ainsi-fut-ilHervé Sard a la lourde tache de succéder à Michel Vigneron dans l'écriture du second opus de la série « L'embaumeur ».

Lourde à plus d'un titre puisque l'on attend toujours plus d'un second épisode que d'un premier.

Le premier, s'il est un peu raté, on est indulgent, car ce n'est jamais facile de commencer. Dans ce cas, on attend du second qu'il redresse la barre et qu'il évite les erreurs précédemment commises.

Si le premier est réussi, alors, s'atteler au second est casse-gueule. Le second doit faire encore mieux, tout en proposant autre chose, sans trahir les personnages proposés dans l'aventure liminaire.

Autant dire que Hervé Sard a dû avoir la pression. Pour autant, l'auteur n'hésite pas à tout bouleverser. Finis la jungle guyanaise, sa chaleur moite, les méchants à désosser, la violence omniprésente, le danger et... Sullivan et Élisa la journaliste.

Ainsi fut-il :  Quand Luc est appelé auprès d’un châtelain milliardaire, il s’attend à une mission ordinaire. Il va vite s’apercevoir qu’à la Pillonerie, on meurt un peu trop souvent, et d’étrange manière. Le petit-fils du maître des lieux a été retrouvé écartelé par quatre chevaux, une pancarte portant l’inscription « Ravaillac » glissée autour du cou. Mort naturelle, selon le médecin de famille…  Une enquête où l’Embaumeur exprime tout son art, entouré de personnages tous plus extravagants les uns que les autres.

hervc3a9-sardSur la base d'une mort d'une horreur ancestrale, un écartèlement jusqu'à ce que les membres soient arrachés du tronc, l'auteur nous livre une histoire, paradoxalement, moins glauque que « Harpicide », beaucoup moins violente et bien plus drôle.

Pour ce faire, Hervé Sard nous propose une galerie de personnages hauts en couleur, cyniques et drôles, touchants et simplets ou, tout simplement, stupides.

Si Hervé Sard manipule avec aisance l'humour et le décalage, il n'en fait pas pour autant sa seule arme et déroule une histoire simple où tout se complique.

Quand tant de coupables se retrouvent innocents, la victime pourrait-elle être coupable ? Car, tout le monde détestait le mort, que ce soit le couple de lesbiennes catcheuses, le grand-père, le père, voire les amis du défunt.

Mais l'auteur use également de cynisme au travers de ce personnage loufoque du riche grand-père qui n'est royaliste que par obligation, par position, par opposition.

C'est d'ailleurs ce grand-père qui vampirise le roman avec ses nombreuses diatribes sur la société, les gens, la royauté, la politique... Le vieil homme a un avis sur tout et a surtout un avis.

Hervé Sard utilise donc ce personnage pour délivrer des idées, balancer des vacheries et, aussi, pour noircir quelques pages supplémentaires afin que son roman ne soit pas trop court.

Au final, malgré un changement radical de style et d'ambiance, ce second opus de la saga « L'embaumeur » se lit très agréablement parvient souvent à nous faire rire. La dernière page tournée, l'on se dit que nous tenons là une excellente série et l'on a tout de suite envie de replonger dans le bain.