1180748-gfAprès avoir lu la première aventure de San-Antonio (Réglez lui son compte), celle annoncée par beaucoup comme la plus drôle (Salut mon Pope !), je me suis intéressé à la première aventure dans laquelle le personnage de Bérurier apparaît, "Des clientes pour la morgue".

Autant vous prévenir, si vous êtes un inconditionnel de Bérurier, ne lisez pas ce roman juste pour lui, le personnage est à peine évoqué dans la deuxième page puis oublié totalement. Mais, d'un point de vu "archéologique", cette particularité n'en est pas moins intéressante.

Des clientes pour la morgue : À Paris, le commissaire San-Antonio prend d’instinct en filature une dame plutôt curieuse. En effet, le flair du commissaire a repéré tout de suite un homme déguisé. Cela le conduit jusqu'en Suisse, où le mystérieux individu se suicide sous ses yeux, dans sa chambre d'hôtel, après avoir reçu un coup de téléphone.

"Des clientes pour la morgue" est le 7ème opus de la saga "San Antonio" et date de 1954. Il est important de le noter car, à cette heure, ou en cette année, les aventures de San-Antonio sont encore en pleine construction et Frédéric Dard n'a pas encore fait évoluer son personnage vers ce qui a fait son succès.

Ici, l'humour est bien moindre que dans les opus plus récents. L'argot est également bien moins présent et la langue de Dard demeure encore timorée. Les personnages secondaires ne sont pas encore bien définis. Le Commissaire conserve encore de la distance envers son supérieur et les subalternes sont à peine esquissés et cantonnés à des tâches ingrates à peine évoquées.

Seule Félicie, la mère de San-Antonio, tire son épingle du jeu en participant activement à deux scènes et en subissant les affres des ennemis de son fils.

2774588072_1_3_QojhEfeIPour le reste, San-Antonio est toujours plus proche de l'agent international que du flic avec cette histoire d'objet convoité par divers gouvernements. Il a encore l'envergure d'un espion sans peur et sans reproche qui œuvre seul face à tout le monde. Cela ne l'empêche pas de perdre parfois la face, de frôler la mort, mais il se relève toujours car San-Antonio est indestructible.

Pas énormément d'humour dans ce 7ème opus, ni d'argot, donc, et c'est par le scénario plutôt rythmé et par la verve naturel de l'auteur que le lecteur est accroché. Car, s'il n'y a pas autant de jeux de mots et de digressions Dardiennes dans "Des clientes pour la morgue", il n'en demeure pas moins que la lecture se fait dans le sourire et que le style est très plaisant. Comme quoi, même au "naturel", Dard pouvait être un bon écrivain.

Alors que San-Antonio est dans un restaurant avec des collègues de travail pour fêter la médaille de "cet enflure de Bérurier", dixit l'auteur, honoré pour avoir pris une balle en service, le commissaire repère un homme entrant dans les toilettes. En ressort une vieille dame, ce qui met la puce à l'oreille de San-Antonio qui décide de suivre le travesti. Cette filature va le conduire jusqu'en Suisse où il loue la chambre d'hôtel voisine de celle de sa proie. Après avoir creusé un trou dans le mur mitoyen, il observe le travesti qui, après avoir reçu un coup de téléphone, cache un objet en haut de l'armoire et se tire une balle dans la tête.

San-Antonio pénètre dans la chambre et récupère l'objet, un disque anodin mais qui semble avoir grande valeur, d'après le travesti.

Mais, comme le disque est convoité par beaucoup de monde, San-Antonio va avoir fort à faire et va frôler la mort plusieurs fois durant cette aventure.

Au final, "Des clientes pour la morgue" est une très bon opus de San-Antonio dans lequel on devine la progression de la plume de l'auteur et où l'on voit apparaître pour la première fois Bérurier.

Une lecture très plaisante à ne surtout pas bouder.