9782226218773« Alex » est le deuxième opus de la saga « Camille Verhoeven », écrite par Pierre Lemaitre.

Alex : Alex, une jeune femme de 35 ans, belle et attirante, essaie des perruques dans un magasin du boulevard de Strasbourg. Quelques heures plus tard, elle est enlevée par un inconnu qui la suivait, jetée dans une camionnette et séquestrée dans un hangar désaffecté. Le ravisseur a organisé sur place un théâtre de tortures qu'elle va subir jusqu'à l'horreur. Alex parvient à se libérer avant que la police ne la retrouve, et n'identifie son tortionnaire, suicidé sur le périphérique. Dès lors, l'énigme d'Alex et de son passé ne peut plus lâcher le lecteur, qui la découvre du point de vue de la victime et de ses bourreaux, jusqu'au terme d'une tragédie imprévisible et fatale. Il est impossible d'en dévoiler davantage sans déflorer une intrigue d'une intelligence et d'une construction diaboliques qui touchent à la perfection. L'écrivain se révèle dans le ton et le style du récit (d'une feinte impassibilité) à l'image du commandant Verhoeven, le flic qui élucide la tragédie d'Alex, d'une attachante complexité. Pierre Lemaître, qui déclare « je ne cherche à écrire que des livres qu'Hitchcock aurait voulu filmer », porte à son comble, sans le moindre artifice ni trucage, l'art du suspense et de la peur.

Le commissaire Camille Verhoeven a bien du mal à se remettre de l'enlèvement et le meurtre de sa femme enceinte. Il ne lui reste plus que son métier, mais là aussi les choses ont changé, il ne veut plus s'occuper d'affaires d'enlèvements.

Malheureusement pour lui, une personne signale l'enlèvement d'une jeune femme et le flic chargé de ce genre d'affaires est absent, et Verhoeven est sommé, par son supérieur, de prendre l'affaire en main.

En conflit avec le procureur, Camille s'engage plus que de raison dans cette enquête et, s'il ne parvient pas à arrêter le kidnappeur, il le localise, le poursuit. Mais ce dernier préfère se jeter du haut d'un pont sur la route en dessous et se faire écraser par un camion. Dans son téléphone, des photos d'une jeune femme nue enfermée dans une caisse de bois de petite taille suspendue dans les airs. Impossible de déterminer le lieu où elle retenue, impossible ? Pas vraiment, car Camille y parvient, mais, lorsqu'il débarque sur les lieux, la jeune femme a réussi à se libérer et à disparaitre.

Pourquoi une victime en liberté disparait ainsi ? Et si la victime n'était pas si innocente que cela ? Et si le monstre n'était pas celui que l'on croyait ?

Pierre Lemaitre fait montre, encore une fois, d'originalité tout en faisant du classique. Si le lecteur a face à lui un « thriller » moderne, l'auteur va plus loin en forçant le lecteur à changer de point de vue en cours de lecture.

Une jeune femme mystérieuse suspendue nue dans une toute petite cage en bois. Le lecteur entre en empathie avec cette pauvre victime qui doit combattre le froid, la douleur physique, la douleur mentale, la peur, la faim, la soif et le questionnement. Quand l'homme va-t-il la tuer ? Va-t-il la violer ? Pourquoi se contente-t-il de la regarder pendant quelques heures puis de disparaitre ? Et puis ces rats qui rodent et qui voient en elle un festin de roi.

La description de son calvaire prend aux tripes, on se prend à trembler pour elle, à espérer qu'elle s'en sorte... jusqu'à ce qu'elle s'en sorte et là, le prisme change, l'attitude de la jeune femme n'est pas cohérente avec celle d'une victime... et si la victime n'en était pas une ? Et si le bourreau n'en était pas un ?

Camille Verhoeven poursuit son enquête, il lui faut savoir pourquoi. Pourquoi une femme a une telle rage de vivre et une telle force intérieure ? Mais plus il avance et plus il doute de l'innocence de cette victime...

Pour ne pas révéler plus de l'intrigue, je n'en dirais pas plus, mais il faut savoir que le lecteur, jusqu'au bout, ne peut avoir aucune certitude sur le sentiment à avoir face à Alex.

La force du roman réside indéniablement dans le fait que l'auteur nous balade d'un bout à l'autre, nous convainc d'une chose puis nous prouve qu'il ne fallait pas se laisser à une certitude, et ce jusqu'au point final.

Si le premier ouvrage de la série se nomme « Travail soigné », dans ce second opus, l'auteur nous livre un « travail de maitre », un « travail d'orfèvre » grâce à une histoire dans laquelle il fait changer de point de vue le lecteur. Tiré par le bout du nez du début à la fin, le lecteur n'a à aucun moment le désir ou le moyen de pouvoir arrêter sa lecture.

Au final « Alex » est un exercice de narration de haute voltige que l'on rencontre rarement dans ce genre d'ouvrage et qui donne une plus value indéniable au roman de Pierre Lemaitre.