une-putain-d-histoire-bernard-minier_5305116-M« Une Putain d'Histoire » est le quatrième roman de Bernard Minier, un auteur que je vous avais invité à découvrir suite à la lecture de ses deux premiers ouvrages, « Glacé » et « Le Cercle ».

Le moins que l'on puisse dire est que Bernard Minier ne se repose pas sur ses lauriers. Bien qu'il ait utilisé les mêmes personnages dans ses trois premiers livres, il a, à chaque fois, tenté d'innover, de ne pas demeurer bien au chaud dans ses chaussons.

Si « Glacé » et « Le Cercle » sont de la même veine, utilisent les mêmes personnages, le même style, dès son troisième livre, malgré la présence de ses personnages fétiches, l'auteur change de style, de narration, de genre. Pour autant, la prise de risque n'est pas toujours de bon augure et, « N'éteins pas la lumière », le troisième roman, n'est qu'une demi-réussite.

Dès lors, Bernard Minier aurait pu revenir à ce qu'il maîtrisait le mieux, mais non.

Avec « Une putain d'Histoire », l'auteur se met alors en danger en changeant tout :

- Le lieu : adieu la France, bienvenue aux États-Unis, sur une île boisée au large de Seattle...

- Les personnages : Le commandant Servaz et sa bande sont aux abonnés absents, à la place, une bande d'adolescents.

- Le genre : même s'il reste dans le polar, Bernard Minier tente des incursions dans d'autres domaines.

- La narration : plus de narration à la troisième personne, dans ce roman, l'auteur utilise un de ses personnages comme conteur.

Une putain d'Histoire :

Une île boisée au large de Seattle...
« Au commencement est la peur.
La peur de se noyer.
La peur des autres,
ceux qui me détestent,
ceux qui veulent ma peau.
Autant vous le dire tout de suite :
Ce n'est pas une histoire banale.
Ça non, c'est une putain d'histoire.
Ouais, une putain d'histoire... »

Un thriller implacable

Tout débute sur le Ferry qui conduit une bande d'adolescents du continent sur leur île après une journée de cours. Henri et sa petite amie se disputent sur le pont du Ferry, la chose n'aurait pas d'incidence si la jeune femme n'était retrouvée morte, le lendemain matin, sur une des plages de l'île. Dès lors, Henri devient le suspect numéro 1 et la police s'interroge sur ce gamin élevé par deux lesbiennes, débarqué sur l'île il y a quelques années. Le garçon semble sans histoire, mais quand on commence à fouiller un peu...

minierPendant que les gamins essayent de trouver ce qui est arrivé à leur amie et que la police surveille Henri, un homme très riche avec d'énormes moyens d'investigations recherche son fils qui lui a été enlevé à la naissance.

Tout ce petit monde transite sur les quelques kilomètres carrés d'une île pas si hospitalière que cela.

Les choses se compliquent quand un maître chanteur se lance dans l'arène, que la mère de la victime disparaît, qu'une famille de truands attardés entre dans la danse et que tout le monde commence à se méfier de tout le monde...

Difficile d'entrer plus dans les détails de l'histoire sans en déflorer l'intérêt principal, mais, il est bon de noter que Bernard Minier nous a concocté une intrigue tarabiscotée au possible, mais qui tient debout sans chanceler grâce à une astuce simple, mais indécelable.

Une fois les premières pages du roman avalées, difficile de lâcher ce livre et c'est toujours un crève-cœur de le refermer tant chaque chapitre incite à lire le suivant.

Aussi, on enchaîne les chapitres, on commence à se faire une idée de ce qui se trame sur cette île, de, qui fait quoi, de, qui est qui et... paff ! L'auteur nous prend à revers et nous retourne comme une vieille chaussette. Qu'importe, on prend en compte les nouveaux éléments de l'histoire et on se dit que cette fois on a tout compris et... repaff ! Bernard Minier nous secoue dans tous les sens et nous jette à terre, nous laissant totalement abasourdis.

Alors, le lecteur se dit, « Quelle Putain d'Histoire ! »

Au final, « Une putain d'Histoire » de Bernard Minier porte excellemment son nom, mais plus encore, l'auteur nous propose là son meilleur roman, un livre que l'on ne peut lâcher avant d'en connaître le point final.