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Chaque année, depuis treize ans, la ville de Rivesaltes s'ouvre aux livres. Fière de son histoire œnologique, elle marie littérature et vin en organisant la manifestation des « Vendanges Littéraires de Rivesaltes » afin de récompenser des ouvrages et des auteurs.

C'est donc tout naturellement que vous auriez dû retrouver, comme chaque année, l'équipe d'OXYMORON Éditions, à Rivesaltes lors du premier week-end d'octobre, le samedi 3 de 14 h à 18 h et le dimanche 4 octobre de 9 h à 18 h, pour « Les Vendanges Littéraires ».

Pour l'occasion, les éditeurs de la région ainsi que la Librairie Torcatis de Perpignan tiendront des stands pour vous proposer leurs ouvrages..., pas OXYMORON Éditions.

La raison est totalement indépendante de notre volonté et nous prions nos lecteurs de nous excuser de cette absence injustifiée.

Injustifiée ? Pas vraiment, du moins les organisateurs de l'évènement en sont persuadés. Effectivement, il semblerait que, dans mon article sur le bilan de l'édition précédente des Vendanges Littéraires, j'ai été, dixit l'une des responsables, « Très très méchant » avec les organisateurs et le salon.

Vous pouvez vous faire votre propre opinion, si vous le désirez, en consultant cet article "très très méchant".

Effectivement, ma conclusion, « Au final, malgré une bonne organisation et un très bon accueil », a de quoi attrister les esprits les moins sensibles d'entre vous, et je m'excuse platement pour avoir à ce point vilipendé les G.O. (Gentils Organisateurs).

Il est d'autant plus dommage que, malgré des ventes catastrophiques, je venais chaque année avec plaisir, à ce salon, notamment pour les membres de la médiathèque qui se démenaient pour faire de leur mieux et qui nous accueillaient toujours chaleureusement.

Cependant, est-ce parce que les personnes, sur place, étaient sympathiques qu'il me fallait occulter ce qui n'allait pas bien et plonger dans une hypocrisie qui est le mal de notre siècle ?

La société est gangrénée par le faux-culisme ambiant et l'hypocrisie lâche ou sournoise de nos compatriotes. Sans me présenter comme le chantre de l'honnêteté et de la sincérité, je suis désireux de me comporter envers les autres comme je demande qu'on se comporte avec moi.

En effet, la rubrique « Avis » du site d'OXYMORON Éditions n'est pas là pour recueillir des louanges, mais pour avoir le point de vue des lecteurs, même quand celui-ci n'est pas en notre faveur, dans le but d'améliorer notre travail.

S'il arrive, parfois, qu'un lecteur s'exprime de façon négative, envers un de nos ouvrages, loin de moi le désir de couper court à la conversation et de lui bloquer l'accès à notre stand et à notre catalogue. Bien au contraire, je suis d'autant plus attentif qu'une critique est souvent bien plus constructive qu'un compliment pas toujours sincère.

Si, lors du précédent salon, j'avais dû agir ainsi avec un client de l'année précédente me disant qu'il n'avait pas aimé le livre qu'il nous avait acheté, je n'aurais pas discuté pendant presque une heure avec lui, j'aurais émis une fin de non-recevoir, tout comme la personne m'ayant raccroché au nez au téléphone quand j'ai cherché à comprendre pourquoi je n'avais pas reçu de mail la veille du Salon de Rivesaltes (oui, je suis à ce point naïf que, jusqu'à ce midi, je pensais encore être présent au Salon).

Naïf au point de préparer des ouvrages pour les proposer aux rares lecteurs qui foulent le pavé du Salon, trois ouvrages pour lesquels j'ai tanné mon imprimeur pour les recevoir à temps (je les ai d'ailleurs reçus ce midi, juste après avoir appris que j'étais un indésirable à ce Salon).

Alors, bien sûr, je peux comprendre que, lorsqu'on s'investit dans une tâche, il n'est pas toujours agréable d'apprendre que tout le monde n'est pas satisfait à 100 % (ceci dit, s'ils se renseignaient un petit peu et si les autres participants étaient moins hypocrites, ils sauraient que personne n'est satisfait des ventes à ce salon), et je peux très bien admettre que cela puisse blesser quelque peu (la preuve, je suis moi-même blessé du peu de considération que l'on peut avoir pour mon travail et de ma franchise), mais, j'ai bien plus de mal à accepter l'obtusité de certaines personnes face à une démarche franche et bienveillante. Car ce n'est pas en cachant les problèmes que l'on aide les autres, au contraire, c'est en les pointant du doigt qu'on leur offre la possibilité de s'améliorer.

