55Frédéric Dard alias San Antonio nous livre là la 15ème aventure de son commissaire de personnage.

C'est mort et ça ne sait pas : Je vous ai déjà passablement baladés à travers le monde, dans toutes les couches de toutes les sociétés, mais je n'ai pas souvenir de vous avoir présenté le Pape. N'en déduisez pas trop vite que ce bouquin se passe au Vatican et que Sa Sainteté, que je respecte profondément, est l'acteur d'une de mes facétieuses aventures ! Vous n'y êtes pas du tout. Le Pape dont le parle, s'il s'appelle Paul, ne perte pas de matricule ou plutôt n'en porte plus, vu que voilà bientôt dix piges qu'il est sorti de taule. Et c'est en toute candeur qu'il a troqué la casquette à Julot pour la tiare pontificale de la religion... luciférienne ! Cette fois, vous avez pigé ! Oui, mes amis, je vous emmène faire un tour dans une société secrète, avec messes noires, sacrifices et tout le schbigntz... Vous l'imaginez, votre San Antonio, en enfant de diable ? Ne vous inquiétez pas si mon encensoir fume, c'est qu'il vient de cracher quelques bastos de 9 mm.

Si ce n'est pas la première enquête policière à laquelle participe San Antonio alors qu'il fait partie d'un service d'espionnage, cette fois-ci, il y participe avec l'aval de son Boss voire même sous ses ordres. Effectivement, le commissaire est chargé d'aider la police à trouver les responsables de la mort de deux personnes dans les mains desquelles ont été découvertes des images liées à une secte sataniste, les « Lucifériens ». Cela tombe bien, San Antonio vient de s'entretenir avec le Pape, le gourou de ladite secte.

Mais si tout semble lier les victimes avec la secte, les choses, bien qu'évidentes, peuvent cacher des secrets que San Antonio va s'atteler à découvrir non sans penser, au passage, au plaisir de la chair, à celui des bons mots et à servir la France en toutes circonstances.

Dans cet épisode, si ni Bérurier ni Pinaud ne sont présents, pourtant, on sent le spectre de Bérurier à travers le personnage du gros flic avec qui le commissaire fait équipe. 

Si l'intrigue n'est pas digne des meilleurs thrillers, elle tient cependant la route et nous offre de bons moments San Antoniens. On sent que, petit à petit, l'auteur tend vers la plume qui fera son succès et, pourtant, j'en arrive souvent à me dire que les premiers San Antonio n'étaient pas si mal que ça, peut-être même plus intéressants que ceux de la grande époque.

Dans tous les cas, les aventures de San Antonio s'avèrent être une valeur sûre dans laquelle on peut se réfugier quand on en a marre d'être déçu par les romans actuels où les personnages, les intrigues et les plumes sont interchangeables, ou les surprises sont rares et où les auteurs ne prennent plus de risques et se contentent de suivre point par point les recommandations de la bible du « Polar pour les nuls ».

Au final, un excellent moment de lecture, comme toujours ou presque avec San Antonio. Puis, un jour, il faudra peut-être penser à parler de l'excellence des couvertures signées par Michel Gourdon, non ?