231005809_1Quand vous naviguez, quelque peu, sur les forums d'écrivains amateurs, il n'est pas rare d'assister au vilipendage des éditeurs.

Les auteurs amateurs ne sont contents que lorsqu'un éditeur leur dit que leur tapuscrit leur plait et qu'il accepte de l'éditer.

Sinon... sinon, c'est la baston. Quelle que soit la réaction de l'éditeur, autre que l'acceptation d'un tapuscrit, l'auteur amateur (pas tous, heureusement, mais une bonne partie) est frustré, ce qui est compréhensible, mais de la frustration naît la rancœur et de la rancœur, la haine.

Bon, parler de haine est un peu excessif, quoique, parfois le terme est judicieux, mais, en tout cas, il n'est pas rare que l'auteur rabaisse l'éditeur et son travail pour flatter son propre ego et expliquer le refus de l'œuvre de sa vie.

L'éditeur est un con (cela arrive, mais pas tous).

L'éditeur est un incapable (il en existe, mais ils ne durent pas longtemps).

L'éditeur n'a même pas lu le tapuscrit (pas besoin de lire un tapuscrit en entier pour se faire une idée de la qualité. En deux pages, on peut se faire une idée de la plume et, si la plume est bonne, on insiste pour voir si l'intrigue tient la route).

L'éditeur ne sait pas reconnaître le talent (peut-être pas toujours, mais bien souvent, il est aisé de reconnaître le manque de talent).

L'éditeur ne publie que les amis d'amis ou les auteurs reconnus (ceux qui ont la chance de connaître des auteurs à succès, peut-être, mais les autres, il faut bien qu'ils publient des auteurs inconnus aussi).

L'éditeur ne cherche qu'à faire du pognon (un éditeur qui travaillerait à perte ne ferait pas long feu).

Mais l'auteur est capable de se plaindre de tout et son contraire, à partir du moment où il est refusé.

Ainsi, il n'est pas rare de voir des auteurs se plaindre des réponses types de refus de la part des éditeurs : « Cher auteur, malgré toutes les qualités de votre tapuscrit nous sommes au regret de le refuser, car il n'entre pas dans notre politique éditoriale... »

Mais, à contrario, il est aussi fréquent de voir les mêmes s'offusquer de critiques sincères et argumentées de la part d'un éditeur (surtout quand elles mettent en avant des défauts rédhibitoires).

Bon, soyons francs, il m'est arrivé, aussi, à mes débuts, lorsque j'étais en recherche d'un éditeur pour mes premiers manuscrits, de ne pas apprécier les réponses que je recevais de la part des professionnels, et il m'est même arrivé de répondre avec une certaine verve à l'un d'entre eux (mais bon, il l'avait cherché aussi).

Depuis, j'ai appris à accepter les critiques, à les prendre en compte, à améliorer mon style, ma plume, et, aussi, à faire de l'autocritique.

Du coup, j'ai maintenant bien compris les raisons pour lesquelles les éditeurs avaient rejeté les tapuscrits que je leur avais proposés, la preuve, en tant qu'éditeur, je les ai moi-même refusés (comme quoi, je suis ni pire ni meilleur que les autres).

Mais, si beaucoup d'auteurs râlent, tempêtent, pestent, vont même parfois jusqu'à publier sur le net les dites réponses de ces fourbes éditeurs, laissant leur rage s'émousser lentement dans les méandres de la toile, d'autres vous poursuivent de leur rancœur jusqu'à vous envoyer des mails ou des lettres d'insultes, dès réception de la réponse. Parfois, ils poussent même leur haine jusqu'à vous recontacter régulièrement pour se rappeler à votre bon souvenir et, rarement, en des termes élogieux.

Du coup, on peut comprendre les éditeurs qui préfèrent les lettres types, ils s'exposent, au final, moins à la vindicte populaire de l'auteur qui ne l'est pas, lui, populaire.

Mais, heureusement, parfois, vous avez affaire à des auteurs qui sont dans l'exacte position inverse. Ils vous remercient pour votre réponse qui est, parfois, la seule critique franche qu'ils aient reçue soit par manque de lecteurs ou par absence de personnes franches dans leur entourage.

Ceux-ci aussi, parfois, se rappellent à votre bon souvenir, mais pour vous remercier encore ou pour chercher conseil auprès d'une oreille attentive.

Au final, la chaleur des uns compense aisément l'aigreur des autres même s'ils sont moins nombreux.

De toute façon, un écrivain est forcément un personnage egotique, qu'il écrive bien ou non. Proposer, son œuvre à l'édition, c'est considérer que celle-ci est digne d'intérêt (bien sûr, tout est relatif, l'intérêt également, et, en plus, l'auteur peut être de bonne foi, mais se tromper quand même ou avoir mauvais goût). Dans tous les cas, l'égo sera un bon moteur pour motiver l'auteur à continuer d'écrire. Mais, il faut être capable de museler un peu son égo pour écouter et prendre en compte les critiques qui, elles aussi, ont le droit de se tromper.

Si l'auteur est un chieur et qu'il a du talent, les critiques l'élèveront au rang de génie. S'il n'a pas de talent, il demeurera un simple chieur. Dans les deux cas, la relation avec l'éditeur sera houleuse, mais, dans le premier, l'éditeur s'en félicitera, car il gagnera de l'argent.

En conclusion, les écrivains sont des êtres toujours insatisfaits. Insatisfaits des critiques, des réponses, de la façon de traiter leur œuvre, de leur œuvre, aussi, puisqu'un bon écrivain doit s'efforcer, au bout d'un moment, de cesser de retravailler ses textes sinon, il y passerait la vie que le mécontentement l'étreindrait toujours. L'éditeur doit donc composer avec ces êtres énigmatiques, égotiques, rancuniers, parfois talentueux afin de faire naitre le plaisir chez le lecteur et, quoi qu'on en dise, c'est la seule chose qu'on lui demande.