trPierre Bourgeade était un touche-à-tout, encore un, qui s'est lancé dans l'écriture de romans policiers, érotiques, de nouvelles, de chroniques, de dialogues de films, de pièces de théâtre, de livres d'entretiens, photographe de nus, metteur en scène de théâtre...

Mais, ce qui m'a avant tout intéressé chez lui, c'est qu'il a participé à la collection « Série noire » de chez Gallimard, une collection regroupant de sacrés bons petits romans policiers d'auteurs divers et variés et qu'en plus, le bonhomme a écrit un opus d'une de mes séries préférées, « Le Poulpe » avec « Gab save the Di »

Me voilà donc lancé dans son roman « Téléphone rose » de la collection « Série noire » de Gallimard.

Téléphone rose :Quand la crise du livre l'a frappé de plein fouet : lui qui aimait tant les polars, le voici désormais détective privé, et les affaires marchent. Dès la première année, il fait des bénéfices supérieurs à ceux réalisés « en cherchant à vendre des Nobel vétustes, des Goncourt débiles, et ces innombrables biographies d'hommes politiques qui puent comme autant de merdes de chien ». Sa clientèle de prédilection : les femmes jalouses. Le jour de ses cinquante-huit ans, une inconnue à la voix extraordinaire, en même temps qu'un mystérieux rendez-vous, lui propose de faire l'amour au téléphone. Barnabé refuse la seconde proposition, mais accepte la première : c'est pour découvrir la tête décapitée d'une créature de rêve dans un studio éclaboussé de sang. Barnabé n'en mène pas large, d'autant que la police le soupçonne : « Je me méfie des libraires en activité ou à la retraite, figurez-vous ! », lui balance l'inspecteur Mornios. « Vous saviez que Landru avait été commis de librairie ? » le second polar, amusant, de Pierre Bourgeade.

Un libraire qui, face à la crise du livre, met à profit tout ce qu'il a appris dans les polars qu'il a lus pour devenir détective privé, voilà qui me touchait pour deux raisons.

La première, la crise du livre, en tant qu'auteur et éditeur, je la vis au quotidien.

La seconde, un grand lecteur de polar qui met à profit ce qu'il a lu pour devenir détective privé, cela n'est pas sans me rappeler un personnage que je suis en train de développer pour mon nouveau roman (un roman policier sans mes personnages fétiches : Wan et Ted).

bourgeadepierre_1206975286Pierre Bourgeade nous propose un roman très court et un personnage assez vieux — proche de la soixantaine —, ce qui n'entre pas dans le cadre habituel de ce genre de roman. Attiré par le sexe et l'alcool — là, le personnage entre plus dans les clichés du genre —, Barnabé, frustré qu'une cliente qu'il ne connait que de voix — une voix très sensuelle — refuse de le rencontrer en vrai, refuse la demande de la femme de lui faire l'amour par téléphone. Peu importe, il a rendez-vous le lendemain pour, pense-t-il, surprendre son mari avec sa maîtresse et prendre une photo du délit, mais c'est la tête décapitée d'une jeune femme qu'il découvre dans l'appartement dans lequel il devait se rendre.

D'abord suspecté par la police, il va vite participer à l'enquête et la faire avancer à grands pas.

La plume de l'auteur est plutôt alerte et les personnages plaisants. L'auteur use de répétitions volontaires qui imprègnent un style au roman, notamment pour les incises dans les dialogues.

L'ensemble, sans être révolutionnaire, se lit agréablement et on suit les mésaventures de l'ex-libraire qui va donner un coup de main à la police pour faire avancer l'enquête.

Au final, si ce n'est le terme de l'histoire et sa résolution qui pêche un peu par son réalisme, « Téléphone rose » est un agréable polar avec un personnage intéressant, mais dont les particularités sont malheureusement trop peu utilisées, au profit des clichés du genre.