CouvLMR4José Moselli est un auteur populaire trop méconnu que j’ai déjà évoqué dans ma critique sur « John Strobbins ».

Mais, José Moselli, ne s’est pas contenté d’écrire des séries ou des feuilletons, il a également écrit des romans-feuilletons tel celui qui fait l’objet de cette chronique : « La momie rouge ».

La momie rouge : Ralph Gorse est réputé pour être l’un des meilleurs policiers des États-Unis. Aussi, quand le superintendant de la police reçoit une lettre anonyme pour lui annoncer le vol, prochain, de la « Momie Rouge », l’unique momie trouvée sur le continent américain, c’est, tout naturellement, Ralph Gorse qu’il nomme à la surveillance de la relique. Mais, un matin, la « Momie Rouge » ainsi que la « Pierre de Lune », un joyau unique provenant d’un temple Maya, ont disparu et le célèbre policier et ses hommes sont retrouvés inanimés. Seul Ralph Gorse se relèvera de l’asphyxie mortelle dont les « gardiens de l’ordre » ont été victimes. Ridiculisé par son échec, meurtri par l’humiliation et le sentiment de porter la responsabilité de la mort de ses collègues, Ralph Gorse redouble d’efforts dans son enquête et celle-ci, débouche très rapidement sur l’arrestation de Robert Madison, un jeune architecte sans le sou, cocaïnomane, que tout désigne comme le coupable idéal. Si le fait que la fiancée du « voleur-meurtrier » clame l’innocence de celui-ci à corps et à cris ne saurait émouvoir le policier intègre et brutal qu’il est, la présence d’un personnage énigmatique va remettre en question ses certitudes, le conduisant à revoir son enquête, son jugement, ses principes et sa morale au point de risquer son poste et sa vie pour trouver le fin mot de l’histoire…

« La momie rouge » est un roman-feuilleton publié dans le magazine « Le Pêle-Mêle » de 1925 en 33 épisodes.

Robert Madison, un jeune architecte sans le sou, est accusé du meurtre des policiers chargés de la surveillance de la momie rouge, la seule et unique momie découverte en Amérique, et du vol de celle-ci, ainsi que de la pierre de lune.

Il faut dire que tout accuse le jeune homme. Il a été repéré, de nombreuses fois, dans le musée abritant la momie. Ralph Gorse, le policier chargé de l’affaire, découvre, au pied du sarcophage, une pilule pour le cœur appartenant à l’architecte. Ce dernier est cocaïnomane et est incapable de fournir un alibi pour la nuit du crime...

Pour autant, la fiancée de l’accusé est persuadée de l’innocence de son amoureux et cherche à en convaincre le policier. Mais c’est le frère de lait de Robert Madison, un Canadien au tempérament décalé, qui finit par faire naître le doute dans l’esprit de Ralph Gorse.

Dès lors, l’un fera tout pour innocenter son frère et l’autre pour faire jaillir la vérité.

José Moselli a été un grand voyageur dans sa jeunesse et cela lui a probablement servi à nourrir sa plume et à nous proposer des histoires mouvementées.

Mais José Moselli n’est pas qu’un écrivain d’aventures, c’est aussi un écrivain à l’imagination fertile, comme nous l’a démontré sa production dans le genre « fantastique ». Mais, surtout, José Moselli avait un talent sûr pour proposer des personnages intéressants et attachants en leur insufflant une légère particularité.

Dans le cadre de « La momie rouge », le personnage qui prend le pas sur les autres est incontestablement Jules Givassier, alias « La Givasse », le frère de lait de l’accusé.

Outre le fait d’être canadien, ce qui n’a rien ni d’original ni de décalé, l’homme est surtout reconnaissable par un nez mauve et par un passé particulier durant lequel il pratiqua de nombreux métiers : chercheur d’or, vendeur de bois, crieur de journaux, acrobate, cireur, garde-freins, acrobate... laissant, dans chaque profession, un peu de lui.

Mais, « La Givasse » est surtout le personnage qui, par son côté décalé, apporte une touche d’humour à un récit qui en est, à la base, dénué.

Car, rien de drôle dans la détresse d’un innocent condamné, de ce cocaïnomane dont l’addiction est source de tous les malheurs. Rien de joyeux, non plus, dans la tristesse de cette jeune fiancée qui se sent impuissante face à l’injustice qui frappe son amoureux. Pas plus d’humour dans le personnage de Ralph Gorse, un policier dur à cuir, obtus, imbu de sa personne, mais qui œuvre uniquement pour la recherche de la vérité.

Non ! Seul Givassier apporte cette touche d’humour qui assure une plus-value à l’œuvre.

Car, même sans cet humour, « La momie rouge » n’est pas dénuée de qualité, bien au contraire.

