la-belge-et-la-bete-bruce-mayence-9782842190637De temps en temps, pour alterner un peu mes lectures, j'aime dévorer un petit polar pas cher, sans prétention, ne dépassant pas les 200 pages afin de retrouver le sourire, surtout après des lectures un peu plus violentes et noires.

Pour remplir toutes ces exigences, quoi de mieux qu'un bon vieux « Le Poulpe ».

Effectivement, la saga « Le Poulpe » n'a aucune prétention « grande littérature » et j'aime cette humilité que je défends également à travers les ouvrages que j'écris. Les opus de la saga « Le Poulpe » sont toujours proposés à des prix abordables, sont généralement courts (entre 100 et 200 pages), sont souvent drôles et j'aime le postulat de base imposé par Jean-Bernard Pouy avec ce personnage charismatique de Gabriel Lecouvreur et tous les passages obligés que doit comporter chaque épisode.

Le seul problème de la saga est que JB Pouy en a ouvert les portes à tout le monde, sans restriction, sans critères de sélection et, du coup, la qualité des épisodes est plutôt fluctuante.

Comme il y a beaucoup d'épisodes et que peu sont critiqués sur le Net, difficile de trouver un bon « Le Poulpe » une fois que l'on a lu ceux écrits par des valeurs sûres (JB Pouy, Didier Daeninckx, Patrick Raynal et Gérard Delteil).

Du coup, le lecteur désireux de lire un opus de « Le Poulpe » part souvent à la pêche au gros poisson au risque de ne lever qu'un alevin.

Mais heureusement, l'instinct fait parfois bien les choses et le choix de « La Belge et la bête » de Bruce Mayence, s'est avéré un bon coup de filet.

polarsBruce Mayence est un ancien boulanger, ex futur bibliothécaire et amateur de provocation. Son premier roman, « La carrière des singes de marbres », il le signe Bruce L. Mayence. « Bruce L. » pour Lenny Bruce, l'humoriste américain réputé comme étant le fondateur du « Stand up » et qui fût incarné à l'écran par Dustin Hoffman.

Depuis, le « L. » a disparu et, après quelques romans, l'auteur consacre sa plume à écrire un opus de la saga « Le Poulpe », « La Belge et la bête ».

La Belge et la bête : Gabriel Lecouvreur met, les pieds dans le plat pays... Achille Dandois, son ancien instructeur du bataillon disciplinaire et malgré tout ami, s'est fait assassiner par le prisonnier dont il assurait la garde. Fourrant son nez dans une justice dont le « Balancier » oscille entre la droite et la gauche, Gabriel navigue du Palais de la Bière au fond des mines où Poulpe qui roule n'amasse que mousse ! Le Poulpe est un personnage libre, curieux, contemporain, qui aura quarante ans en l'an 2000. C'est quelqu'un qui va fouiller, à son compte, dans les failles et les désordres apparents du quotidien. Quelqu'un qui démarre toujours de ces petits faits divers qui expriment, à tout instant, la maladie de notre monde. Ce n'est ni un vengeur ni le représentant d'une loi ou d'une morale, c'est un enquêteur un peu plus libertaire que d'habitude, c'est surtout un témoin.

Ai-je précisé que Bruce Mayence est Belge ? Non, alors je le fais pour spécifier que le livre est très largement empreint d'un humour belge de qualité.

Autant le dire tout de suite, l'histoire, dans un opus de « Le Poulpe » n'est pas ce qui est le plus important. Ce qui compte avant tout, dans la saga, c'est l'ambiance. Pourtant, sans développer une intrigue extraordinaire, Bruce Mayence nous propose à la fois une bonne histoire et une très bonne ambiance.

Narrativement parlant, cet épisode diffère de la plupart du fait qu'il est écrit à la première personne. C'est donc l'occasion, pour le lecteur, d'être témoin direct des réflexions de Gabriel Lecouvreur.

Alors qu'il est dans son bistrot favori, comme dans chaque épisode, Gabriel lit que Achille Dandois, un surveillant de prison, ancien instructeur dans le bataillon disciplinaire dans lequel Gabriel a dû payer des erreurs de jeunesse, a été assassiné par un prisonnier qui s'est échappé pour assassiné l'avocat responsable de sa condamnation. Mais le prisonnier est abattu par la fille de l'avocat et Dandois est découvert noyé.

Comme Dandois était avant tout un ami, Gabriel décide de se rendre sur place, en Belgique, afin de fouiner un peu. Sur place, il fait la connaissance d'un bon gros Belge, patron d'un hôtel-bar-restaurant qui l'invite à prendre une chambre chez lui après que Gabriel se soit fait passer pour un journaliste voulant écrire un article sur les bières.

Dans le restaurant, Gabriel rencontre un journaliste à son compte qui, en échange du règlement de son ardoise, lui offre une information importante, Dandois est mort trois heures après le prisonnier, autant dire que tout ne s'est pas déroulé selon la version officielle.

Tous les éléments d'un bon « Le Poulpe » sont présents dans cet ouvrage. Bières, baston, poèmes, femmes, extrême droite, crânes rasés, passages à tabac, humour...

Côté humour, Mayence nous offre un humour bien de chez lui, un humour qui n'oublie pas la finesse, contrairement au cliché que l'on a sur les Belges, au point que l'auteur pousse très loin l'image que l'on a des Belges, en France, à travers son personnage de patron d'hôtel, gros, lourdingue, sympathique... Il persévère aussi par les dialogues de Gabriel qui demande s'il y a le téléphone, le fax, internet, comme si la Belgique était le trou du cul du monde, un pays d'arriérés.

Mais l'humour est aussi parfois loufoque, poétique, fin, l'humour de répétitions...

« — Haaaaaaaa !

Y’a de l’écho, cette fois :

— Gaby !

Il connaît pas son texte, l’écho ! »

Mais l'écriture de Bruce Mayence n'est pas que drôle elle est aussi très imagée et « goûtue » avec des passages forts agréables à lire, mais qui sont assez difficiles à extraire du texte intégral de peur qu'ils perdent toute leur saveur.

En clair, « La Belge et la bête » est un très bon opus de la saga « Le Poulpe », un épisode qui se place au-dessus du panier, un épisode drôle, enlevé, rythmé, qui se dévore en quelques heures et qui n'oublie pas les belles formules qui fleurissent ici ou là dans les chapitres.

Tous les ingrédients d'un opus de « Le Poulpe » sont présents et la seule chose que l'on pourrait regretter, si l'on voulait chipoter, c'est que Mayence écrit que Gabriel Lecouvreur a toujours détesté la poésie alors que JB Pouy faisait de son personnage, dans le tout premier opus, un fervent lecteur de Haïkus, précisant même qu'il a un poète préféré, Matsuo Bashô.