67788878Glacé : Décembre 2008, dans une vallée encais­sée des Pyrénées. Au petit matin, les ouvriers d’une cen­trale hydro­électri­que décou­vrent le cada­vre d’un cheval sans tête, accro­ché à la falaise glacée.

Le même jour, une jeune psy­cho­lo­gue prend son pre­mier poste dans le centre psy­chia­tri­que de haute sécu­rité qui sur­plombe la vallée.

Le com­man­dant Servaz, 40 ans, flic hypo­condria­que et intui­tif, se voit confier cette enquête, la plus étrange de toute sa car­rière. Pourquoi avoir tué ce cheval à 2 000 mètres d’alti­tude ? Serait-ce, pour Servaz, le début du cau­che­mar ?

Une atmo­sphère oppres­sante, une intri­gue tendue à l’extrême, une plon­gée impla­ca­ble dans nos peurs les plus secrè­tes, ce pre­mier roman est une révé­la­tion !

Je tiens à préciser immédiatement que je ne valide pas totalement ce résumé pioché sur le site de l'éditeur du roman, car, à moins que je me trompe, et je ne le crois pas, (si l'auteur me lit qu'il me détrompe ou m'explique pourquoi il a laissé passer cette erreur), Martin Servaz est, certes, intuitif, mais pas hypocondriaque, ce qualificatif revient à son bras droit, Espérandieu.

Après cette petite mise au point, venons-en au roman proprement dit.

J'aime, j'adore, je suis toujours hypnotisé par les films se déroulant dans la neige ou dans les hautes montagnes (qui vont souvent de pair). Que ce soit « The Thing », « Smilla », « Atarnajuat », « Rare Export » et, principalement, « Les rivières pourpres » de Matthieu Kassovitz. Je dois même confesser que ce dernier film est une terrible obsession pour moi puisque j'ai sans cesse envie de le voir et le revoir, surtout la première scène du film quand Jean Réno débarque en pleine montagne sur les lieux du crime.

C'est cette ambiance « glacée » et blanche, quasi virginale qui m'a tout de suite happé et la toute première scène du livre n'a cessé de me faire penser à l'ouverture de l'adaptation cinématographique de « Les rivières pourpres ».

Pourtant, ne nous y trompons pas, « Glacé » n'est pas du tout inspiré du livre de Jean-Christophe Grangé et cet effet est probablement à mettre sur la montagne elle-même et surtout à l'écriture très visuelle et très fermée du début de roman de Bernard Minier, l'auteur de « Glacé ». Fermée, car l'auteur à tendance à tout décrire ne laissant aucune latitude au lecteur à faire fonctionner son imagination. Bien que je prône, dans l'écriture, une position totalement opposée, cet effet de style ne m'a pourtant pas dérangé contrairement à de nombreux lecteurs.

minier-35684« Glacé » est le premier roman de cet auteur né à Béziers et ayant vécu au pied des Pyrénées, au point que cette barrière blanche l'ait obsédé toute son enfance. Le second roman depuis sorti reprend d'ailleurs pour personnages l'équipe de flics de Toulouse dont Martin Servaz ainsi qu'un autre personnage de ce premier roman.

Disons-le tout de suite, Bernard Minier est un écrivain à suivre indéniablement au vu des qualités de ce premier ouvrage. Certes, le roman n'est pas dénué de défauts (certains reprocheront à l'auteur d'être trop descriptif ou bien certains rebondissements manquant de crédibilité...), mais, au final, s'avère être un excellent roman que j'ai eu beaucoup de mal à lâcher.

D'ailleurs, on peut reprocher à l'auteur de tout faire pour que le lecteur ne lâche pas son livre, faisant alterner les différentes intrigues un petit peu trop souvent, passant de l'un à l'autre justement au moment où des révélations doivent se faire, obligeant le lecteur à dévorer le passage alternatif pour obtenir des réponses, mais comme le passage alternatif est interrompu, lui aussi, dans un moment important...

Bernard Minier nous livre des personnages à la fois très clichés et pourtant originaux et touchants à l'image de Martin Servaz, un lettré, fils de lettré, au passé torturé puisqu'il a assisté, enfant, au viol et au meurtre de sa mère et, à découvert, quelques années plus tard, son père mort après s'être fait sauté le caisson. Promis à une carrière prometteuse d'écrivain, Martin s'est alors dirigé vers le métier de policier dans lequel son intellect et son intuition lui sont d'une aide indéniable.

Cliché, car, justement, le flic torturé, divorcé, on en a soupé. Le flic citant du latin et écoutant du classique n'est pas non plus d'une immense originalité (vu encore récemment dans « Haïku » d'Eric Calatraba). Un peu plus intéressants, mais moins mis en avant, les personnages d'Espérandieu en flic maniéré soupçonné par ses collègues d'être homo et jalousé par les mêmes parce que sa femme est sublime, Samira Cheung, un drôle de mélange aussi bien de nationalités que physiquement et dans sa manière de s'habiller et Irène Ziegler, la gendarme à la fois forte et virile, mais qui cache plusieurs parts d'ombre.

Pourtant, l'ensemble tient bien la route malgré l'autre cliché, déjà vu dans le même « Haïku », du tueur en série qui écoute de la musique classique, les mêmes morceaux, que le flic.

L'enquête commence donc sur les chapeaux de roues avec la tête du pur sang retrouvée suspendue à 2 000 mètres d'altitude. Servaz est mis sur l'affaire, ainsi que Ziegler et les deux, malgré les conflits qu'il y a souvent entre flics et gendarmes, pestent de concert sur le fait qu'on les met sur l'affaire uniquement parce que le propriétaire du cheval est un riche homme d'affaires. Dans le même temps, Servaz ne peut s'empêcher de penser que quelqu'un capable d'une telle ignominie et une telle mise en scène, même envers un cheval, peut se révéler un tueur dangereux, des tueurs, plutôt puisque, pour faire le coup il fallait au moins être deux.

La suite lui prouvera qu'il avait raison puisqu'une première victime, puis une seconde ne tardent pas à faire leur apparition.

Mener une enquête dangereuse, en haute montagne, quand on a le vertige et que l'on n’est pas un as du tir au pigeon, voilà qui n'est pas aisé, mais quand tout va à vau-l'eau et, qu'en plus, on ne dort pas, qu'on tombe malade et qu'on est toujours devancé par le tueur, l'aventure s'annonce épuisante... voire plus.

Car le moins que l'on puisse dire c'est que l'auteur ne ménage pas son héros et le malmène sans cesse, le poussant dans ses retranchements et le forçant à puiser dans ses ressources et en le mettant dans des situations périlleuses.

Au final, malgré certaines critiques mitigées, « Glacé » s'avère être un excellent polar, difficile à lâcher, à l'ambiance « froide » et « folle » auquel on ne pourra reprocher qu'il ne s'arrête pas avec la fin de l'enquête, mais continue sur une situation qui n'apporte rien à l'histoire, mais qui sert à mettre en place le second roman, « Le Cercle ».