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Gabriel Bernard (1885-1934) est un des auteurs très prolifiques de la littérature populaire.

Si l’auteur a écrit de nombreux romans, il est principalement connu pour une série de romans d’espionnage (Les drames de l’espionnage), éditée, tout d’abord, sous le pseudonyme Pierre de Chantenay, aux éditions Offenstadt, avant d’être rééditée aux éditions Tallandier.

Cette série met en scène l’inspecteur Tony, qui deviendra, par la suite, commissaire, et qui œuvre dans le contre-espionnage. (cette information est importante pour la suite de la chronique).

Mais Gabriel Bernard est également connu pour un roman, ou, du moins, devrait l’être : Les cinq détectives.

Les cinq détectivesLa fille d’un riche industriel américain disparaît mystérieusement à Paris, juste après son mariage d’avec un baron français dont elle est terriblement amoureuse. Le père de la mariée pense d’abord à une facétie de son enfant, mais, les heures passant, l’inquiétude grandit, d’autant que la police française piétine et ne trouve aucune piste ni explication à cette « fugue ». Après des mois sans nouvelles, le père, abattu, décide de lancer une compétition entre détectives pour espérer retrouver la chair de sa chair. Ce sont alors cinq détectives qui sont sélectionnés. Quatre d’entre eux se révèlent être les élèves de maîtres de l’investigation : Sherlock Holmes, l’inspecteur Lecoq, Nick Carter et l’inspecteur Tony. Le quintet est complété par un sympathique bonhomme replet à la gouaille toute provençale…

Gabriel Bernard s’appuie sur le mode du pastiche à la mode à son époque où les pâles copies et les avatars de Sherlock Holmes pullulent dans tous les pays suite au succès des aventures du détective développé par Sir Arthur Conan Doyle.

Mais Gabriel Bernard, plutôt que de proposer un clone de Sherlock Holmes, a l’idée de confronter des copies des plus grands détectives de la littérature de l’époque.

Parce que la fille d’un riche industriel américain a été enlevée, son père, devant l’incapacité de la police à la retrouver, décide de lancer une compétition entre détectives. Parmi les candidats, il en sélectionne cinq. Chacun, ou presque, se révèle être l’élève d’un célèbre détective. Sherlock Holmes, Nick Carter, l’inspecteur Lecoq, l’inspecteur Tony.

Car on apprend, dans le roman, que les héros de la littérature policière sont, en fait des vraies personnes. Ainsi, Sherlock Holmes est un être de chair et d’os, tout comme l’inspecteur Lecoq, dont Émile Gaboriau a conté les enquêtes, ainsi que le célèbre détective américain Nick Carter et, l’inspecteur Tony développé par Gabriel Bernard lui-même.

C’est donc à un exercice de style particulier auquel se confronte Gabriel Bernard. Un exercice de style excitant, mais que l’auteur ne remplit pas totalement, se contentant de nous livrer les résultats des enquêtes là où il aurait été plus intéressant qu’il nous propose les différentes enquêtes des différents protagonistes menées avec le style particulier de chacun.

Gabriel Bernard prend son temps pour poser son décor de départ, cette disparition soudaine, mystérieuse et inexpliquée. Il nous expose les personnages principaux, leurs liens, afin de plonger le lecteur dans l’étrangeté de cette « fugue ».

Si l’exposition liminaire est un peu longue, si elle n’est pas hyper prenante, l’intérêt croît avec l’arrivée des différents détectives. La rencontre de chacun avec le père est prétexte à nous esquisser chaque personnage et nous montrer à quels points ils sont différents, et dans leur allure, dans leur comportement que dans leur façon d’appréhender la tâche à laquelle ils sont dévoués.

Alors, chacun se lancer dans leur quête et finit par arriver au résultat, seul problème, chacun passe par un chemin différent, aboutit dans un lieu différent et appréhende une jeune femme différente...

Qui aura raison, qui aura tort, là devrait être le problème si l’on n’imaginait pas, dès le début, que l’auteur allait donner l’avantage à son propre personnage.

Mais, aura-t-il fait ce choix évident ? Seul le lecteur qui ira au bout du roman le saura.

Au final, un bon petit roman qui se dévore avec plaisir et qui s’appuie sur un point de départ très intéressant, même si l’auteur évite l’écueil en le contournant plutôt qu’en le surmontant.