Alors que les auteurs de romans policiers, actuels, et leurs lecteurs ne prêchent que pour le « Page Turner », le fameux livre à suspens qui pousse le lecteur à tourner page après page pour connaître la suite de l’histoire, José Moselli, un siècle auparavant, nous livrait déjà l’un des exemples le plus parfait de ce genre particulier.

Effectivement, grâce à ce roman-feuilleton, et son découpage adapté à la publication dans un journal, l’auteur nous offre là un chapitrage millimétré qui met l’eau à la bouche du lecteur. Mais là où un roman impose au lecteur d’attendre la page suivante pour connaître la suite de l’histoire, José Moselli vous obligeait à patienter une semaine puisque le magazine concerné était un hebdomadaire.

Quand je pense à l’attente insupportable imposée par le fait de ne pas pouvoir tout lire d’un coup, d’être obligé d’attendre d’être rentré à la maison pour poursuivre ma lecture, alors que j’avais en ma possession l’intégrale du roman avant de commencer ma lecture, je n’ose imaginer ce que ce fût, à l’époque, pour les lecteurs, de patienter sur 32 semaines...

Car le rythme de « La momie rouge » est tout bonnement insoutenable. Chaque épisode se termine sur une situation inextricable. Le lecteur se demande alors comment les héros vont se sortir de cette situation et c’est avec une grande excitation qu’il se jette sur l’épisode suivant, jusqu’à la fin de celui-ci et sa nouvelle « situation » en suspens... cardiaque s’abstenir.

Comme vous l’imaginez bien après ce début de chronique, un mot résume clairement ma lecture : « Enthousiasmante ».

Effectivement, José Moselli parvient, en l’espace d’un roman, à nous proposer un aperçu de l’étendue de son talent. Policier, suspens, humour, aventures, personnages décalés, héros détestable, victime naïve, méchants très méchants, dangers... tout y est pour satisfaire le lecteur le plus exigent.

C’est bien simple, José Moselli, à travers ce roman, en démontrerait à tous les plus grands écrivains de genre « policier » actuels, tant en termes d’efficacité, qu’en termes de qualités. Et, en prime, José Moselli n’use d’aucun des artifices actuels censés dynamiser un roman à suspens ni dans sa narration ni dans sa plume. De plus, le lecteur n’est jamais en présence des personnages stéréotypés qui pullulent dans les « polars » actuels.

Non, l’auteur allie simplicité avec efficacité, car, ici, point de chapitres alternés pour insuffler un faux rythme à l’histoire, point de fils tirés dans tous les sens pour perdre le lecteur quitte à ne jamais pouvoir dénouer l’écheveau avant le terme, pas de révélations fracassantes finales à la limite du crédible pour expliquer l’inexplicable... José Moselli fait simple et, pourtant, José Moselli subjugue le lecteur, l’hypnotise, le conquit, depuis les premières lignes jusqu’à, quasiment, la dernière.

Il faut dire qu’il est bien aidé par l’opposition qu’il établit entre les deux personnages principaux. D’un côté, Ralph Gorse, flic intègre, défenseur de la justice, un brin mégalo, qui accepte difficilement d’avoir tort, mais qui finit toujours par faire prévaloir la vérité face à sa réputation. De l’autre, Jules Givassier, frère de lait de l’accusé, qui se bat par amitié fraternelle, prêt à risquer à bafouer la loi et à risquer sa vie pour sauver celle de l’architecte, qui a un physique particulier, une vie cahotique, et un humour à toute épreuve.

C’est le grand paradoxe qui réside entre ces deux héros, grand écart qui a fait, par la suite, le succès de bien des « Buddy movies », ces films où deux personnages que tout oppose finissent par s’associer et devenir amis (Bud Spencer et Terence Hill, Depardieu et Pierre Richard dans « La Chêvre », Mel Gibson et Danny Glover dans « L’arme fatale »...). C’est dire si José Moselli était en avance sur son temps sur bien des domaines.

Sauf que, si les deux hommes s’associent, l’un pour sauver Robert Madison, l’autre pour trouver le vrai coupable (quitte à ne pas réussir à sauver l’architecte), et si un respect mutuel s’installe entre les deux, l’amitié, elle, n’est jamais réellement présente, chacun demeurant à sa place, ce qui rend le récit encore plus intéressant.

Au final, José Moselli nous offre là un roman assez exceptionnel de par son rythme et son découpage, ne négligeant jamais de proposer de l’aventure au lecteur et de lui offrir des personnages touchants dont Jules Givassier émerge grandement.

Et dire que ce roman, jusque là, n’avait jamais été réédité. Mais que font les éditeurs ??? Les autres, je ne sais pas, mais OXYMORON Éditions, lui, a décidé de rééditer ce roman qui le méritait amplement...