9782290336199Thierry Jonquet est un écrivain français dont je vous ai déjà parlé pour son excellent roman « La bête et la belle ».

Me revoilà plongé dans un de ses romans, un peu plus ancien, mais tout aussi savoureux.

Le bal des débris : Tout a changé dans la vie de Frédo, qui pousse des chariots dans un hôpital pour vieux, le jour où Alphonse Lepointre, plombier-zingueur dans le civil, mais resté truand dans l'âme, a été admis aux urgences. Ensemble, ils décident de monter le coup de leur vie : c'est le soir du bal, le bal des « débris », qu'ils vont soulager de ses diamants une riche pensionnaire, par ailleurs bien gardée... Rebondissements, panique, prise d'otages, Jonquet met en scène une époustouflante course-poursuite au terme de laquelle les diamants sortiront bien de l'hôpital. Mais dans quelles conditions ! Et pourquoi ?

Pour ce court roman, l'auteur puise dans ses souvenirs de jeunesse, à l'époque où il était ergothérapeute en service gériatrie. Autant dire que les vieux et les hôpitaux, ça le connaît. C'est probablement pour cacher les douleurs de l'âme inhérentes à ce genre d'emploi qu'il use d'ironie et de cynisme pour décrire le milieu de la gériatrie. Mieux vaut en rire qu'en pleurer semble son adage, mais derrière les charges violentes contre ce genre d'institution on ne peut manquer l'émotion et la tendresse de l'auteur pour tous ces petits vieux qui entrent dans ce genre de service hospitalier pour n'en sortir que les pieds devant.

Frédo est un pousse-chariot cantonné dans cet emploi sans avenir parce qu'il n'a pas vraiment eu le choix. En couple avec une syndicaliste forcenée travaillant dans un autre hôpital, difficile de s'échapper de sa vie morne, que ce soit au boulot ou à la maison.

Mais la vie de Frédo va basculer le jour où Lepointre, un ancien malfrat, débarque pour soigner un bras cassé.

56732_thierry_jonquet_imgLes deux hommes se lient d'amitié et Lepointre retrouve sa jeunesse à travers Frédo pendant que Frédo s'évade de sa vie monotone à travers le passé du bonhomme.

Comme l'occasion fait toujours le larron, quand Frédo apprend qu'une patiente est gardée jour et nuit par des gardes du corps et qu'elle cache dans un coffre, dans sa chambre, des bijoux de grande valeur, il en parle à Lepointre et les deux vont monter un plan pour réussir le casse qui va changer leurs vies.

Thierry Jonquet use donc d'humour et de cynisme au travers les paroles de Frédo, narrateur omniscient, choix qui lui permet d'utiliser un langage plus argotique très ancré dans les années 80 (le roman date de 84).

Cette narration à la première personne permet à l'auteur de se libérer totalement d'un carcan littéraire trop lourd et de pouvoir exprimer son ressentiment contre l'institution gériatrique et ses dirigeants tout en ne se départissant pas d'une immense tendresse pour tous ces petits vieux. Le langage est donc volontairement fleuri et l'on se régale de cette petite aventure qui va se complexifier pour le plus grand plaisir du lecteur.

Car, évidemment, tout ne se passe pas comme prévu, bien au contraire, et Frédo et Lepointre vont devoir faire preuve de stratégie et de patience. Chacun devra mettre les mains dans le cambouis pour espérer parvenir à ses fins. Mais la fin n'est pas forcément celle que l'on croit.

Au final, un petit roman policier qui n'oublie pas de nous faire sourire et de nous faire également réfléchir sur ses mouroirs avec un rebondissement surprenant.