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J’ai découvert René Pujol un peu par hasard, en tombant sur son roman « Le détective bizarre ». Le titre m’interloqua, je me suis plongé dans le livre et je l’ai dévoré avec un immense plaisir.

 

Depuis, je lis ce que j’arrive à trouver de l’auteur en sachant qu’il y a peu de chance que je retrouve un tel plaisir de lecture, tant René Pujol était multicartes (auteur, scénariste, réalisateur) et qui écrivait dans différents genres à la mode à son époque (policier, humour, sentimental...).

« La Résurrection de M. Corme » était parvenue, également, à me combler, car l’humour et la légèreté de l’auteur étaient présents, que le genre était ancré dans le « policier » et que l’histoire était intéressante. 

« Le Mystère de la Flèche d’Argent » m’avait moins contenté, car un peu trop « fleur bleue » à mon goût.

C’est donc avec une légère réticence que je m’attaquais à « Amédée Pifle reporter » un livre qui n’est en rien « policier ».

Amédée Pifle reporter : Amédée Pifle, jeune homme sorti de l’École des Chartes, se présente sur recommandation à la Gazette Gauloise pour être reporter politique. Le directeur l’engage, un peu forcé… mais comme reporter sportif… et il n’y connaît rien ! S’ensuit une série de situations cocasses, de quiproquos, où le jeune reporter se débrouille, mais… L’humour est grinçant. Sous un ton faussement naïf, Pujol (qui se nomme aussi Amédée, est-ce un hasard ?) se moque des milieux sportifs, des politiques et de leurs « arrangements ».

L’histoire débute par l’arrivée d’Amédée Pifle, jeune homme fraîchement diplômé, dans le bureau du directeur de la Gazette Gauloise avec une lettre de recommandation d’un député ami de son père.

L’homme est aussitôt engagé, le directeur ayant des intérêts avec le député, mais pour un salaire de misère et dans un domaine où il ne connaît rien : le sport.

Amédée, qui se rêvait grand éditorialiste richement rémunéré, n’a plus qu’à faire semblant. Semblant de s’y connaître en sport, semblant, auprès de sa logeuse et de sa jolie fille, de bien gagner sa vie. Semblant de se satisfaire d’une situation qui lui déplaît.

Mais, avec intelligence et ruse, Amédée fait illusion. Mieux, quand Chapotard, le député, écrit, à sa place, un article à charge sur un homme dont il veut se venger, Pifle accepte de signer l’article et de la faire paraître. L’article fait sensation, l’homme visé est humilié, forcé à démissionner de son poste et Pifle commence à se faire une réputation. 

Quand l’homme sali réclame vengeance et le défie en duel au pistolet, malgré sa lâcheté, Pifle n’ose refuser, préférant la mort que la honte. Mais la chance lui sourit, son adversaire le rate, lui est figé par la peur et fait tomber son arme, mais il se ressaisit et explique la chose par son refus de tuer une personne. 

La célébrité tend alors les bras à Amédée Pifle, le plus grand charlatan du journalisme dont, pourtant, tout le monde s’arrache la présence.

Bref, vous l’aurez compris, on suit l’ascension d’un être à la fois orgueilleux et lâche, intelligent et gaffeur, chanceux et chapeauté...

Avec humour, René Pujol, qui se prénomme également Amédée, égratigne le monde du journalisme, les milieux intellectuels, le milieu sportif, le monde de la politique.

Avec humour, certes, mais sans que ce soit la grande poilade du siècle. Il égratigne ses contemporains, effectivement, mais sans leur faire grand mal. Malheureusement, l’auteur laisse ainsi sa plume naviguer entre deux eaux sans jamais plonger en profondeur. Pour un roman d’humour, il n’est pas assez drôle et pour un pamphlet, il n’est pas assez critique, polémique, agressif.

Au final, le lecteur dévore une petite bluette teintée de roman sentimental, sans déplaisir, mais sans, non plus, un enthousiasme démesuré.

Cependant, René Pujol conserve sa plume allègre et a le bon goût de ne point la diluer en proposant un très court roman. Tellement court que la fin en est à ce point abrupte que l’on peut se demander s’il ne manquerait pas quelques pages. Mais non.

Au final, un petit roman sympathique, mais qui ne marquera pas les esprits, surtout ceux, comme moi, qui ne voient que par le « polar ». Pour autant, la lecture demeure sympathique et rapide. À tester, donc.