249974FerencziRomanPolicierA074La littérature populaire est un genre aux contours flous, aux frontières mouvantes, qui est considéré différemment par les gens selon leurs goûts (ce qui se défend), leur niveau social, leur âge, leur culture...

La littérature populaire est apparue au milieu de XIXème siècle avec le succès de certains auteurs comme Eugène Sue, Alexandre Dumas... et les créations de collections de livres destinés au « peuple », cette catégorie de la population socialement et culturellement « défavorisée ».

Pour le coup, le terme de « Littérature Populaire » est utilisé de façon très péjorative, par les auteurs qui ne s'y livrent pas, par les éditeurs et les lecteurs qui ne s'y adonnent pas, mais pire, par les éditeurs qui se spécialisent en la matière.

Effectivement, il n'y a qu'à se plonger quelque peu dans les productions des deux premiers tiers du XXème siècle pour se rendre compte que le travail éditorial de nombre des romans ou fascicules de l'époque a été bien souvent bâclé volontairement, pour des raisons économiques évidentes.

299465FerencziRomanPolicierA093Avec des fascicules ou des petits romans dont les textes sont mal relus, pas assez corrigés, imprimés sur du papier de mauvaise qualité... on pourrait en conclure que ces productions n'ont aucun intérêt.

Et c'est là l'erreur à ne pas commettre, bouder le contenu par faiblesse du contenant.

Car si les textes sont rapidement écrits, ils le sont par des auteurs professionnels qui ont derrière et devant eux des dizaines, voire des centaines d'histoires couchées sur papier. Ce sont donc des auteurs maîtrisant parfaitement leur art, leur style, leurs personnages, la narration, le format, le genre.

Il est évident qu'en écriture comme dans tout art ou dans le sport, la pratique intensive favorise la facilité et la qualité.

Cependant, quand je parle de style, de personnages, de narration, de format et de genre, il faut savoir que la plupart des auteurs populaires ont navigué dans les genres (Science-fiction, polar, aventures, romantique... érotique...), dans les formats (32 pages, 64 pages, 96 pages, 128 pages, plus de 200 pages...), ont usé différents personnages, testé différentes narrations...

la maison de l'épouvanteCe sont parfois les mêmes qui encensent Georges Simenon qui dénigrent la littérature populaire... et pourtant. Pourtant, Georges Simenon n'est pas bien différent des auteurs de la littérature populaire dont je vous parle, la preuve, il en était un.

Écrivant sous de nombreux pseudonymes, Georges Simenon, avant le succès de son personnage du Commissaire Maigret, gagnait sa vie grâce à cette littérature populaire qui me passionne, couchant sur papier de nombreuses nouvelles pour les magazines et les journaux de l'époque.

Ainsi, non content d'être un auteur de littérature populaire, Simenon était aussi un lecteur de littérature populaire. Lecteur d'Arsène Lupin, Simenon crée un personnage très proche avec celui de Yves Jarry qu'il développe sur plusieurs romans et dans l'un desquels il esquisse déjà son futur héros, le Commissaire Maigret.

Mais Jarry n'est pas assez original pour permettre à l'auteur de se démarquer et il le délaisse pour préciser les contours de Maigret dans d'autres romans écrits sous pseudonymes (Christian Brulls et Georges Sim), un personnage d'abord aussi flou que secondaire et qui se précise nettement dans l'ultime roman des quatre avant que Maigret ne vole de ses propres ailes, du moins de la plume de Georges Simenon.

le rayon mortelPopulaire, la littérature de Simenon l'est d'autant plus que la toute première aventure de Maigret est éditée dès le 19 juillet 1930, en feuilleton dans le magazine « Ric & Rac ».

Ajoutons que, même les plus célèbres auteurs populaires, étaient des auteurs populaires. Je m'explique. Il ne faut pas oublier que Frédéric Dard ou Léo Malet, désormais connus sous leurs noms de plume pour leur personnage phare (San Antonio pour Dard, Nestor Burma pour Malet) ont également beaucoup écrit sous pseudonymes pour produire de la littérature populaire (Frank Harding, Omer Refreger, Léo Latimer, Lionel Doucet, Jean de Selneuves... pour Léo Malet. Max Beeting, William Blessings, Éliane Charles, Léopold Da Serra, Antonio Giulotti, Verne Goody, Kill Him, Kaput, L'Ange Noir, F.D. Ricard, Sydeney...)

Désormais connus et reconnus, chacun, pour un unique personnage, le lecteur oublie trop vite que ces auteurs étaient des écrivains professionnels qui noircissaient des dizaines de pages par jour et qui ont écrit des centaines de romans et nouvelles.

