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« Des chrétiens et des Maures » est le cinquième opus de la Saga Malaussène écrite par l'excellentissime Daniel Pennac.

Benjamin Malaussène est ce qu'on pourrait appeler un « Bouc émissaire professionnel ». Dans l'exercice de sa fonction, il a exercé au sein d'un grand magasin et a été soupçonné d'y avoir déposé des bombes. Il a ensuite poursuivi son travail dans une maison d'édition et a pris une balle dans la tête en prenant la place d'un écrivain célèbre dont le visage était inconnu. Puis il a été accusé des meurtres de prostituées, de flics et bien d'autres encore. Benjamin, habitué, jusqu'ici, à s'occuper de ses frères et sœurs que sa mère lui abandonne en coup de vent, après chaque accouchement consécutif à une histoire d'amour avec un homme différent, est devenu, dans le précédent épisode, père. Julie, la femme de sa vie qui se jette également toujours dans les ennuis a accouché d'un garçon que Jérémy, l'un de frères Malaussène, a nommé « Monsieur Malaussène », un nom aussi étrange que la famille et que les noms des derniers nés, toujours choisis par le même Jérémy, « Le Petit », « Verdun » et « C'est Un Ange ».

Mais voilà, si aucun des frères et sœurs de la famille Malaussène ne connait leur père, la mère fuguant toujours pour vivre un amour caché et revenir seule et enceinte, « Monsieur Malaussène », lui, est entouré de sa mère, mais aussi de son père. Le Petit, alors chamboulé, exige lui aussi d'avoir son papa. Le caprice, d'abord pris à la légère par Benjamin, s'avère tenace et l'enfant refuse de s'alimenter jusqu'à connaître son père, ce qui va lancer Benjamin dans une drôle de recherche. Car, si tous les pères de chaque enfant Malaussène lui demeure inconnus, celui de Le Petit est le seul et l'unique que Benjamin a déjà rencontré, à l'époque, juste avant de devenir le père de son frère. 

797Daniel Pennac nous livre là un très court roman, trop court, d'ailleurs, puisqu'il semble que la concision nécessaire à cet ouvrage ait empêché l'auteur de développer à la fois son histoire, ses personnages secondaires ainsi que son style habituel.

Pourtant le roman débute agréablement par une histoire de sémantique à propos du conditionnel présent du « Je préfèrerais mon papa », répondu par Le Petit après qu'on lui ait rappelé que son vrai papa était son frère, Benjamin, celui qui l'avait élevé.

Ladite phrase résonne, dans la tête de Benjamin et donc de l'auteur, comme un écho à l’« I would prefer no to / Je préfèrerais ne pas" de la nouvelle de Herman Melville, "Bartleby".

Daniel Pennac se sert de cette référence pour nous livrer un passage fort intéressant et bien mené avant de basculer dans un « retour en arrière » pour nous présenter le fameux papa de Le Petit et les circonstances qui ont amené cet homme dans la maison des Malaussène.

L'auteur nous propose alors un personnage qui a beaucoup souffert, c'est une habitude dans le monde des Malaussène, et nous raconte comment il atterrit dans la famille et finit par engrosser la mère.

Daniel Pennac poursuit ses références littéraires jusque dans son final que je vous laisserai découvrir.

Au final, si ce très court roman demeure savoureux à lire, le lecteur a toujours plaisir à rencontrer la famille Malaussène, il est tout de même bien en deçà, question qualités narratives, littéraires, humoristiques, exubérances, que le reste de la saga. 

Cependant, pour les lecteurs des quatre premiers opus, cette histoire est à lire en attendant de sauter sur le suivant, « Aux fruits de la passion ».