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Dans la littérature populaire française, il est des auteurs encore plus cultes que les plus cultes des auteurs populaires.

Ainsi, s’il est indéniable que Georges Simenon, Frédéric Dard, Léo Malet... sont parvenus à des sommets dans l’esprit des lecteurs, il est des auteurs qui, parce qu’ils sont demeurés inconnus aux yeux du grand public actuel alors que leurs textes émerveillent encore l’esprit des lecteurs d’antan et de certains lecteurs de maintenant, ont réussi à supplanter, dans la tête de ceux-ci, leurs célèbres pairs susnommés.

Parmi ceux-ci, un écrivain, notamment, de par son immense production, les genres dans lesquels il a œuvré, les personnages qu’il a animés, écrase toute concurrence. Son nom : Joseph Théophile Maurice Moselli alias José Moselli.

Parlez de Moselli à un passionné de littérature populaire et vous êtes assurés de voir ses yeux clignoter de plaisir.

L’auteur est devenu tellement « Culte », autant par son parcours que par sa production, que l’on peut encore entendre des lecteurs se souvenir de feuilletons désormais introuvables dont l’écrivain a inondé les journaux de l’époque.

Son parcours, celui d’un gamin de famille aisé qui, avide d’aventures, fugue à treize ans pour s’engager comme mousse sur un navire. Les années suivantes furent un gage de souvenirs d’évènements, de personnages et de lieux qui nourriront sa plume par la suite. Brimé, maltraité, le gamin s’offre corps et âme à son boulot. Mais son esprit voyageur en fait un déserteur malgré lui. Alors, il continue à naviguer et à découvrir le monde avant de rentrer en France pour être traduit en « conseil de discipline ». Les juges furent cléments et organisèrent l’éducation du jeune homme qui devint Officier de la Marine Marchande. Ses aventures se poursuivirent, mais, lassé, José Moselli chercha à se stabiliser en acceptant un poste de journaliste en charge de la rubrique de « L’actualité Maritime ».

En parallèle, il écrit des contes et des nouvelles et entrera en contact avec les éditions Offenstadt pour lesquelles il produira un nombre incalculable de feuilletons pour divers journaux et magazines.

Parmi ces feuilletons, on pourra citer l’un de ses premiers si ce n’est le premier : « W... vert » édité dans le magazine « L’Intrépide » de 1910. Mais, également « Les aventures fantastiques d’un jeune policier », « Le roi des Boxeurs », « Le baron Stromboli », « Les champs d’or de l’Urubu », « Les naufrageurs de l’air », « La prison de glace », « Iko Teruka », « Triplix l’insaisissable »... et des centaines d’autres qui s’étalaient sur des dizaines voire des centaines d’épisodes à travers des années et des années.

Parmi ces feuilletons, certains sont devenus cultissimes et plusieurs fois réédités et d’autres sont comme le Saint Graal, tout le monde en parle, tout le monde les cherche, mais personne n’a réussi à mettre la main dessus (du moins, plus grand monde de vivant).

« John Strobbins détective cambrioleur » fait partie des premiers, un feuilleton culte, plusieurs fois réédité, du moins en partie, mais dont il est très difficile, à l’heure actuelle, de pouvoir lire l’intégralité.

Si l’on peut admettre, en commençant la lecture des aventures de John Strobbins, que l’on ne pourra jamais se délecter du moindre épisode (à moins de posséder tous les numéros du magazine originel sur de nombreuses années), il serait pourtant dommage de ne pas découvrir ce personnage et cet auteur.

John Strobbins, c’est un peu le fils caché de Fantomas et d’Arsène Lupin. C’est un cambrioleur, aventurier, justicier, possédant des moyens démesurés, sachant se déguiser à la perfection, ayant à ses ordres un gang complet avec des ramifications dans le monde entier et aimant narguer la police et, plus précisément, le chef de la police de San Francisco, Jame Mollescott (tout comme Fantomas a son Inspecteur Juve).

Plus cambrioleur et aventurier que détective, John Strobbins surfe sur les succès de l’époque et navigue plus dans un monde fait d’aventures, de déguisements et de poursuites que celui plus purement policier que pouvait proposer un « Sherlock Holmes », par exemple.

Probablement, comme ses confrères devant produire énormément en peu de temps, José Moselli usait-il d’une plume automatique (tout comme Souvestre et Allain avec Fantomas ou Jean Ray avec Harry Dickson...). Cette contrainte, si elle peut élimer une plume (voire Pierre Saurel) et atténuer un style, bien maîtrisée, parvient à insuffler un élan et une fluidité qui se marie à merveille avec le genre « aventures ».

Lorsque, en plus, l’auteur est talentueux, qu’il bénéficie d’une forte imagination, alors, le lecteur a toutes les chances de se délecter de savoureuses aventures.

Mais, plus encore que les atouts que je viens de citer, la série « John Strobbins » est portée par des épisodes qui s’enchaînent et se suivent sans se suivre et s’enchaîner et de longueur très hétérogène. De quelques pages à plusieurs dizaines, les intrigues, qui n’en sont pas réellement, tiennent le lecteur en haleine et lui donnent envie d’en découvrir d’autres... et d’autres... et d’autres...

Enfin, pour en terminer avec la présentation et apporter un peu plus de précision, il faut savoir que la série « John Strobbins » s’étale sur 73 épisodes et plus de 20 ans (1911-1933) dans le magazine « L’Épatant » (du n° 168 au n° 1294) dont plus d’une trentaine ont été regroupés en recueil dans la collection « Collection d’Aventures » aux éditions Offenstadt, puis 61 nouveaux épisodes (plus 4 déjà édités dans « L’Épatant »), dans la collection « Les grandes aventures policières » (en 1930).

Au final, les aventures de John Strobbins se révèlent très vite addictives et, lorsque l’on a mis le nez dedans, on n’a plus envie de l’en retirer. Heureusement, José Moselli a écrit plus de 130 épisodes. Malheureusement, il sera très difficile de se délecter de l’intégralité de la série même si mon petit doigt me dit qu’un petit éditeur sympathique et passionné s’apprête à en rééditer une partie.