kaiken3J'avais, depuis quelques années, abandonné les œuvres de Jean-Christophe Grangé qui avait pourtant été l'un de mes auteurs préférés (bon, c'est surtout pour son roman « Les rivières pourpres » qui a lui seul, fait de Grangé un immense auteur de « Thrillers »).

Il faut avouer que j'ai souvent reproché à l'auteur de nous offrir des fins assez mauvaises et foutraques, et ce, dès son tout premier roman, « Le vol des cigognes ».

J'avais fait ce même reproche aux deux derniers romans que j'ai lus de Grangé, « Miséréré » et « Le serment des Limbes ».

Mais bon, j'avais envie de renouer avec sa plume après avoir goûté à celle d'autres auteurs français de romans policiers à suspens.

Voilà chose faite avec « Kaïken », un roman qui avait tout pour me plaire :

Kaïken :

Quand le Soleil Levant devient un Soleil noir,
Quand le passé devient aussi tranchant qu'une lame nue,
Quand le Japon n'est plus un souvenir, mais un cauchemar,

Alors, l'heure du kaïken a sonné.

« — Un kaïken. — Tu sais à quoi ça sert ? — C’est avec ce poignard que les femmes samouraïs se suicidaient. Elles se tranchaient la gorge… » Olivier Passan de la Criminelle. Un solitaire fasciné par le Japon traditionnel, un samouraï des temps modernes, lancé dans la traque d’un insaisissable criminel, « l’Accoucheur », qui éventre les femmes au terme de leur grossesse pour brûler le fœtus. Ce flic tourmenté, complexe, cherche à comprendre les raisons du naufrage de son couple : Naoko, sa femme japonaise, a demandé le divorce, mais ils se sont entendus pour une garde alternée de leurs deux enfants. Cette vie de famille chaotique est au centre de l’intrigue, qui joue des similitudes entre l’histoire personnelle de Passan et celle du serial killer que l’on est tenté de voir comme son double monstrueux. Mais le suicide de l’Accoucheur ne résout rien et Passan devra aller jusqu’à Tokyo rechercher la clé de l’énigme… Un thriller ambitieux, magnifiquement soutenu de bout en bout. Loin des clichés habituels, le Japon occupe une place prépondérante dans le déroulement d’une intrigue imprévisible où Grangé confère à ses héros une surprenante densité psychologique. Du Vol des cigognes au Passager, un auteur de thrillers uniques, régulièrement adaptés au cinéma. Le seul romancier français capable de rivaliser avec les maîtres internationaux du genre, traduit dans une trentaine de langues. « Grangé a le chic de rendre crédible ce que son imagination débordante invente de façon totalement débridée. »

« Kaïken » avait donc tout pour me plaire. Avec pour auteur J.C. Grangé, pour personnage principal un amoureux du Japon, de ses rites, de son cinéma, de ses samouraïs, de Kurosawa, de Toshiro Mifune, de Miyamoto Musashi...

Oui, mais voilà, malgré tout cela le goût reste un peu amer en bouche.

Pourtant, le roman débute au mieux avec un premier chapitre haletant dans lequel un flic déjanté se lance à la poursuite d'un tueur en série sadique.

grange-jeanchristophePassan, un flic amoureux de l'image d'Épinal du Japon, au point d'avoir épousé une Japonaise, est persuadé d'avoir identifié « l'Accoucheur », un tueur en série qui éventre des femmes enceintes pour cramer leurs fœtus. Au mépris de la loi, le flic continue à pourchasser sa cible bien que celle-ci ait obtenu une ordonnance l'obligeant à prendre ses distances. Mais son obsession est tenace et justifiée puisqu'il le surprend dans un local du 93, avec sa dernière victime. Il le pourchasse à pied, le rattrape et hésite à l'éliminer.

Il faut bien avouer que ce premier chapitre est rythmé, très agréable à lire, et laisse penser que la suite va aller crescendo.

Malheureusement, l'auteur qui avait choisi de lancer l'enquête sans poser ses personnages décide alors de faire les présentations. Celles-ci coupent le rythme de l'ouvrage (la question se pose alors sur le choix de narration) et s'étalent un petit peu trop. Car, si la présentation de Passan, passe encore, celles de Naoko, sa femme, de Guillard, le tueur, de Fifi, son coéquipier, de ses deux enfants, de son chien, de son goût pour le Japon... ralentissent notablement une intrigue qui avait démarré sur les chapeaux de roues.

Si l'on rajoute une histoire qui se scinde en deux et de fausses pistes qui sont, comme souvent chez Grangé, tirées par les cheveux ainsi qu'une fin en deçà, on peine alors à trouver le roman excellent malgré des qualités certaines.

Car Grangé possède une plume de qualité et sait tenir le lecteur en haleine, même à travers des passages plus faibles.

Au final, l'auteur, pour des raisons que je ne peux dévoiler ici pour ne pas risquer d'en révéler un peu trop, pêche plus par ses choix narratifs et sa façon de mener une double intrigue, que par son talent littéraire, et nous délivre un roman agréable à lire, mais qui ne restera pas dans les annales d'autant que l'ultime scène de l'histoire nous laisse un peu sur notre faim, non pas pour des raisons d'extravagances habituelles à Grangé, mais par sa concision. Pour autant, ne boudons pas notre plaisir, « Kaïken » est un roman qui se lit sans peine et avec un certain plaisir.