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Rodolphe Bringer est un auteur à redécouvrir, notamment, à travers son personnage récurrent du Commissaire Emmanuel Rosic.

OXYMORON Éditions nous permet ce plaisir de lecture en regroupant au sein d’une collection éponyme les 13 enquêtes du policier qui, jusqu’ici, étaient éparpillées sur 30 ans et plusieurs éditeurs.

« Kérapian le justicier » est le huitième titre de cette collection hétéroclite qu’il est urgent de redécouvrir. Effectivement, là où les personnages récurrents sont désormais immuables (ils ne vieillissent pas, ne changent pas, n’évoluent pas), Emmanuel Rosic fait figure d’exception.

Hétéroclite, donc, à tous les sens du terme puisque c’est un des rares personnages récurrents de la littérature à avoir évolué dans le style, dans sa présence au sein de l’histoire, dans sa figure de personnage principal, de héros, mais également dans la taille de ses aventures puisque ses enquêtes vont du fascicule de 32 pages jusqu’à une taille de petit roman (40 000 mots environ).

L’intérêt premier de la série, comme je l’ai déjà dit sur d’autres chroniques sur cette collection, c’est d’être confronté à un personnage dont on ne sait à l’avance le rôle qu’il va jouer. Maigret sera là dès le début de l’enquête, et sera celui qui la résoudra. Idem de Sherlock Kolmes et de ses autres confrères plus ou moins contemporains. Mais ceci est bien moins certain avec Rosic puisque, plus d’une fois, il sera devancé par Jacques Vix, un ancien professeur, qui lui volera la vedette tant dans l’histoire que dans la résolution de l’enquête. Et, même dans des enquêtes où Vix n’apparaît pas, le lecteur n’est pas sûr de voir Rosic sous son meilleur jour.

Dans l’enquête de « Kérapian le justicier », le commissaire Rosic est le seul et l’unique enquêteur (Jacques Vix n’a pas fait le voyage).

Kérapian le justicier : Rocheplate, petite bourgade de quatre mille âmes, voit son calme usuel perturbé. La même nuit, le magasin d’horlogerie locale est fracturé et, fait étrange, seul un vieux réveil appartenant à M. Louvier est porté manquant. Ce fait, à lui seul, n’aurait pas justifié le déplacement des gendarmes, du Parquet et du célèbre Commissaire Rosic. Mais la découverte d’un corps sans vie, étranglé dans sa chambre change la donne, surtout que le mort n’est autre que M. Louvier… 

Un mort, un vol, la même nuit, dans un petit bourg, voilà qui est une drôle de coïncidence. Mais quand le seul objet volé d’un côté de la ville appartient à la personne tuée à l’autre bout, le lecteur, bien avant la police, comprendra que les deux évènements sont liés et il n’aura pas tort, comme quoi le lecteur est perspicace.

Le commissaire Rosic a des excuses, il débarque pour le meurtre, ignorant le vol puisque l’horloger n’a pas voulu porter plainte vu la faible valeur de l’objet volé.

Un homme est retrouvé étranglé au pied de son lit. Le défunt n’avait pourtant aucun ennemi, il était apprécié de tous et aucun objet de valeur, ni son argent, n’ont été dérobé. Le meurtre semble avoir pour motivation la vengeance, mais la vengeance de qui ???

Rodolphe Bringer fait voyager le lecteur dans sa si chère vallée du Tricastin, dans laquelle il nous amène souvent et, plus précisément, à Rocheplate (qui doit être un village imaginaire).

Dans ce village, cinq personnes se démarquent :

  • M. Louvier, le mort, une personne qui vivait de ses rentes et qui ne faisait pas de vagues ;
  • Éloi Massane, son neveu, musicien, dont Louvier est le seul parent ;
  • M. Boniface, un vieil homme qui a fait fortune à l’étranger et qui a débarqué récemment avec sa nièce ;
  • Le Vicomte de la Brulade, un homme issu d’une famille de la région, mais qui a bourlingué à travers le monde avant de rentrer au bercail ;
  • Bouillargue, un homme étrange qui semble s’être lié avec le vicomte.

Rodolphe Bringer va alors utiliser un procédé souvent choisi dans les films où les séries actuelles, user de « retour en arrière » pour mieux cerner la vie des différents protagonistes, faire avancer l’histoire et permettre au lecteur de mieux appréhender les évènements.

Ainsi, l’enquête sera minimaliste et le rôle de Rosic secondaire puisque les tenants et les aboutissants du crime seront racontés par un des protagonistes.

L’auteur trempe sa plume dans les genres à la mode à l’époque. De l’aventure, des sentiments, de l’exotisme à travers des contrées coloniales, le côté policier étant remisé au second plan.

Rodolphe Bringer s’attache à proposer des personnages hauts en couleur, notamment avec Kérapian, dont la vengeance est au cœur de l’histoire.

Difficile d’en dire plus sans en dire trop, aussi, je préfère laisser les lecteurs se faire leur propre avis sur le roman.

Au final, bien que l’aspect policier du roman soit assez estompé, la lecture de ce roman est agréable et, pour peu que l’on soit un peu fleur bleue, le final peut donner le sourire ou faire couler une petite larme.