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« Le petit vieux des Batignolles » est une nouvelle publiée dans un recueil posthume (elle avait été publiée auparavant sous forme de feuilleton) d'un auteur culte, mais trop méconnu : Émile Gaboriau.

Considéré comme le fondateur du roman policier français, Émile Gaboriau a au moins posé les bases d'une narration, d'un style et de personnages qui inspireront les plus grands, Conan Doyle et Georges Simenon entre autres. Mais comme les inspirateurs sont aussi des inspirés, il est bon de noter qu'Émile Gaboriau a lui-même été influencé par un grand auteur de nouvelles policières : Edgar Allan Poe.

Bien moins connu que ces pairs, il n'en demeure pas moins un auteur incontournable du monde de la littérature policière et l'un des premiers à mettre en œuvre la part scientifique de la police. Dans sa bibliographie un personnage se démarque, le Commissaire Lecoq, qui apparait en simple agent de la sécurité et personnage secondaire dans « L'affaire Lerouge » avant de gravir les échelons d'opus en opus.

Mais revenons-en à la longue nouvelle « Le petit vieux des Batignolles » : Anthénor Pigoreau est un vieil homme riche. Il est retrouvé assassiné, allongé dans son sang. Sur le plancher, près de lui, est écrit à la pointe de son doigt ensanglanté « Monis ». La police n'a pas beaucoup à réfléchir pour trouver le coupable : le neveu du mort s'appelle Monistrol, il a des soucis d'argent et il est l'unique héritier. Mais, très vite, l'agent de la sûreté, Méchinet, et son acolyte, l'officier de santé, Godeuil, ont une tout autre hypothèse...

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Publié à titre posthume en 1876, soit plus de dix ans avant la première aventure de Sherlock Holmes, « Le petit vieux des Batignolles » nous propose un duo de personnages composé d'un policier usant de l'art du déguisement, de la déduction ainsi que de l'interrogatoire et d'un médecin qui est également le narrateur de l'histoire, ce qui n'est pas sans nous rappeler quelque chose. Il semblerait d'ailleurs que Conan Doyle ait confessé avoir beaucoup lu Gaboriau.

La trame de la nouvelle n'est pas des plus innovantes ni des plus captivantes avec cette histoire de meurtre dont l'assassin semble tout trouvé, d'autant que la personne confesse son méfait.

Mais quand Méchinet et Godeuil prouvent que la victime n'a pas pu écrire elle-même les lettres au sol, on devine assez vite le ressort de l'enquête.

Pour autant, avec des personnages fouillés et un style agréable, « Le petit vieux des Batignolles » se lit avec un plaisir certain.

Car Émile Gaboriau démontre un réel talent de feuilletoniste, ce qui d'ailleurs fit le succès de Lecoq, et cela se ressent jusque dans cette nouvelle qui est régie comme un feuilleton à unique épisode.

Sur une courte distance, l'auteur réussit l'exploit d'exposer l'enquête, de présenter ses personnages, de créer un climat, de proposer une critique sociale, d'offrir des rebondissements et enfin de clore son enquête.

Au final, « Le petit vieux des Batignolles » est une excellente nouvelle et un précieux témoin de l'Histoire de la littérature policière.