téléchargement

Raaaaaa, la vie nous offre parfois de ces surprises auxquelles on ne se serait jamais attendu. Que ce soit la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles des USA, à celle de François Fillon à la primaire des L.R., à celle de Benoît Hamon pour le P.S. ou, plus récemment, à l’élimination du PSG de la Champion's League après avoir battu le F.C. Barcelone au match aller 4 buts à O.

Mais, si j’avais dû parier sur l’une ou l’autre de ces surprises, jamais je n’aurais misé jusqu’à mon dernier sou me disant : « On ne sait jamais ! ».

Par contre, il était une évidence si incontournable que jamais au grand jamais je n’aurais misé le moindre centime, c’est : le fait qu’un jour j’aurais pu ne pas aller au bout d’un roman de Daniel Pennac concernant la famille Malaussène.

C’est bien simple, j’avais tellement adoré les premiers opus de la saga « Malaussène » et tellement aimé les suivants, j’avais tellement été touché par le style de Daniel Pennac qu’il aurait pu écrire de la main gauche (s’il est droitier, ou de la droite, s’il est gaucher) une aventure de Benjamin Malaussène se lançant dans le cinéma d’auteur danois en version originale et en noir et blanc à partir d’un scénario de Luc Besson sous laxatifs, que j’aurais aimé.

Mais oui, mais voilà ! Daniel Pennac n’a pas osé s’attaquer au cinéma danois et : patatras !

Pour être sérieux, un petit peu, je pense qu’il y a de bonnes et de mauvaises raisons d’écrire et que Daniel Pennac a été poussé par les mauvaises pour se replonger au cœur de la famille Malaussène, 17 ans après le dernier opus.

Car, pourquoi revenir après si longtemps auprès de ses premiers amours ?

Parce que les personnages vous ont manqué ? Cette raison était recevable pour les 6 premiers opus entre lesquels il ne s’était jamais passé plus de 5 ans. Pas pour celui-ci au bout de tant d’années.

Pour se convaincre qu’il était encore capable de séduire avec ces personnages ? Ceci serait probablement la pire des raisons d’écrire.

Par attrait du gain ? Je pense que ces livres, après « Aux fruits de la passion », le dernier titre de la saga, avant son retour, se sont suffisamment bien vendus pour éviter cette tentation.

Alors, quelles mauvaises raisons ont poussées Daniel Pennac à ressortir la famille Malaussène de son placard ? Je ne sais pas, mais le résultat est là : je suis super déçu.

Déçu au point de ne pas avoir dépassé la moitié du roman. Déçu au point d’avoir résisté à l’abandon de lecture pendant plusieurs jours et revenir à la charge pour laisser une nouvelle chance au livre. Quatre soirs de suite, j’ai abandonné après quelques pages en me disant que je n’y reviendrais pas, mais je suis revenu.

Mais d’où vient cette immense déception ? 

Déjà, de cette impression indéfinissable que Pennac s’est laissé convaincre par de mauvaises raisons.

Ensuite, par le fait qu’il n’a pas repris l’histoire où elle s’était arrêtée, ou presque, comme il l’avait fait avec les précédents opus. Car le premier et le sixième titre sont séparés de quasi 15 ans sans que les personnages aient vieilli d’autant.

Alors, pourquoi avoir voulu vieillir ses personnages des 17 ans séparant le dernier opus et le nouveau ? Je ne sais pas. Pour inscrire ses personnages dans l’actualité ? Pas vraiment, puisque l’intrigue ne se nourrit pas de faits datés. Par égocentrisme en considérant ses personnages plus forts que l’histoire et les « humaniser » en les vieillissant ? Je ne sais.

Mais, ce qui bloque le plus, au début de la lecture, c’est l’accumulation de noms, des personnages des autres opus, mais aussi de nouveaux. Une accumulation telle que même l’auteur s’est senti obligé d’ajouter un index à la fin de l’ouvrage pour permettre aux lecteurs de suivre un peu. 

Car, si l’auteur, lui-même, se sent obligé de remémorer aux lecteurs les personnages qu’il cite, c’est bien la preuve qu’il a conscience de proposer trop de personnages sans les introduire suffisamment. Car, dans les premières lignes, ce sont des noms qui s’ajoutent aux noms sans autre forme de présentation.

Certes, l’exercice de style consistant à réutiliser chaque personnage des anciens opus en leur créant un passé sur les 17 dernières années aurait pu être intéressant. Mais, pour cela, encore aurait-il fallu prendre le temps de poser les personnages, de permettre aux lecteurs de se les remémorer, avant d’étaler une partie de leur nouveau C.V.

Mais, là où Pennac complexifie encore plus son ouvrage c’est que, même pour les personnages dont les lecteurs passionnés se souviendraient, l’auteur en change les noms, du moins, leur donne un nouveau pseudonyme. Ainsi, « C’est un Ange » devient « Sept », « Monsieur Malaussène » se fait appeler « Mosma », « Maracuja » devient, plus logiquement, « Mara » et « Verdun » se transforme en « Juge Talvern ».

Enfin, ce qui plombe, à mon sens, la première moitié du roman (pour rappel, je n’ai pas lu la seconde moitié, donc, je ne peux pas la critiquer), c’est l’omniprésence de l’histoire d’Alceste, un auteur de « roman Vérité » qui a réglé ses comptes avec sa famille à travers de son dernier livre. Du coup, quand l’auteur ne nous raconte pas les déboires d’Alecste avec sa famille qui chercher à se venger, il nous livre les considérations littéraires de celui-ci ou bien les réflexions de Benjamin Malaussène vis-à-vis des écrits d’Alceste.

Si à tout cela, on rajoute le fait que, durant la première moitié du livre, l’intrigue mise en place n’a pas un très grand intérêt, on comprendra que j’ai pu, dû, m’arrêter en cours de route.

Mais, pire que tout, le style de l’auteur s’est affadi, du moins pour cet opus, et il n’apporte plus son grain de folie, ses idées absurdes qui nous ravissaient à l’époque. Même Julius, le chien, LE Julius, qui, à travers un subterfuge, est toujours là, 30 ans après la première histoire, subterfuge qui aurait pu être accepté si Julius était encore Julius, LE Julius, même ce Julius se plante et nous indiffère. Imaginez un peu, vous, lecteur, qui avez tant apprécié le chien Julius, être désormais indifféré par lui, quelle déception !!!

Et l’affadissement est, dans ce roman, pire qu’une maladie vénérienne dans un boxon de campagne puisqu’elle se transmet de personnage en personnage. Benjamin Malaussène, le bouc émissaire, n’est plus que l’ombre de lui-même et vieillir ne lui va décidément pas. Car, ce qui faisait de Benjamin Malaussène, LE Benjamin, c’était sa candeur, son esprit encore infantile qui lui permettait d’être en lien avec ses jeunes frères et sœurs. Mais qu’est devenue la part juvénile de ce Benjamin ? Disparue ! Puisque sa fratrie a quitté l’adolescence pour entrer dans l’âge adulte, Benjamin a suivi la même pente ascendante, donc d’être d’un intérêt descendant...

Trop de personnages, dont certains changent de noms, manque d’introduction de ceux-ci, de probables mauvaises raisons, un chien Julius qui n’est plus lui-même, un Benjamin qui a perdu sa candeur, une plume qui s’est affadie, au final, rien ne m’attachait plus à ce roman et, comme le dit lui-même Daniel Pennac, le lecteur a le droit de ne pas finir un livre, j’ai donc pris ce droit.