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Comme tout grand amateur de Sherlock Holmes, je suis assez friand de pastiches de l’œuvre de Conan Doyle, soit à travers des romans inspirés de manière plus ou moins lointaine ou bien de récits où l’érudition holmésienne de l’auteur et la capacité à reproduire un style très proche de celui initial, apporte au lecteur un plaisir non dissimulé.

L’avantage, avec Sherlock Holmes, c’est que l’on peut trouver de tout, de l’excellence jusqu’à la médiocrité, du récent jusqu’à l’ancien, de la nouvelle, jusqu’aux plus grands romans, de la série télévisuelle jusqu’à la production hollywoodienne.

En matière de pastiches littéraires, le choix est immense tant le personnage du détective et son succès ont inspiré les divers auteurs.

Parmi les écrivains ayant tenté l’expérience, citons quelques noms comme Mark Twain, Maurice Leblanc, Ellery Queen, Nicholas Meyer, Alexis Lecaye, Bob Garcia, Caleb Carr, Stephen King, J.M. Erre et Anthony Horrowitz... qui font partie d’une liste extrêmement longue d’auteurs.

Dans cette liste, je retiens deux principaux noms, celui de René Réouven, pour moi, l’un des meilleurs et des plus respectueux en matière de pastiches et, surtout, Henry Cauvain qui est, à ma connaissance, l’unique cas de « pasticheur » avant l’heure puisqu’il est l’auteur du roman « Maximilien Heller », réédité chez « OXYMORON Éditions », dans lequel ont découvre un détective français qui est en tout point comparable avec le détective anglais, également accompagné d’un médecin narrateur et dont le livre a été édité 17 ans avant la parution de la toute première aventure de Sherlock Holmes.

Sherlock Holmes a été inspiré (pour ne pas dire plus) par un auteur français et les auteurs français se sont ensuite beaucoup inspirés de lui.

Maurice Leblanc confronte son personnage d’Arsène Lupin avec celui du détective avant que les avocats de Conan Doyle ne se plaignent, l’obligeant à modifier le nom du détective anglais en Herlock Sholmes (OXYMORON Éditions réédite d’ailleurs la nouvelle originale dans la collection « 221 » dédiée aux premiers pastiches et avatars en langue française du fameux détective anglais.

Alexis Lecaye, auteur de la série « Julie Lescaut », a conté avec brio les rencontres de Sherlock Holmes avec Karl Marx et Albert Einstein.

René Réouven apporte, en plus du talent, de la plume, une érudition, une connaissance et un respect du « Canon » qui force le respect.

D’autres auteurs se sont inspirés de Sherlock Holmes pour créer un autre personnage de détective en s’appuyant sur la comparaison, comme le Belge Jean Ray et son « Harry Dickson », Paul Zahori avec « Mademoiselle Sherlock », Fabre et Jacquin avec « Le chien se Serloc Kolmes » [ces deux derniers titres sont également réédités dans la collection « 221 » d’OXYMORON Éditions]... sans compter toutes les nouvelles et bluettes qui pullulèrent dans les journaux de l’époque.

Mais on en oublierait presque l’auteur francophone qui, le premier, se lança dans l’aventure, et ce dès 1900 avec son titre « Le rival de Sherlock Holmes » : Hector Fleischmann.

Hector Fleischmann est un auteur, journaliste, poète et historien belge né en 1882 et mort en 1913.

Dans son œuvre plutôt consistante pour un écrivain mort si jeune, on trouve, entre les essais, les poésies et les biographies, quelques romans, dont un, policier, « Le rival De Sherlock Holmes ».

Le rival de Sherlock Holmes : Le célèbre détective anglais Sherlock Holmes a un rival, il est américain et se nomme William Hopkins ! C’est en tout cas ce que narre l’ex-ingénieur en mécanique James D. Sanfield, qui est à Hopkins ce que le docteur Watson est à Holmes, un précieux ami doublé d’un confident conteur de ses aventures. Et, effectivement, William n’a rien à envier à Sherlock, puisqu’il base son succès sur l’observation, la réflexion, la logique et la déduction. Suite à plusieurs affaires habilement résolues, sa réputation vient à l’oreille d’un richissime homme d’affaires qui le mande, toute affaire cessante pour aider son consortium dont les membres sont menacés de mort par des courriers anonymes… « Le rival de Sherlock Holmes » écrit en 1900 par Hector Fleischmann est le tout premier pastiche en langue française du personnage de Sherlock Holmes.

Dans ce court roman, nul esprit d’érudition ni de démonstration de connaissance du « Canon » [il n’y a, d’ailleurs, point de « Canon » puisque la dernière aventure de Sherlock Holmes écrite par Conan Doyle le fût à la fin des années 20], ou de tentative d’écrire à « la manière de » Conan Doyle, juste l’envie de proposer un personnage « proche » afin de surfer, je suppose, sur le succès des œuvres de Doyle.

Hector Fleischmann nous propose donc un détective américain, décrit et surnommé comme « le rival de Sherlock Holmes » et qui, comme son homologue anglais, se repose sur une observation et une déduction pour résoudre les enquêtes.

Comme chez Henry Cauvain ou chez Conan Doyle, l’enquêteur sera secondé par un civil [ici, un ex-ingénieur] qui sera également le conteur des aventures.

« Le rival de Sherlock Holmes » nous propose donc de suivre les pérégrinations des deux partenaires à travers trois enquêtes particulièrement éprouvantes [dont, notamment, la dernière].

Si de l’ensemble émane le charme du style légèrement désuet de l’époque, l’auteur parvient à nous proposer des enquêtes sans temps mort qui offrent au lecteur d’agréables moments de lecture.

Certes, William Hopkins souffre de la comparaison avec son homologue anglais, tant sur la complexité et l’intérêt du personnage que dans sa capacité intellectuelle à résoudre les énigmes, mais, ce n’est pas pour autant qu’il faudrait bouder ce livre qui, en plus d’être un témoin du succès retentissant que pouvaient avoir les aventures de Sherlock Holmes à l’époque, nous offre un instant de lecture agréable.

Au final, « Le rival de Sherlock Holmes » a bien du mal à rivaliser avec Sherlock Holmes [mais qui y parviendrait ?], mais est un court roman de bonne facture pour peu qu’on apprécie le style du début du XXe siècle.