Et j'aime à ce point mon métier et les livres, que ma passion dévorante pour ceux-ci me pousse à continuer à participer à certains Salons Littéraires, malgré leurs défauts ou le manque d'investissement des lecteurs.

Car c'est bien là qu'est avant tout le problème. C'est tout d'abord parce que le lectorat local investi n'est pas très nombreux qu'il faut faire en sorte de convaincre les plus réticents à se rendre à ce genre de manifestation pour faire vivre les organisations, les éditeurs et les auteurs qui se serrent de plus en plus la ceinture face à des lecteurs qui, par manque de budget, délaissent le livre pour d'autres occupations moins onéreuses.

Et pour inciter ces gens-là, il faut réduire au minimum les contraintes qui leur serviraient d'excuses pour ne pas se déplacer. Ainsi, en disant que la Place du Général de Gaulle n'est pas l'endroit le plus accessible et le plus fréquenté pour faire venir les lecteurs réticents ou pour que passent par hasard des foules ignorantes d'un tel évènement, je ne fais que dire tout haut ce que tous les participants pensent tout bas.

Sans même se lancer dans de longs sondages auprès des participants, le simple fait que certains auteurs et éditeurs locaux, et non des moindres, ne viennent plus aux Vendanges Littéraires, devrait être suffisant pour les pousser à se remettre en cause. Mais non, à ce point persuadés de tutoyer la perfection, ils préfèrent se draper dans une offuscation primitive et se bander les yeux pour ne pas risquer de voir la triste réalité en face.

Car il est bien loin le temps où, la venue d'un Michel Onfray ou d'un Bernard Pivot était l'épice pour cacher l'insipidité du plat, où, le nombre de badauds venus dans le seul but d'approcher une célébrité masquait le manque d'intérêt que les mêmes badauds portaient aux auteurs et éditeurs locaux.

Désormais que les grands noms ne sont plus là pour attirer la foule, la triste réalité apparaît enfin aux yeux de tous et certains, ne supportant pas cet état de fait, préfèrent se comporter en Divas tout comme le ferait une star déchue pour se convaincre qu'elle est encore en haut de l'affiche.

Alors, pourquoi continuer à venir à ce genre de manifestation, me direz-vous, tout comme me l'a demandé la personne que j'ai eue au bout du fil ce midi ? Oui, parce que la raison officielle de ma non-invitation est la certitude, des organisateurs, que ma déception de l'année précédente était suffisante à me convaincre de ne pas venir cette année. En clair, on ne m'a pas demandé mon avis, ni même cherché à connaître mes griefs si griefs il y avait, on a décidé, à ma place, sans autre forme de procès. Il faut vous dire, monsieur, que, chez ces gens-là, on ne pense pas, monsieur, on ne pense pas, on s'offusque.

Je répondrais donc que, si je participe à ce genre de salon mal fréquenté et où les ventes se font rares, c'est avant tout par passion pour le livre et la littérature. Que j'estime que ce n'est pas parce que la grosse foule s'en désintéresse que je dois occulter les rares lecteurs qui viennent avides de découvertes. Que ces lecteurs-là ne méritent pas le dédain et, qu'au contraire, il faut récompenser leurs envies en leur proposant un maximum de diversité. Et que le catalogue d'OXYMORON Éditions est une alternative à ceux des autres éditeurs qui pointent pour beaucoup dans la même direction.

La raison est donc que la démarche d'OXYMORON Éditions n'est pas seulement commerciale, sinon nous aurions déjà fermé nos portes depuis longtemps, au plus grand plaisir de certains, mais qu'elle est avant tout mue par une passion et une volonté de proposer aux lecteurs ce qu'ils ne pourront pas trouver ailleurs. Cette démarche peut paraître désuète, voire contradictoire, puisque notre catalogue s'appuie sur des rééditions, mais, même, et surtout, à travers ces rééditions, notre volonté est d'offrir aux lecteurs la possibilité de découvrir des textes oubliés. Car, si notre démarche était, avant tout, commerciale, déjà, nous ne participerions pas à la majorité des salons de la région, mais, surtout, quitte à faire des rééditions, nous ne rééditerions uniquement que de grands classiques de la littérature, ce qui nous assurerait des ventes plus confortables.

Mais, n'étant pas animés par l'appât du gain, « à tout prix », nous préférons mettre en avant un devoir de mémoire envers des auteurs inconnus ou oubliés qui méritent un autre sort que celui qui leur a été conféré de leur vivant et après leur mort.

