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Le Roi des Crânes est le second roman de Laurent Guillaume. Il fait suite à son premier ouvrage : « Mako ».

Le roi des Crânes : Après vingt ans de Brigade anticriminalité, le major Makovski, dit « Mako, » sent de plus en plus la crasse lancinante de la rue lui coller aux rêves. Il accepte donc une affectation aux Stups, abandonnant les rondes de nuit, ses collègues et l’adrénaline. Mais les Stups ne sont pas non plus une promenade de santé : la brigade a son compte de sordide. Mako, pourtant, paraît s’assagir, allant même jusqu’à envisager de se reconstituer un semblant de vie... Mais, lorsqu’une jeune juge est poignardée dans le parking même du Palais de justice, la machine s’emballe et les démons de ses vieilles colères refont surface. Il n’est bientôt plus question que de l’instinct du chasseur, de celui de la survie... Surtout quand la proie se révèle plus puissante que le prédateur, et que le « roi des crânes » nage dans les mêmes eaux que Mako...

Laurent Guillaume est un ancien policier de la BAC qui nourrit sa plume de son expérience personnelle.

Même auteur, même personnage, je pourrais reprendre peu ou prou la même chronique que celle écrite pour « Mako ».

Peu ou prou, car, si j’avais noté dans le premier opus que l’auteur avait un style un peu fade, sans fioriture et sans effet, mon regard, cette fois-ci, a été attiré par plusieurs erreurs et de nombreuses répétitions indigentes.

Malgré tout, l’auteur maîtrise suffisamment son sujet que l’ensemble se lit sans déplaisir.

Guillaume-Laurent-©-DR

Dans « Mako », le grand point fort du roman était la plongée dans la vie nocturne de la BAC. Le lecteur découvrait l’ambiance sombre et glauque du monde de la nuit et des milieux la prostitution, de la drogue, des rixes entre noctambules avinés. De plus, on découvrait la violence qui sourdait du héros et s’amplifiait en cours d’histoire avant d’exploser.

Dans « Le roi des crânes », Mako est muté aux STUPS et abandonne la nuit pour des journées plus conventionnelles.

Mako sans la nuit, la nuit sans Mako, c’est comme un match de rugby sans essai, un ordinateur sans connexion Internet, une belle femme sans culture générale... cela manque un peu de sel, de poivre et d’origan.

Et c’est vrai que, du coup, ce deuxième épisode manque un peu d’épice.

D’autant que l’histoire n’est pas d’une folle originalité (l’identité du véritable tueur non plus), et que les personnages secondaires ne sont pas super intéressants. Que ce soit Alpha Keïta, son partenaire aux STUPS, le sale con de flic qui ne peut pas le saquer ou la fliquette qu’il se tape...

Cependant, le rythme est suffisamment relevé pour que l’on ait envie de poursuivre sa lecture, et ce, malgré les problèmes dus à un travail éditorial un peu léger.

Par exemple : les répétitions. Dès les premiers paragraphes, on peut constater deux failles récurrentes. La première, l’auteur n’a pas un sens aigu de la métaphore, même s’il utilise régulièrement cette figure de style, ou presque. Effectivement, dans 98 % des cas, Laurent Guillaume se contente d’une figure de comparaison (à l’aide d’un outil de comparaison, toujours le même : « comme », plutôt qu’une métaphore, plus difficile à mettre en place, puisque l’on doit se séparer de « l’outil ».

Par exemple, très vite, on rencontre le bout de paragraphe suivant :

Il sentait la nausée monter en lui, comme la houle, à chaque fois un peu plus forte. Elles s’approchaient en glissant, leurs cheveux s’agitaient comme des serpents et la nausée se faisait encore plus impérieuse. Il sanglotait violemment. Il pouvait distinguer leurs traits maintenant. Leurs visages blafards étaient comme des masques de cire.

Mais, si les « comme » fusent et deviennent omniprésents, ce mot n’est pas le seul sujet de répétition. Exemples :

La BAC à l’époque était logée dans des préfabriqués moisis. Mais l’ambiance, à l’époque, était toute autre. On entendait rire dans les couloirs. Les policiers s’interpellaient bruyamment de bureau à bureau. On picolait parfois aussi. Toute une époque.

Mako, les yeux exorbités, considérait le petit objet métallique de métal brossé… Dans un flash, il vit le métal fumant d’une voiture encastrée dans un arbre. Un corps désarticulé, le métal déchiquetant les chairs martyrisées. Une détonation. Le métal de l’ogive homicide qui pénètre dans l’œil, le fait exploser comme un fruit mûr, trace son sillon macabre dans la cervelle et pulvérise l’arrière de la boîte crânienne. Le métal a toujours raison.

Si l’on peut mettre ces répétitions sur le compte d’une volonté de proposer un texte plus « brut », plus « réaliste », à condition d’être d’extrême mauvaise foi, d’autres défauts ne peuvent être imputables qu’à des problèmes de relecture de la part de l’auteur et d’un problème de travail de l’éditeur.

Ainsi, l’un des personnages, secondaire, mais quand même, s’appelant Yacine lors de son introduction, devient bizarrement Hocine en cours de route !!!

Mais ce cafouillage ne concerne pas qu’un seul personnage du roman puisqu’un autre se nommant Frédéric Voireuse est appelé Stéphane, par la suite, alors qu’il existe déjà un Stéphane proche de ce Frédéric Voireuse, c’est dire si cette erreur est sujette à confusion.

Au final, « Le Roi des Crânes » est bien moins passionnant que ne l’était « Mako » et ce, pas uniquement à cause des erreurs citées, mais également, et surtout, parce que Mako est extrait de son milieu naturel [la BAC] pour être déplacé en trop peu hostile. Pourtant, la lecture de ce roman demeure plaisante et on attendra avec impatience la lecture de sa suite, « Delta Charlie Delta », dans lequel Mako retourne à la BAC.