versus-antoine-chainas« Versus » est le second roman d'Antoine Chainas, l'auteur de « Aime-moi, Casanova ».

« Versus » est un roman qui a ses détracteurs et ses défenseurs, la cause, le style, le sujet, le jusqu'au-boutisme de Chainas.

En effet, le sujet choisi par l'auteur a de quoi déjà poser un certain malaise. Un flic détestable au possible qui exècre tout et tout le monde, les pédés, les femmes, les chômeurs, les étrangers, les croyants, les Noirs, les Arabes, les Asiatiques... mais surtout les pédophiles.

Et ça tombe bien, car Nazutti, ledit flic, travaille à la brigade des mineurs.

Le sujet, Antoine Chainas décide d'aller à fond dans les idées glauques à travers son personnage principal en plongeant le lecteur dans les bas-fonds du milieu de la perversion (sadisme, masochisme, pédophilie...).

Le style, enfin, avec, par exemple, une quasi-absence de négation, tant dans les dialogues (ce qui peut se comprendre, car tout le monde n'utilise pas la négation à chaque fois qu'il le devrait), mais aussi dans la narration, ce qui est bien plus gênant, car on finit par ne plus voir que cette absence.

Versus : Après avoir voulu faire plonger des policiers municipaux impliqués dans le meurtre d’un SDF en pleine période préélectorale, Andreotti, jeune flic idéaliste, a été cassé par sa hiérarchie. Après deux années d’arrêt maladie à moitié forcé, il est intégré à la Brigade des Mineurs, dirigée par le terrible et monstrueux major Nazutti. Nazutti est un vieux de la vieille, un flic qui a connu les petits commissariats quasi-autonomes perdus en pleines « banlieues ». C’est un homme qui s’est affranchi de toute morale, un être furieux qui marine dans une haine absolue du genre humain. Sa mission : mettre hors d’état de nuire les pervers en tout genre, les pédophiles, les violeurs en série… La loi est le dernier des soucis de Nazutti, pour qui la fin justifie tous les moyens. À peine le binôme improbable est-il constitué qu’il se retrouve plongé dans une affaire de tueur en série. Des cadavres de pédophiles sont retrouvés avec une balle dans la tête tirée à bout portant ; à proximité, des corps d’enfants dans des sacs en plastique ; des poèmes sont placés sur le corps des victimes… Mais le plus troublant est que ces poèmes sont étrangement proches de ceux qu’un assassin d’enfants (enfermé en prison vingt ans plus tôt suite à une enquête pour le moins musclée de Nazutti) envoie à la mère d’une de ses victimes. Très vite, l’enquête va plonger Andreotti dans le passé pour le moins violent et obscène de Nazutti. Ce pur roman policier, terriblement réaliste, nous projette dans le crâne en ébullition d’un « sale flic » misogyne, raciste, intolérant, baignant dans sa haine comme un monstre dans son bain de formol. Mais cette sauvagerie est transcendée par un style hors du commun qui fait de Versus un exercice de haute voltige sans temps morts.

95446103_oNazutti, le personnage central du roman, est un condensé de ce que l'on pourrait apprécier et détester dans ce roman. Ce flic est intéressant, a un certain potentiel, mais les excès dont il fait preuve finissent par le nuire et effriter sa crédibilité.

Car on en arrive à douter qu'un mec qui déteste tout à ce point puisse œuvrer pour sauver des enfants (qui entrent ou entreront un jour dans une des cases qui excèdent le flic). En parallèle, l'auteur nous présente un autre personnage, Andreotti, un tout jeune flic qui se révèle presque aussi jusqu'au-boutiste que son confrère puisqu'il est prêt, pour une enquête qui n'intéresse personne, à s'investir plus que de raison.

Mais on pourrait également parler de la mère de la première victime qui navigue, elle aussi, en dehors des ornières et démontre un excès difficile à cerner.

Je dois confesser que j'ai failli plusieurs fois interrompre ma lecture du fait des défauts cités plus haut et d'une longueur également excessive (plus de 500 pages). Effectivement, le roman gagnerait probablement à alléger son style et son poids en coupant certaines digressions un peu rébarbatives ou certaines scènes qui nuisent à l'ensemble.

Pour autant, un « je ne sais quoi » m'a poussé à m'accrocher à ce livre et à le terminer, mais, au final, je ne suis tout de même pas convaincu ni par l'histoire, ni par le style, ni par les personnages.

En conclusion, « Versus » laisse penser que la volonté de choquer de l'auteur a prévalu sur la qualité littéraire de son ouvrage. À vouloir en faire encore plus, Antoine Chainas en fait trop, tout comme ses personnages qui à force d'aller plus loin finissent par nous laisser sur le bord de la route tant la crédibilité de leurs actes souffrent de ce travers.

Et puis, quelle est cette volonté de retirer quasiment toutes les négations de la narration ?