certains-l-aiment-closGabriel Lecouvreur alias Le Poulpe est en proie au doute et à la dépression, ce n'est pas l'averse qui lui tombe dessus alors qu'il est dans la rue qui va le requinquer, quoi que... Poussé par la pluie, le céphalopode trouve refuge dans une église, lieu aux antipodes de son esprit anarchiste et libertaire, mais, le son d'un orgue le charme et il se laisse aller aux confidences avec l'organiste. Ce dernier lui conseille d'effectuer une retraite dans un monastère et c'est aussitôt chose faite. Bercé par les différentes prières qui rythment les journées monacales, Gabriel, loin d'être un ange, n'en perd pas pour autant ses vices et son goût pour l'alcool et les femmes. C'est à la crêperie du coin qu'il va combiner ses goûts en buvant des bières tout en draguant la belle serveuse Natacha. En revenant de sa séance de drague alcoolisée, Gabriel se sent épié et poursuit une ombre dans le parc du Monastère. Distancé, il retourne à sa chambre et évite de justesse le corps d'un moine qui chute depuis sa chambre à l'étage. Suicide ? Difficile à croire puisqu'une croix est plantée dans son estomac. Gabriel se cache en chambre, pour ne pas être suspecté et attend le lendemain avec hâte pour avoir des échos de la nuit précédente. Problème, c'est comme s'il ne s'était rien passé la nuit dernière, pas de remue-ménage, pas de corps, pas de disparu... rien. Rêve ou réalité ? Quand le jour suivant, un moine est retrouvé mort et que le médecin lui confit que la victime a été poignardée à l'estomac, Gabriel est convaincu qu'il n'a non seulement pas rêvé la veille, mais surtout qu'il va devoir faire face à une sombre histoire. Entre les moines cachotiers et les autres retraitants assez bizarres, les suspects sont nombreux et les indices rares.

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Laurent Martin est un écrivain de 46 ans né à Djibouti. Auteur de plusieurs romans, il est primé par le Grand Prix de la littérature policière dès son premier roman, « L'ivresse des dieux », en 2003.

C'est en 2007 qu'il s'exerce à une œuvre poulpienne avec « Certains l'aiment clos ».

Gabriel Lecouvreur est un être anarchiste et rebelle, il était alors évident, qu'à un moment, il dérogerait aux règles qui régissent sa propre existence (les bases posées et imposées par l'auteur initial, J.B. Pouy).

Aussi, Laurent Martin est l'instigateur de cette rébellion et comme l'auteur ne fait pas dans la demie mesure, il retourne le céphalopode comme un gant et bouleverse tout son quotidien de A à Z, depuis le crime jusqu'au retour au Pied de porc à la Sainte-Scolasse.

Un épisode du poulpe démarre par un premier chapitre décrivant le crime, se poursuit par un second chapitre se déroulant au Bistrot préféré de Gabriel durant lequel il prend connaissance du crime via un article de journal et se poursuit au travers les évocations de Sheryl, de flagrances d'humour...

Ici, pas de crime initiant le roman, mais un Gabriel déprimé et las qui cherche un sens à sa vie. Le sens, bien curieusement, il va le trouver dans la foi (certes, cet aspect est bien peu crédible quand on connait bien Le Poulpe, surtout quand l'introduction est aussi concise et la décision du personnage aussi rapide, format court des épisodes du Poulpe oblige).

Alors certes, bousculer ainsi les codes de la saga et aller jusqu'à rendre Gabriel Lecouvreur Pieu à la messe alors qu'il serait plutôt amateur de fesses au pieu, cela a de quoi choquer un amateur éclairé de la saga, mais, une fois le choc dépassé et l'idée acceptée, Laurent Martin déroule une histoire à la fois intéressante et bien menée.

Bien sûr on est très loin de pintes d'humour qui caractérisent les bonnes cuvées du Poulpe, mais force est de constater que le roman tient la route et qu'il est plaisant de suivre les mésaventures d'un Gabriel Lecouvreur un peu plus posé, plus réfléchi, plus investit (peut-être un peu trop, d'ailleurs, là aussi la crédibilité de l'ensemble chancèle parfois).

Alors, des meurtres dans un monastère, chacun pensera immédiatement à « Le nom de la rose », Gabriel Lecouvreur également, et Laurent Martin par son intermédiaire, ou l'inverse. Ainsi, plus que de se contenter de penser au célèbre roman d'Umberto Eco ou au non moins célèbre film de Jean-Jacques Annaud, l'auteur et le personnage font carrément le nommer et le citer à plusieurs reprises.

Mais Laurent Martin ne se contente par de bouleverser les codes et la saga dans son début de roman ni dans son milieu, il va secouer l'ensemble et choquer le lecteur habitué aux aventures de Gabriel Lecouvreur jusque dans son final, inattendu et inédit dans la saga. Mais je n'en dis pas plus pour vous laisser la surprise.

Au final, Laurent Martin nous livre un épisode du Poulpe à la fois de très bonne facture, mais surtout totalement à part dans la saga (si l'on excepte « Touche pas à mes deux seins » de Martin Winckler dont l'étrangeté résulte plus d'une tentative de l'auteur de faire entrer Gabriel Lecouvreur dans son univers et d'y mélanger ses personnages que l'inverse). À part du début jusqu'à la fin, cet épisode aura de quoi décontenancer et peut-être même décevoir les amateurs de la saga, mais se révèle être un bon opus, bien rythmé, avec des révélations, des retournements de situation et une fin choquante à souhait.