petit bleu

Dans ma découverte des auteurs de polars français, me voici confronté à un cruel dilemme : Jean-Patrick Manchette.

J.-P. Manchette jouit d'une très belle réputation dans le monde du polar puisqu'il est reconnu, par beaucoup, comme l'un des auteurs de romans policiers les plus marquants des années 70-80. De même, il est souvent cité comme le précurseur du néo-polar. Dans tous les cas, il est reconnu comme un auteur incontournable et talentueux.

S'il est évident que Manchette aime le cinéma, la littérature et la musique (il fut critique littéraire et cinéma, dialoguiste et scénariste et même traducteur), le moins que l'on puisse dire est que son style est déconcertant.

Pour découvrir un auteur de polar, j'ai deux stratégies. La première est de tout simplement de lire son premier ouvrage. La seconde est de dénicher le roman qui est considéré comme son meilleur.

Dans le cas de Manchette, j'ai opté pour la seconde solution. C'est la raison pour laquelle j'ai rencontré l'auteur au travers de son roman « Le petit bleu de la côte Ouest ».

Avec ce titre trompeur aux couleurs de la bannière étoilée, le roman se déroule entièrement en France, J.-P. Manchette nous livre les déboires de Georges Gerfaut, un cadre lambda, marié, deux enfants, qui, un soir, est témoin d'un accident de la route.

L'homme s'arrête et secourt le conducteur qui est grièvement blessé. Il l'amène à l'hôpital et s'en retourne à sa morne vie. Premier problème, le conducteur s'est fait tirer dessus et meurt à l'hôpital. Second problème, les tueurs pensent que leur victime a eu le temps de parler au bon samaritain.

C'est ainsi que débutent les grands malheurs de Gerfaut. Alors qu'il est en vacances avec femme et enfants et qu'il se baigne tranquillement, deux hommes tentent de le noyer. Par chance et grâce à des réflexes insoupçonnés, Gerfaut s'en sort sans réellement savoir ce qu'il s'est passé. Est-ce une mauvaise blague ? A-t-on essayé de le tuer, lui, spécialement ? Choqué, la tête emplie de questions tant à cause de ce qui vient de se dérouler que par le malaise d'une vie bien rangée, Gerfaut décide de rentrer à Paris, sans prévenir sa femme ni ses enfants, pour y voir plus clair. Mais sur la route, les deux tueurs le retrouvent dans une station-service...

Jean-Patrick-ManchetteJe dois avouer que deux choses ont parasité ma lecture. La première, le style tout « particulier » de l'auteur. Je dis style puisqu'à ce point-là on ne peut qu'être sûr que tout ce qui m'a dérangé est volontaire. Les répétitions, d'abord. Moi qui chasse les répétitions avec férocité et obsession dans mes propres écrits, je n'ai pu qu'être choqué par celles que j'ai trouvées dans le livre.

Exemple dès la quatrième phrase du roman : « Une section du périphérique intérieur est fermée pour nettoyage et sur le reste du périphérique intérieur la circulation est quasi nulle. Sur le périphérique extérieur, il y a peut-être deux ou trois ou au maximum quatre véhicules par kilomètre. Quelques-uns sont des camions dont plusieurs sont extrêmement lents. Les autres véhicules sont des voitures particulières qui roulent toutes à grande vitesse, bien au-delà de la limite légale. »

Je vous rassure, ou pas, d'ailleurs, cet exemple n'est pas le plus significatif, mais il est le premier d'une longue lignée. Rajoutons à cela des tournures assez étranges (comme la phrase en orange). On peut également noter, parfois, voire souvent, des changements de temps intempestifs. Enfin, et c'est un tic récurrent, J.-P. Manchette s'amuse à lister, en détail, les habitudes de ses personnages, à décrire les vêtements, les lieux, d'une façon aussi plate qu'une liste de course. 

Alors, évidemment, tout cela est annoncé comme volontaire et je le crois bien volontiers, mais, pour moi, c'est assez rédhibitoire.

La seconde chose qui a parasité ma lecture, c'est l'image d'Alain Delon qui s'incrustait dans ma tête à chaque fois que je lisais le nom de Gerfaut. Bon, après lecture, et en vérifiant, ce roman a été adapté au cinéma et Alain Delon a bien interprété le rôle de Gerfaut, Michel Gerfaut et non Georges, va savoir pourquoi.

Heureusement, l'histoire, elle, est plaisante à lire et, malgré les problèmes que j'ai cités, j'ai réussi, au bout d'un moment, à m'intéresser aux malheurs de Gerfaut et à avoir envie de savoir comment tout allait se terminer.

Du coup, je me suis moins concentré sur le style pour m'intéresser à l'histoire et le plaisir de lecture a réussi à me gagner.

Car, si les partis pris d'écriture de Manchette sont discutables, la preuve, j'en discute, le grand talent de l'auteur réside dans la narration et dans l'histoire. Histoire prenante, mais pas que puisque, à travers cette chasse à l'homme, Manchette nous livre également une critique de la société et une réflexion sur le rapport à la vie moderne, au travail et à la famille.

Au final, si je ne peux pas dire que j'ai été super emballé par cette lecture, j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans l'aventure à cause des tics cités, j'ai pourtant fini par tourner les pages avec frénésie jusqu'au point ultime. Aussi, il y a fort à parier que je redonne une chance prochainement à Manchette.