chroniques

Romain d'Huissier est avant tout un créateur de jeux de société et un passionné de cinéma asiatique.

Le Carnoplaste est un éditeur qui a pour ligne éditoriale de remettre au gout du jour l'esprit des séries littéraires populaires éditées en fascicules au début des années 1900.

La Rédemption du Phénix est le premier opus d'une série « La voie de Jiang Hu », série mettant en scènes des personnages de Wu Xia (littérature d'épée chinoise).

Comme vous le savez peut-être, je suis un inconditionnel de cinéma asiatique en tout genre et, notamment, un amateur de Wu Xia Pian (les films d'épées chinois).

Comme vous le savez surement, de par ma volonté de rééditer des ouvrages nés de la plume des premiers auteurs de romans policiers français, je me suis penché passionnément sur la littérature fasciculaire du début du XXème siècle, allant jusqu'à rééditer des œuvres telles que la série des « Toto Fouinard » de Jules Lermina ou « Marius Pégomas » de Pierre Yrondy (et ce n'est qu'un début).

Ainsi, en réunissant ces trois éléments (un auteur passionné par le cinéma asiatique, un éditeur passionné par la littérature populaire sous forme fasciculaire et un sujet traitant du Wu Xia), « La Rédemption du Phénix » ne pouvait pas me laisser insensible.

Aussi, j'ai fini par me laisser tenter et je me suis donc fait offrir (les anniversaires servent à cela) les deux premiers fascicules de la série « La voix du Jian Hu » (qui devraient être également les deux derniers apparemment).

Avant de donner un avis sur le texte en lui-même, je me pencherais sur le format.

Effectivement, Le Carnoplaste, l'éditeur, remet au gout du jour la littérature populaire sous forme de fascicules et c'est très bien et je l'en félicite.

Ainsi, pour ce faire, l'éditeur propose des thèmes assez proches de ceux de l'époque (à part cette fameuse série de Wu Xia) et on y retrouve soit des aventures de « Harry Dickson », mais de nouvelles, écrites pour l'occasion et non des rééditions, des séries d'aventures, des séries fantastiques, des séries d'horreur, des séries policières, des nains, des catcheurs, des monstres, des culs-de-jatte...

Le Carnoplaste respecte bien le format habituel de l'époque, un fascicule de 32 pages agrafé sans couverture rigide.

Les couvertures sont également assez respectueuses de l'ambiance de l'époque.

Pour le style littéraire, je ne pourrais juger que celui de la série Wu Xia.

Par contre, dès le premier regard, il y a un élément que l'éditeur ne respecte pas : le prix.

Les séries en fascicules du début des années 1900 étaient éditées sur du papier journal de mauvaise qualité, certes, mais le but était de proposer des histoires à des prix défiants toute concurrence. Pour quelques centimes, au pire, quelques francs, le lecteur pouvait se procurer un épisode de son histoire préférée.

Là, il vous en coutera 7,50 euros, 50 francs, 5 000 anciens francs, 500 000 anciens centimes, 10 sesterces...

On comprend bien, alors, que l'esprit n'est respecté que lorsqu'il ne touche pas au porte-monnaie. Pour autant, on ne peut blâmer ce petit éditeur, les frais et les couts sont élevés, mais, à mon sens, un tel fascicule ne devrait pas être produit à plus de 5 voire, au maximum 6 euros. D'autant qu'il vous en coutera 3 euros de plus pour les frais de port.

Au total, donc, 10,5 euros pour un épisode, 18 pour les deux, 25.5 pour les trois, etc.

Si le format papier est bien respecté, le lecteur numérique que je suis devenu a eu bien du mal à se faire à une police de caractères aussi petite sur deux colonnes et le manque de rétroéclairage pour lire la nuit (mais là, avouons que l'éditeur n'y peut rien, à moins de faire des livres numériques).

Venons-en à la qualité littéraire propre.

On sent, effectivement, que Romain d'Huissier connait bien son sujet (le Wu Xia), qu'il en maitrise l'ambiance, les termes, la profondeur ou le manque de profondeur des intrigues (dans un Wu Xia, le méchant est méchant, le gentil est gentil, les deux sont des maitres en arts martiaux qui possèdent chacun sa botte secrète et l'un des deux meurt à la fin dans le sang).

Effectivement, certains passages font résonner dans le crâne de l'amateur, certaines scènes de la trilogie du Sabreur manchot de Chang Cheh (la scène du pont, par exemple) ou de The Blade de Tsui Hark (les pièges à loups, le sabre cassé).

Assurément, sur le fond, l'auteur fait un bel hommage à tout un pan du cinéma de Hong Kong, à des acteurs comme Jimmy Wang Yu, David Chiang, Alexander Fu Sheng, Ti Lung et bien d'autres, à des réalisateurs comme Chang Cheh ou King Hu...

Mais, parce qu'il y a un mais, d'un point de vue purement littéraire, il y a encore du travail.

Si les scènes de combats ne sont pas toujours lisibles et fluides (Dieu sait que c'est extrêmement difficile de rendre une scène de combat lisible, je m'y suis moi-même parfois cassé les dents), le pire est dans les scènes non martiales de l'épisode.

Le style de Romain d'Huissier, du moins pour cet épisode-là, est assez plat. Il use de répétitions, mais, surtout, de tournures de phrases indigestes (sans compter que j'ai noté certains mots qui n'existent pas, car mal orthographiés). Dans les tournures, le « C'était un » est bien trop présent :

- C'était un ancien à la barbe et aux cheveux blancs.

- C'était un gros bonhomme à la face aussi ronde que son corps...

- C'était une imposante bâtisse en pierres sombres...

- C'était un vieillard aux cheveux gris.

Et j'en oublie bien d'autres ou les « Cette fois ceci » et « Cette fois cela », bref, des facilités, des tics, des scories ternissant déjà un roman se déroulant sur 300 pages et qui là, sur 32 pages, deviennent rédhibitoires.

Alors, louons l'esprit de l'éditeur « Le Carnoplaste » et sa volonté de remettre au gout du jour la littérature populaire de l'époque. Félicitons-le pour le respect du genre (sauf pour le prix). Remercions Romain d'Huissier pour sa tentative d'hommage au Wu Xia.

Mais, malheureusement, l'essai n'est pas concluant et, bien que je lirai le second épisode puisque je le possède déjà, je n'irai pas plus loin dans cette découverte... ça tombe bien puisqu'il n'y a que deux épisodes et, comme la série a été inaugurée en mai 2012, on se doute bien qu'après trois ans, il n'y aura pas d'autres productions.

Merci quand même.