C'est parce qu'un seul lecteur convaincu, lors d'un salon, justifie notre présence, que nous nous investissons ainsi dans des Salons durant lesquels les ventes sont rares. Mais ce n'est pas parce qu'on aime quelque chose ou quelqu'un qu'il ne faut pas être critique.

Malheureusement, dans le monde du livre, l'ego est omniprésent. L'ego de l'auteur qui refuse toute critique sur ses textes. L'ego de l'éditeur qui refuse toute critique sur son travail éditorial. L'ego de l'organisateur de salon qui refuse toute critique sur le déroulement de l'évènement qu'il a mis en place...

Chacun, de par un égocentrisme exacerbé, met des bâtons dans les roues de l'autre, menant le monde du livre, si ce n'est à sa perte, en tout cas dans la direction opposée à celle de l'épanouissement.

Sans vouloir jeter des fleurs à notre maison d'édition, il est deux qualités qu'on ne peut lui retirer, la première est que nous ne sommes pas mus par l'appât du gain, la raison pour laquelle on participe volontiers à de petits salons et à des premiers salons, la seconde étant que OXYMORON Éditions est une des rares, pour ne pas dire des seules, à avoir une position ferme et éclairée sur le livre numérique et sur le livre papier, en faisant côtoyer ces deux aspects de la lecture. 

Effectivement, tout notre catalogue papier est aussi disponible en numérique. Plus encore, certains textes paraissent, chez nous, uniquement en numérique. Enfonçons le clou en disant que nous menons une politique des prix bas, dans le numérique (et dans le livre papier), allant jusqu'à offrir des premiers opus de nos séries pour permettre au lecteur de découvrir notre travail sans risquer de perdre le moindre centime.

Alors, pourquoi continuer à participer à ce genre de salon, sachant, qu'en plus, les lecteurs en numérique s'y font très rares ? Mais, tout simplement, parce que nous sommes fous, fous de littérature, fous de livres, fous de penser qu'un lecteur convaincu justifie l'investissement d'une journée de travail et, surtout, fous de penser que les salons littéraires de la région pourraient s'améliorer et attirer plus de monde si seulement certains organisateurs mettaient leur ego de côté pour écouter les avis et les propositions des éditeurs et des auteurs qui sont la matière première et les premiers concernés par ce genre d'évènement.

Alors, suis-je « très très méchant ? » Si j'en crois la définition du mot méchant de mon dictionnaire préféré (Le Trésor de la Langue Française), être méchant est :

Méchant : Qui désire provoquer, occasionnellement ou non, la souffrance physique ou morale d'autrui. Synonyme : cruel, féroce, malfaisant, sauvage.

Est-ce donc cruel ou malfaisant que d'espérer que les salons littéraires s'améliorent afin que tout le monde (organisateurs, éditeurs, auteurs, public, libraires) soit satisfait ? Est-ce féroce que de vouloir le bien des gens ? Je vous propose de vous replonger dans la fable de « L'oiseau, le renard et la vache » popularisée par Terence Hill dans le film « Mon nom est Personne » pour avoir votre réponse.

Effectivement, qui aime bien châtie bien, mais qui ne dit mot, ne consent pas toujours.

Tout ça pour dire quoi ? Bah rien, juste que OXYMORON Éditions ne pourra pas présenter au public du Salon des Vendanges Littéraires, même rare, même distant, même désintéressé, ses trois nouveaux ouvrages qui sortaient juste de l'imprimeur pour eux, des ouvrages atypiques dans la production actuelle, des ouvrages qui auraient été un plus pour la diversité littéraire de ce salon, des ouvrages à prix modiques (10 euros et 5 euros), des ouvrages, ainsi que tous les autres du catalogue, dont vous serez privés parce que les petits pouvoirs font parfois enfler les petites têtes et les chevilles.

Comme les organisateurs ont su venir sur ce blogue, l'année dernière pour me sanctionner ensuite pour ma franchise, je continue, malgré la situation et contrairement à eux, à leur offrir ma franchise plutôt que mon mépris. Cependant, j'ai bien peur que, n'appréciant pas la critique, ceux-ci ne soient pas allés jusqu'au mot final de mon laïus qui arrive immédiatement.

P.S. : Sachez que cet article remplace celui que j'avais écrit pour annoncer le Salon des Vendanges Littéraires de Rivesaltes. Car, oui, nous sommes parmi les rares participants qui font des articles sur chaque salon, sans se contenter de faire un copier-coller de l'article des organisateurs et qui apportent donc, un point de vue, apparemment peu apprécié.