9782213637778-TJean-Bernard Pouy est un auteur qui a une place toute particulière dans mon cœur.

Pourquoi ? Parce que je partage beaucoup de goûts communs avec cet auteur, tant dans mes lectures que dans mes écrits.

Pourquoi ? Parce qu'il est l'initiateur de la série littéraire « Le Poulpe ».

Pourquoi ? Parce qu'il aime l'humour et jouer avec les mots.

Pourquoi ? Parce qu'il fait de la littérature populaire et qu'il aime ça.

Pourquoi ? Parce qu'il aime parsemer ses romans de références littéraires et cinématographiques.

Pourquoi ? Parce qu'il privilégie les romans courts.

Pourquoi ? Parce qu'il est tout simplement talentueux.

Jean-Bernard Pouy écrit beaucoup et, si je ne suis pas fan de l'ensemble de son œuvre, je suis littéralement happé par une partie de celle-ci (« Le Poulpe » en tête).

En fait, j'ai découvert JBP par l'intermédiaire de « La petite écuyère a cafté », le premier opus de la série « Le Poulpe ». J'ai de suite été séduit par sa plume, son humour, son écriture décontractée sans être simpliste, son amour pour le calembour...

J'aime l'intelligence que l'auteur insère dans une littérature populaire que beaucoup prend de haut.

« 1280 âmes » est un exemple flagrant dans ce domaine puisque JBP part d'un problème de traduction d'une œuvre littéraire pour en faire un roman policier.

Mais, si j'aime l'auteur et sa façon de penser et d'écrire, je ne suis pas un fan absolu de l'ensemble de ses livres. À beaucoup écrire, on ne peut pas toujours plaire à tout le monde, pas même à moi.

Mais là ! Là ! Quel plaisir de lecture que ce court roman policier.

Dans « La récup' » JBP utilise tous les ingrédients qui m'enthousiasment dans le cinéma et la littérature.

Tout d'abord, c'est un roman policier de format court, utilisant une narration à la première personne, empreint d'humour, de jeux de mots, des références cinéphiliques, et un sujet qui me passionne d'habitude, au cinéma (car j'ai peu vu ce sujet utilisé en littérature).

Le sujet, un homme qui va se battre plus que de raison pour obtenir ce qu'on lui doit, même si c'est peu, parce qu'on lui doit et puis c'est tout.

Dans le domaine, au cinéma, j'ai adoré ‘The Big Lebowsky’ des frères Cohen où le personnage cherchait à venger le fait qu'on ait pissé sur son tapis. Tout récemment, j'ai aimé ‘John Wick’ avec Keanu Reeves dans la peau d'un homme qui va prendre des risques inconsidérés pour venger la mort de son chiot.

Par le passé, j'avais été enthousiasmé devant un petit film avec Mel Gibson, Payback, l'histoire d'un mec qui va se battre pour une petite somme qu'on lui doit, sans chercher à obtenir plus. Il s'agissait de ‘Payback’.

Et, ‘Payback’ est une adaptation d'un roman de Westlake, ‘Comme une fleur’, roman qui avait déjà été adapté au cinéma dans le film ‘Point de non-retour/Point Blank’ avec Lee Marvin.

Et c'est justement ce film-là qui donne envie au héros du livre de Pouy de se battre pour obtenir gain de cause.

"La récup » : Antoine, dit Loulou, artisan serrurier, spécialiste des clefs et mécanismes anciens, s’est rangé des voitures de Vitry entre lesquelles il a coulé une jeunesse difficile en devenant restaurateur pour les musées. Rangé, vraiment ? Presque. Pour se payer le tour de façonnage ultramoderne dont il rêve et dont, maintenant, il a urgemment besoin, Loulou accepte une petite ‘mission’. Seulement, on ne lui paye pas le montant promis. En plus, comme il la ramène, on lui défonce le portrait. Déçu, choqué, il met un long moment à s’en remettre. Jusqu’au jour où il en a marre d’être pris pour un moins que rien doublé d'un lâche. Alors il reprend la piste là où il l’a laissée : aux portes du château cambriolé. Malfrat naïf et innocent, Loulou remonte les rouages d’une machinerie internationale impliquant la mafia russe, l’enraye sans vraiment le vouloir et, bientôt, la fait se désintégrer. Voilà tout à coup de quoi lui donner des idées de nouveau départ…

Loulou  s'est rangé des voitures, mais pas des serrures. Si sa passion l'a longtemps conduit à faire des choses répréhensibles, depuis un temps, il met sa connaissance des mécanismes d'ouverture au service de sa propre entreprise tout ce qu'il y a de plus légale. Oui, mais voilà, pour bien faire son boulot, il a besoin d'une machine-outil qui coute très cher et il accepte un petit coup sans risque en échange de 10 000 euros, quasi le prix de l'investissement qu'il veut faire. Simple ? Oui puisqu'il lui suffit juste d'ouvrir la porte d'un château pour le compte de Russes. Seulement, une fois le coup fait, au lieu de recevoir son argent, il reçoit une volée qui le laisse pour mort.

10 000 euros, ce n'est pas grand-chose pour mourir, aussi Loulou se met au vert chez un ami en attendant de se remettre et que les choses se tassent. Avec son ami, il visionne le film ‘Point blank’ avec Lee Marvin, l'histoire d'un malfrat qui accepte de récupérer un petit magot avec sa femme pour le compte d'un ami. Mais l'ami se barre avec l'argent et la femme en le laissant pour mort. L'homme fera alors tout pour récupérer son bien et se venger.

Le film chamboule Loulou, plus que de raison, tant il résonne avec son histoire personnelle récente et il se rêve en Lee Marvin et décide de se faire justice à tout prix, mais le prix risque d'être très élevé tant il va avoir affaire à forte partie, des mafieux Russes, des politiciens, des journalistes, des avocats...

Avec « La récup' », JB Pouy fait du JB Pouy, mais au meilleur de sa forme.

Il est très plaisant de lire les mésaventures de Loulou et l'on tourne les pages frénétiquement pour suivre ses péripéties.

L'auteur nous livre le meilleur de ses qualités d'auteur avec une narration à la première personne, un langage légèrement argotique, de l'humour, le tout au service d'une histoire humaine et bien menée à travers laquelle Pouy n'hésite pas à nous livrer quelques réflexions sociétales dont il a le secret.

Au final, « La récup' » ‘est un petit bijou de littérature qui ne se prend pas au sérieux, mais qui ne prend pas le genre par-dessus la jambe. On sent que Pouy aime la littérature de genre et la littérature engagée, et cela tombe bien, car c'est comme cela que l'on aime Pouy. En tout cas, c'est comme cela que je l'aime.