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Jean-Bernard Pouy est un génie, un génie qui n’écrit pas que des choses géniales. Je ne vais pas redire ce que j’ai déjà dit dans d’autres chroniques sur d’autres livres de J.B.P., contentez-vous alors de cet aphorisme ou bien, plongez-vous, si vous n’avez rien d’autre à faire, dans mes autres critiques des romans de l’auteur.

Passons sur le postulat que J.B. Pouy est un génie et intéressons-nous à son roman :

Larchmütz 5632Benno et Adrien sont deux anciens combattants révolutionnaires, en sommeil depuis vingt-cinq ans. Lorsque l’Organisation les réactive, ils quittent à contrecœur leur ferme de Bretagne et abandonnent Momone sans savoir qu’elle est la seule vache télépathe au monde. Ils rejoignent Paris par des chemins détournés pour se lancer dans un nouveau combat : « redonner un sens à l’Histoire en organisant un contre-pouvoir moral doté d’une justice armée ». Mais les temps ont changé, et lorsqu’on leur demande de se transformer en tueurs internationaux, ils abandonnent la sacro-sainte discipline pour tenter de savoir qui les manipule. 

L’avantage de J.B. Pouy, outre le fait qu’il soit un génie (oui, je me répète, mais j’ai bien l’espoir qu’à force de crier sur les toits que J.B. Pouy est un génie, celui-ci, un jour, découvre toute l’admiration que je lui porte et qu’il cherche à me rencontrer afin de discuter de littérature générale, cinéma, littérature populaire, musique... et du métier d’écrivain) c’est que, quel que soit le roman qu’il nous propose, le lecteur trouvera toujours de quoi se délecter. Parfois, c’est l’idée de départ (« Pierre de Gondole »), ou le projet (« Le poulpe »), d’autres fois le style (la plupart des romans), l’histoire et, quasiment à chaque fois, ce sont les personnages.

Car, la grande force de J.B. Pouy, c’est de nous proposer des personnages attachants, souvent touchants et qui se démarquent de la production habituelle.

Ici encore, l’auteur nous propose un duo (trio, avec Momone la vache), assez particulier. Certes, Pouy nous a habitués à ses personnages contestataires et anarchistes, c’est même une constante, chez lui, quasi une obsession. Bien sûr, les personnages sur le retour sont assez nombreux dans le vestiaire de Pouy. Aussi, rien d’étonnant de retrouver ces deux caractéristiques dans « Larchmütz 5632 ». Pour autant, si les personnages sont typiquement pouyesques, ils n’en demeurent pas moins atypiques et attachants.

Atypiques, car, Adrien et Benno sont des « agents dormants » en plein sommeil, dans la campagne bretonne, qui, depuis 25 ans, attendent qu’on les réveille tout en profitant de la vie.

Quand le jour est venu, le réveil est à la fois salvateur, régénérateur, mais également source de craintes, de doutes et de regrets...

Car, s’ils sont heureux de se réveiller, leur sommeil était peuplé d’un rêve plutôt agréable.

25 ans plus tard, ils se sentent un peu comme des dinosaures dans un magasin de haute technologie. Plus vraiment à leur place, ils agissent avec la fougue et la volonté d’enfants engagés dans un jeu de rôle. Mais ces rôles-ci risquent bien d’être leurs derniers.

Pour autant, petit à petit, les deux retrouvent leurs marques et se prennent au jeu sans que leur passé « dormant » et la vache Momone leur manquent.

Mais les choses ne vont pas se passer comme ils le voudraient.

« Larchmütz 5632 » est un petit roman dans la pure veine de ceux que J.B. Pouy nous propose régulièrement, avec des personnages et un style qui ne dénotent pas des habitudes de l’auteur.

On pourra noter la narration à deux voix, un narrateur omniscient pour conter les mésaventures du duo et la vache Momone qui permet d’avoir un avis distancié sur l’ensemble.

Au final, « Larchmütz 5632 » est un petit roman sympathique proposant deux personnages attachants. Le tout se lit sans déplaisir sans, pour autant, flirter avec l’exceptionnel. La fin est à la fois abrupte et surprenante. Un livre à réserver aux fans de Pouy ? Peut-être, mais pas sûr !