Double-meurtre-a-Rouen

Il est des livres, comme ça, dont on n’attend rien et par lesquels on ne peut, du coup, être déçu. C’est un peu l’histoire de ma rencontre avec « Double meurtre à Rouen » de Patrick Morel.

Patrick Morel, je ne connaissais pas et « Double meurtre à Rouen » ne m’évoquait rien, si ce n’est qu’il devait parler de deux meurtres qui se déroulaient sur Rouen ou ses alentours.

Banjo ! (comme dirait Bullit, ou Ripper, je les confonds toujours), le roman s’axe bien autour de deux meurtres et se déroule dans les alentours de Rouen.

Mais, blague mise à part, ce roman est une rencontre du hasard et de la fainéantise.

Je suis assez fainéant et, dans mon cas, le mot « assez » est un doux euphémisme, comme dirait l’autre (mais, ne me demandez pas qui, j’ai oublié son nom, c’est dire si le type m’a marqué et, là encore, c’est un doux euphémisme, comme dirait le voisin de l’autre). Donc, comme vous l’avez compris, je suis économe de mes gestes (mais pas de mes pensées, puisqu’il m’arrive très souvent de penser sans bouger, alors que je bouge rarement sans penser, du moins, pensai-je à éviter de bouger tant que faire ce peut).

Si j’arrive à m’arrêter de m’interrompre avec des pensées inertes, je pourrais reprendre le fil de ma pensée et vous expliquer en quoi, le fait que je sois fainéant est pour beaucoup dans ma rencontre avec le roman « Double meurtre à Rouen », parce que, c’est tout d’abord une chronique sur un livre que je tente d’écrire et non une pastille humoristique ou une chronique de la vie quotidienne.

Moi = fainéant, donc, pour faire concis et tenter de rattraper le temps fou que je perds à soliloquer comme un loufoque. Et, comme je suis flemmard (vous ai-je déjà dit que j’étais fainéant), il m’arrive, parfois, quand je n’ai plus rien à lire, d’avoir la flemme de chercher quel ouvrage je vais dévorer. Oui, car, sinon, d’habitude (quand je ne suis pas fainéant, mais, comme la fainéantise, chez moi, est une constante, elle devrait être considérée comme une habitude, mais, pour trouver ma prochaine lecture je me fais violence et, la plupart du temps, je cherche, je creuse, je fouille, je farfouille et c’est dire si cela me prend du temps et de l’énergie). C’est bon ? Ai-je fini de m’interrompre avec mes considérations sidérantes ? Car, ce n’est pas tout ça, mais ma chronique m’attend !

Je cherche, donc, je fouille, je farfouille, des critiques, des chroniques, des articles, sur des romans policiers, afin de déterminer celui qui passera quelques heures entre mes mains.

Mais bon, là, j’avais chassé le naturel, mais il était revenu en métro (le galop n’étant pas assez rapide et parce qu’il faut bien vivre avec son temps).

Comme je redevenais naturel, la chasse, pas celle du naturel, mais celle du livre à dévorer, car, comme tout papivore, il faut trouver la proie pour que je dévore (même si je lis beaucoup sur liseuse, mais il n’existe pas vraiment de mot pour définir ceux qui dévore des romans sur ce média), la chasse, donc, me fatiguait. Et qu’il y a-t-il de plus éreintant, pour un fainéant, qu’un acte fatiguant ? 

Mais là ! Pouf ! Pas envie. Oublié Babelio et ses millions de critiques, les listes des meilleurs romans policiers (que je trouve bien souvent mauvais), celle des meilleures ventes de polars (dont je trouve encore plus mauvais les livres qui la compose), et toutes les listes possibles et imaginables, car, lire une liste, ça me fatigue.

Aussi, du coup, j’ai décidé de faire de ma faiblesse une force et de ma fainéantise une occasion de découvrir, par hasard, sans préméditation, un roman policier et mon choix s’est posé sur...

... Bah ! sur « Double meurtre à Rouen », puisque c’est l’objet de cette chronique même si mes divagations pourraient donner du vague à l’âme à tout amateur de romans policiers.

Hé bien, je peux vous dire que, parfois, il est bon d’être fainéant.

Car, oui, autant le dire tout de suite, j’ai apprécié cette découverte bien plus que de nombreux romans policiers plus réputés qui me sont tombés des mains faute à un manque de style, à des personnages creux et à une intrigue tarabiscotée.

En effet, Patrick Morel fait l’effort, contrairement à nombre de ses confrères, de nous proposer, d’entrée de jeu, un personnage qui se démarque, bien qu’il ne soit pas le héros du livre, un style qui, sans être d’une originalité folle, propose tout de même une certaine fraîcheur par rapport à ses contemporains plus huppés, et une intrigue qui, sans rivaliser avec les plus grands livres à suspens, tient relativement bien la route.

En clair, si aucun des points du roman n’excelle par sa grandeur et son originalité, chaque ingrédient est suffisamment épicé pour éviter que le mélange ne devienne, au mieux, insipide, au pire, indigeste.

Car, si je reproche, bien souvent, l’utilisation d’un flic dépressif, cabossé par la vie, Patrick Morel n’a pas écouté mes doléances, mais, pour autant, bien que son personnage de flic, Lucien Povert, ait certaines caractéristiques que je dénonce, il n’en demeure pas moins un personnage fort et intéressant. Surtout qu’il est secondé par un policier à son opposé et qu’un troisième flic, aux antipodes des deux autres, va participer à l’enquête.

Pire... ou mieux... je ne saurais dire, même la petite stagiaire qui se veut un contre-pied d’un personnage usuel tout en en devenant un autre (oui, c’est compliqué, mais... la vie est compliquée) et qui m’a excédé au possible (c’est bien simple, j’avais envie d’être dans le roman pour lui foutre une tarte dans la gueule) de par cette réaction épidermique qu’elle m’a provoquée, renforce l’intérêt du livre (oui, car, d’un côté tu t’attaches à un personnage, de l’autre tu en détestes un autre qui n’est pas le méchant et te voilà pris entre deux feux, du coup, c’est plutôt bien joué.).

C’est donc avec un plaisir non dissimulé que j’ai suivi cette double enquête, ces trois ou quatre flics (oui, parce qu’ils sont deux, puis trois, puis trois et demi, puis quatre et demi, puis trois et demi... il faut avoir lu le livre pour comprendre) dont certaines particularités sont à peine énoncées alors que d’autres sont étalées...

Une certaine gouaille émaille ce roman, notamment grâce, dès le début, au personnage de Ruben, mais aussi une certaine patte qui offre une plus-value au roman. 

Là où certains romanciers à succès mettent le curseur sur « Medium » au niveau des personnages, de la narration et de la plume, pour le pousser au maximum sur une intrigue tarabiscotée, Patrick Morel a le bon goût d’élever chaque ingrédient à un niveau supérieur à la moyenne sans, pour autant, sombrer dans des excès et c’est de cet équilibre déséquilibré que se nourrit le plaisir de lecture.

Bref, inutile dans dire plus, j’en ai déjà trop dit.

Au final, une bonne surprise, un bon roman qui, sans se hisser à des hauteurs stratosphériques, apporte un bon moment de lecture et c’est avant tout ce que l’on demande à un bon bouquin, non ?