Mais si l'on ne reconnaît plus ces auteurs que pour leur personnage phare, d'autres auteurs, aussi prolifique, parfois tout autant talentueux, n'ont eux, pas eu la chance de rester dans l'esprit des lecteurs malgré une énorme production et différents personnages intéressants, parce que bien souvent, ils n'ont connu les joies de l'édition qu'à travers des formats courts et des éditions de mauvaise qualité qui a empêché les œuvres de perdurer dans le temps.

l'houkamiAlors, on me dira que certains auteurs, sans avoir le statut culte du trio pris en exemple, ont accédé à une certaine gloire qui ne s'est pas tout à fait éteinte à l'heure actuelle.

Certes, Jean de la Hire, Michel Zévaco, Pierre Souvestre, Maurice Leblanc, Gaston Leroux, Arnoud Galopin, voire José Moselli ou, plus récemment, Marc Agapit, résonnent encore dans l'esprit des plus férus lecteurs. Oui, mais quid d'un Rodolphe Bringer, de Gustave Gailhard, Jean-Toussaint Samat, Henry de Golen, Georges Grison, Max Paul, H.R. Woestyn, René Pujol, Léo Frachet, Léo Gestelys, Claude Ascain, Maurice Limat, Charles Richebourg, Jules de Gastyne, Jean Petithuguenin, Georges Spitzmuller, René Trottet de Bargis... et encore, pour n'en citer que quelques-uns qui ont œuvré dans mon genre préféré : le roman policier.

Publiés dans de nombreux journaux, pour leurs nouvelles, leurs feuilletons, leurs romans, ou sous formats fascicules de 16 /32 /64 /98 /128 pages ou même en romans, qui peut, désormais, se vanter d'avoir lu leur production ? Bon, pas toute leur production, il faudrait plus d'une vie pour cela tant ceux-ci ont écrit et écrit et écrit. Qui connaît Odilon Quentin, le Commissaire Rosic, l'Inspecteur Lémoz, le Commissaire Sihol, l'Inspecteur Cartier, le Père Leboeuf, les détectives Mac Tiddle, Luc Hardy, Yves Michelot, Teddy Verano, Guy Farnèse, Lautrec, l'Inspecteur Pinson, le Commissaire Serge Vorgan... ?

Personne... ou presque.

l'âme erranteEt, pourtant, que cette littérature est belle... savoureuse, attachante, originale... même quand les auteurs s'inspirent ou inspirent. C'est ainsi qu'un célèbre Toto Fouinard, bien que n'ayant pas égalé, loin de là, la postérité d'un Rouletabille, n'en est pas moins attachant et ses aventures savoureuses.

Mais quel sort pourrait être pire, pour une littérature populaire, de ne plus l'être, populaire. N'est-ce point le comble que cette littérature « populaire » ne soit plus appréciée ?

Bien évidemment, d'irréductibles Gaulois persistent, dans leurs lectures, à naviguer dans les eaux troubles des océans encrés des pages d'autrefois. Mais que la plongée est périlleuse, ardue, risquée, difficile, chronophage et coûteuse. Pour ce faire, il faut voyager de librairie en librairie, de brocantes en vides greniers, de site Internet en site Internet au risque d'y laisser sa santé et son porte-monnaie.

Heureusement, cette passion pour la littérature populaire rapproche. C'est une passion dévorante et généreuse qui pousse chacun à aider son prochain à trouver une information sur un auteur, un roman, un titre, un personnage. Cette passion, qui m'anime également et qui m'encourage, chaque jour, à trouver un titre, un auteur, un personnage, à vous proposer dans mes diverses collections destinées à faire revivre la littérature qui illumine chacune de mes journées, est nourrie par cette générosité propre aux passionnés de littérature populaire. En effet, je ne compte plus les informations trouvées auprès de ces personnes ni les pages que l'on m'a scannées, les fascicules que l'on m'a prêtés, les livres que l'on m'a donnés, pour me permettre de me faire un stock dans lequel je pourrais puiser, durant des années, pour vous proposer de nouvelles lectures d'autrefois.

la pierre qui bougeParce que ma passion vit grâce à cette générosité, je tente de la transmettre également avec générosité, en proposant, en numérique, certains titres gratuitement, en baissant les prix des livres papiers, afin de permettre à un maximum de lecteurs de découvrir ces auteurs, ces titres, ces personnages qui me ravissent sans cesse et qui compose désormais ma vie jusqu'à l'infini.

Bref, tout cela pour vous dire que la littérature populaire dont je vous parle pourrait nourrir des vies entières de lecture, de bonnes lectures, d'excellentes lectures et que, s'il faut, bien évidemment, encourager les auteurs d'aujourd'hui, il n'en faut pas pour autant bouder les auteurs d'autrefois.

Alors, de temps en temps, n'hésitez pas à vous replonger dans les pages jaunies des manuscrits d'antan, vous ne pourrez qu'en revenir avec le sourire.

Allez, je vous laisse, je vais lire un petit fascicule policier.