour s'assurer qu'un auteur puisse toucher le cœur des lecteurs, le mieux est encore de faire comme bon vous semble, d'être vous-même, de vous laisser guider et de sculpter minutieusement votre style au fil de vos écrits.

À moins d'être muni d'un talent rare, il vous faudra vous exercer énormément pour réussir à développer votre patte, votre style, votre façon d'écrire. Il ne faut donc jamais hésiter à expérimenter, à vous frotter à tous les genres, tous les styles, à toutes les formes de narration pour trouver les éléments qui vous permettent de vous épanouir et vous motivent.

Bonne écriture !