CouvMT3

Paul Max est l’auteur de la série « Billy Mac Tiddle », un détective écossais surnommé, « Le Roi de la chaussette », car il est, à la base, vendeur de chaussettes.

« L’assassinat du torero » est la troisième enquête du jeune homme, après celle du roman « Début dans la police » et celle de « Le meurtre d’Hilldrop Crescent ».

À l’origine, « L’assassinat du torero » a été publié dans la collection « Le Jury » créée par Stanislas-André Steeman dont j’ai déjà parlé.

Pour information, ce court roman sera remanié quelques années plus tard pour le développer et en faire un roman de taille plus classique afin de le publier à part. Malheureusement, cette édition sera posthume, l’auteur ayant eu la mauvaise idée de mourir entre temps.

L’assassinat du torero : Billy Mac Tiddle, le célèbre « Roi de la Chaussette », détective à ses heures, part en vacances à Mexico. En rentrant à son hôtel, après avoir acheté une place pour la prochaine corrida, il entend des éclats de voix provenant de la chambre voisine de la sienne. Il distingue clairement la phrase : « Le torero mourra ». Mais ladite chambre est vide et personne n’y loge, selon le garçon d’étage. Lors de l’évènement tauromachique, un spectateur interpelle un torero vedette jusque-là apathique. Face à cette exhortation, Curro Goyen, la star de l’arène, tente une manœuvre risquée et est encorné par le taureau. Il décédera des suites de ses blessures. Alors que pour tous, il ne s’agit que d’un terrible accident, l’instinct du détective écossais devine un assassinat machiavélique et se fait fort de rendre justice. Mais le monde de la tauromachie est hermétique et certains ne voient pas d’un bon œil les investigations de cet étranger au milieu et au pays…

Cette troisième enquête de Billy Mac Tiddle se déroule au Mexique. Durant ses vacances, le jeune homme surprend une conversation entre un homme et une femme et comprend une phrase : « Le torero mourra ».

Assistant à une corrida quelques heures plus tard, il assiste à une scène étrange, un homme qui interpelle violemment le torero, l’exhortant à tenter une manœuvre dangereuse... le torero ne recule pas devant le défi... et il meurt embroché.

Le sixième sens de Billy Mac Tiddle lui indique que tout a été mis en place pour pousser le torero à prendre le risque qui lui a été fatal. Il ne s’agit donc plus d’un accident, mais d’un meurtre...

Je suis anti-corrida, mais, étant pro Mac Tiddle, j’ai suivi avec un grand intérêt son enquête, bien que celle-ci soit quasiment dénuée de l’humour habituel que l’auteur insufflait dans les aventures de son personnage.

Mais, outre la qualité de narration et bien que le sujet n’aurait pas dû m’intéresser outre mesure, j’ai pourtant été captivé.

Captivé, car une chose m’a grandement surpris : la grande proximité entre l’histoire du torero du roman, Curo Goyen et celle de la fin de la véritable star des arènes : 

Manuel Laureano Rodriguez Sanchez, alias Manolete, est né le 4 juillet 1917 à Cordoue en Espagne. Je ne vais pas faire une hagiographie de l’homme, sa vie ne m’intéressant pas. Aussi, j’en viens directement ou presque à sa mort.

Pour m’en faire une idée, j’ai lu un article de Libération :

Dans les derniers mois de sa vie, Manolete n’était plus que l’ombre de lui-même. Les femmes, l’alcool, la drogue, l’injection de fortifiants l’ont lentement détruit. Depuis plusieurs mois, il n’est plus le grand Manolete. Le public devient hostile à son égard. Les sifflets fusent lors de ses prestations.

Le 28 août 1947, il doit toreer à Linares, en Espagne. Le 16 juillet, lors d’une prestation précédente, un spectateur l’insulte. Manolete se retourne et prend un coup de corne au mollet. Le 4 août, son incapacité à se concentrer le fait déjà passer proche de la catastrophe, non pas grâce à ses réflexes, mais juste parce que le taureau, au dernier moment, tourna la tête. Un journaliste dira que Manolete était mort, ce jour-là, tel un suicidaire.

Le 28 août 1947, Manolete tente une manœuvre risquée, trop risquée, et se fait embrocher à l’aine en même temps qu’il plante son épée dans le taureau... Manolete mourra quelques heures plus tard...

Ces coïncidences pourraient être surprenantes, le roman de Paul Max ayant été écrit en 1941, la version augmentée ayant été publiée en 1945, soit deux ans avant la mort de Manolete.

Pourtant, les coïncidences n’en sont pas quand l’on sait que ce qui s’est produit en 1947 est le lot des toreros. À tel point que si l’on recule dans le temps de plus de 100 ans, en 1820, on peut retrouver les traces d’un torero nommé Curro Guillen. Le 21 mai 1820, alors que Curro Guillen (le torero du roman s’appelle Curro Goyen) s’apprête à l’estocade, un certain Manfredi (comme dans le roman), interpelle le torero puis, avant d’être évacué, lui demande s’il va oser « recevoir » le taureau (comme dans le roman). Pris au vif, le torero rata sa manœuvre et fut encorné à la cuisse (comme dans le roman). Le rival de Curro Goyen, Juan Léon (comme dans le roman), se précipita à son secours et fut encorné à son tour, le taureau ayant un torero sur chaque corne (comme dans le roman). Curro Guillen mourut quelques heures plus tard (comme dans le roman) et Juan Léon ne fut que légèrement blessé (comme dans le roman)...

Bref, vous aurez bien compris que Paul Max s’est très largement inspiré de la mort de Curro Guillen pour écrire son histoire. Ce devait être un fan de tauromachie.

Mais revenons-en au roman. Si celui-ci est moins drôle que les autres de la série, il n’en est pas moins rondement mené.

On suit avec bonheur l’enquête de Mac Tiddle, une enquête jalonnée d’indices. L’auteur parsème également son texte de moments didactiques expliquant certains termes et certaines pratiques de la tauromachie et, même si ce milieu ne plaît pas au lecteur, cela ne retire rien au plaisir de lecture.

Comme à son habitude, l’enquêteur suit son sixième sens et avance aussi bien grâce à son flair qu’à sa propension à être toujours au bon endroit et au bon moment.

Bien sûr, il manque ici la saveur des dialogues des deux précédents romans (même si la présence du gardien de l’hôtel apporte un brin de fantaisie), mais, vu la courte taille du roman et la volonté de l’auteur de se concentrer sur le milieu tauromachique, il faut bien avouer qu’il y avait moins de possibilités de mettre en place l’ambiance usuelle aux enquêtes de son personnage (peut-être est-ce le cas dans la version remaniée titrée : « Mexico » ? Je ne sais pas !).

Au final, une lecture agréable, bien que le sujet central me déplaise, grâce au plaisir de retrouver le personnage de Billy Mac Tiddle et au style de l’auteur. Le sentiment est probablement encore amplifié par le parallèle que l’on peut faire entre l’histoire et l’Histoire.