9782266205016« La chambre des morts » est le deuxième roman signé Franck Thilliez. Ce roman nous présente un nouveau personnage, après celui du Commissaire Sharko, qui reviendra, tout comme le précédent, dans d'autres aventures.

Comme je le dénonçais déjà dans « Train d'enfer pour ange rouge » et « Deuil de miel », Franck Thilliez est un auteur avec un gros potentiel, mais qui pèche par un manque d'originalité stylistique, narratif et par une incapacité à livrer une fin à la hauteur du reste du roman (bref, comme presque tous les auteurs de romans policiers à succès du moment.)

La chambre des morts : Imaginez… Vous roulez en pleine nuit avec votre meilleur ami, tous feux éteints. Devant vous, un champ d’éoliennes désert. Soudain le choc, d’une violence inouïe. Un corps gît près de votre véhicule. À ses côtés, un sac de sport. Dedans, deux millions d’euros, à portée de la main. Que feriez-vous ? Vigo et Sylvain, eux, ont choisi. L’amitié a parfois le goût du sang : désormais le pire de leur cauchemar a un nom… La Bête.

Si, par rapport aux deux romans plus haut cités, Franck Thilliez nous propose un personnage principal qui sort un peu des ornières du genre (ici une jeune maman de jumelles usée par les nuits sans sommeil, et non un flic alcoolique et suicidaire), il n'en demeure pas moins que l'auteur sombre dans des tics de narrations un peu trop utilisés par les auteurs de polars à suspens. Effectivement, Thilliez alterne les histoires, les points de vue, histoire de dynamiser son récit bien que le lecteur sache à l'avance que les personnages vont finir par se croiser.

Ici, dès le début, Thilliez nous fait faire la connaissance d'une petite fille apeurée, kidnappée de toute évidence et enfermée.

franck-thilliezEn parallèle, le lecteur découvre deux amis, Vigo et Sylvain, qui viennent de perdre leur emploi dans une région (le Nord) où le travail ne court pas les rues. Une nuit, alors qu'ils viennent de taguer les murs de l'entreprise qui les a foutus à la porte, ils décident de faire les cons en voiture, sous les éoliennes, sur la colline, loin de tout. Tous feux éteints, ils se lancent dans une course qui sera arrêtée par un homme qu'ils renversent. L'homme est mort et, à ses côtés, gît un sac contenant deux millions d'euros. Que faire quand on est au chômage et que deux millions d'euros vous tombent dans les bras ? Les prendre, bien sûr, surtout quand le propriétaire est mort et que personne ne vous a vu. Il suffit alors d'effacer les traces, de faire disparaitre le corps et hop. Seulement, voilà, quand l'argent devait servir à la rançon pour faire libérer une fillette, que celle-ci est assassinée du fait que les ravisseurs n'ont pas touché leur pognon et qu'en plus, le ravisseur a assisté à l'accident et est en mesure d'identifier les deux amis, tout n'est plus pareil.

Sans être déplaisant à lire, il manque quelque chose à ce roman pour l'élever au niveau des grands romans policiers. Outre une narration un peu trop « polar à suspens », le roman pèche par son final un peu faible.

Pour autant, l'histoire se lit agréablement et le personnage de Hunebelle (la femme flic) aurait pu être intéressant, puisque plus original que la moyenne. Malheureusement, pour en avoir trop dévoilé sur son personnage ou, plus sûrement, pas assez, on a bien du mal à s'attacher à elle et du coup, la distance mise entre le lecteur et le personnage fait que la lecture est moins immersive.

De même, les méchants de l'histoire manquent un peu de crédibilité tant dans leurs actions que dans leurs réactions.

N'en demeure pas moins que le récit est prenant dans sa première partie et que la localisation de l'histoire dans un Nord minier est une idée très intéressante.

L'autre point positif réside dans les personnages de Vigo et Sylvain, du moins dans la première moitié du roman. Deux personnages communs confrontés à une situation qui ne l'est pas et qui nous fait poser la question : Et nous, dans le même cas, qu'aurions-nous fait ? Peut-être bien la même chose, surtout, qu'après tout, l'homme est mort. Mais, comment aurions-nous réagi en apprenant qu'en écrasant le père et en prenant l'argent, nous devenions responsables de la mort de sa fille ?

Franck Thilliez explore, un peu trop succinctement, les deux positions, celle qui consiste à assumer et à garder l'argent et l'autre, d'avoir des scrupules et de vouloir tout abandonner.

Exploration un peu trop légère, également, du personnage de Hunebelle, cette jeune policière destinée aux tâches subalternes alors qu'elle rêve de faire du profilage et qu'elle a une passion dévorante pour les tueurs en séries et les histoires macabres.

Seulement, ce n'est pas le sujet principal du roman, et c'est l'enquête, autour des kidnappeurs, qui prend le dessus même si les deux trajectoires vont forcément se croiser.

Bref, au final, « La chambre des morts » a des qualités, mais aussi des défauts et notamment celui du final qui fait que l'on referme le bouquin en se disant : « Mouais ! ».

Dommage, mais le livre offre tout de même de bons moments de lectures.