UtuUtu est la suite officiellement officieuse de Haka du même auteur, Caryl Férey.

Par suite officiellement officieuse, entendez que l'histoire d'Utu suit directement celle de Haka, évoque les personnages et l'enquête de Haka, mais utilise de nouveaux personnages qui sont, parfois, très proches de ceux de Haka.

L'auteur, Caryl Férey, français comme son nom ne l'indique pas, a deux particularités dans l'écriture. Il aime faire souffrir ses personnages et il adore évoquer la vie et les coutumes de peuples opprimés et spoliés par les colons.

Dans Utu, Caryl Férey revient sur la vie des Maoris en approfondissant leurs rites puisque « Utu », en maori, veut dire « Vengeance ». Et vengeance il va y avoir avec cette histoire s'ancrant sur la spoliation des terres maories par les colons occidentaux.

Utu met en scène Paul Osborne, ancien flic et bras droit de John Fitzerald, le héros de « Haka ». Son demi-frère avait également été pris sous son bras par Fitzerald et avait péri durant l'arrestation du tueur en série que poursuivait ce dernier avant de se suicider.

Osborne a quitté la police dix mois auparavant. Il vit désormais une vie rythmée par la drogue et l'alcool, exilé en Australie.

Pourtant, la police néo-zélandaise va faire appel à lui pour éclairer un peu la dernière enquête de Fitzérald et comprendre ce que venait faire l'activiste et Shaman Zinzan Bee dans cette affaire et où est passé son corps.

Mais, une fois réintégré, Osborne va devoir enquêter sur le vol d'une relique maorie. En parallèle, il va chercher à comprendre pourquoi Fitzérald s'est suicidé, où est passé le corps de Zinzan Bee, qu'est devenu son amour d'enfance, la belle Hana et comment est morte la jeune comptable retrouvée à moitié déchiquetée sur une plage.

Il n'est pas nécessaire d'avoir lu « Haka » pour entamer la lecture de « Utu », mais autant l'avouer, c'est tout de même préférable. Préférable, car cela peut apporter de nombreuses informations au lecteur. Tout d'abord, cela nous apprend que Caryl Férey se complet dans le noir absolu. Ensuite, la lecture des deux ouvrages nous enseigne également que Caryl Férey semble vraiment regretter son personnage de Fitzérald tant, Osborne, lui ressemble en de nombreux points.

Caryl-Ferey-001_40587x1Effectivement, les deux personnages sont extrêmement proches dans leurs motivations, leurs façons de faire leur métier et leurs goûts pour les produits stupéfiants. On a donc la désagréable impression, en lisant Utu, de lire un copier-coller de Haka, par l'ambiance, par les personnages et par la noirceur et la violence.

Car, si Osborne est un clone de Fitzérald, on pourra aussi noter que la légiste reprend peu ou proue le rôle de la psychologue dans Haka.

Les motivations sont les mêmes, plus ou moins, pour les deux personnages, chacun est entré dans la police pour retrouver la femme qu'il aimait. Fitzerald parce que sa femme et sa fille avaient disparu, Osborn parce que la fille qu'il aimait étant jeune était partie volontairement et qu'il ne pouvait l'oublier.

Malheureusement et curieusement, le style de l'auteur est moins léché et alléchant qu'il ne l'était dans le précédent. Le final de Utu est également moins puissant que celui de Haka.

Seul point positif, la narration qui est moins linéaire que dans Haka et qui alterne le présent et le passé à travers des flashbacks permettant au lecteur de découvrir le passé et la motivation d'Osborne grâce aux scènes de son adolescence et de son amour pour une jeune Maorie.

Au final, Utu se révèle quelque peu décevant quand on a lu Haka. L'histoire est moins prenante, le final moins percutant et les personnages rappellent un peu trop ceux de Haka. La noirceur est toujours présente, mais la plume est moins prenante et l'effet de surprise n'est plus de mise, du coup, on échappe au coup de poing au foie et à l'effroi que nous offrait « Haka ».

Dommage ! Reste tout de même la narration un peu plus complexe qui pourra tout de même en dérouter certains, la présentation d'une part de la culture maorie, et la violence et la noirceur omniprésentes. Bref, « Utu » est un roman désenchanté, tout comme « Haka », mais qui enchantera bien moins le lecteur que le roman mettant en scène John Fitzérald.