CouvLE

En tant que passionné de la littérature populaire policière, j’ai une petite (moyenne... grande) liste d’auteurs que je veux découvrir. 

Dans cette liste, il y a ceux que j’ai déjà découverts, ceux dont je possède plusieurs livres qu’il me faut encore lire et ceux dont je cherche encore des ouvrages.

Dans la deuxième catégorie, un auteur, en particulier, est présent à de nombreuses reprises dans les tas d’ouvrages en attente : Henry de Golen.

Henry de Golen, dont le vrai nom serait Henry Commenge (1882-1994), est un auteur de romans dramatiques, sentimentaux, policiers et d’une étude récemment rééditée sur les scandales médicaux.

Comme toujours, chez moi, l’auteur ne m’intéresse qu’à travers sa production policière et elle est bien étoffée.

À travers la dizaine de titres que je possède, on peut déjà noter que revient souvent, dans les titres, les mots (et leurs dérivés) « peur », « folie », « épouvante »... ce qui semble laisser penser que l’auteur avait une obsession pour ce genre de sujet.

Et cela tombe bien puisque, le titre qui nous intéresse aujourd’hui est :

Épouvante : L’inspecteur Trégonenc est chargé de la sécurité du Roi de Silicie, en visite à Paris. Des anarchistes ont juré la mort du monarque et, ces derniers temps, la Sûreté a été prévenue que des individus dangereux ont pénétré le territoire. La jeune fille du policier, appuyée par sa mère, insiste pour assister au défilé du cortège royal. Refusant tout d’abord de répondre au désir de sa tendre enfant, rassuré par le fait que l’évènement ait lieu en plein jour (des terroristes attendraient d’être couverts par l’obscurité pour agir, selon sa femme), il finit par accepter. Mais, une bombe est lancée au passage du Roi et la douce gamine et sa maman font partie des victimes déchiquetées par l’explosion. Alors que la police a fouillé en vain le bâtiment d’où a été lancé l’engin explosif, l’inspecteur débarque sur place et tombe sur l’assassin de ses bien-aimées…

Épouvante ! le mot est lancé et on constatera que ce n’est pas à la légère, puisque la peur et la folie sont au centre de cette histoire.

Un policier est chargé de la protection d’un Roi en visite en France. Sa femme adorée et sa fille chérie assistent au défilé lorsqu’une bombe est jetée de la fenêtre d’un bâtiment. C’est l’horreur. Le policier accourt pour découvrir le corps sans tête de sa femme tenant encore la main de celui, en charpie, de sa fillette.

Fou de douleur, il veut retrouver l’horrible terroriste, mais le temps qu’il a perdu à chercher les siens lui fait arriver dans le bâtiment alors qu’il a déjà été fouillé par les forces de l’ordre. Dépité, ne sachant plus quoi faire, il entend un bruit venant du bas. Il attend et aperçoit le terroriste qui tente de filer en douce. Un bruit, ce dernier se retourne, le braque avec son revolver. Que faire ? Mourir ! Se jeter sur l’homme ! Sa rage et son sang-froid vont lui faire choisir une autre solution, se faire passer pour un sympathisant qui veut l’aider à quitter les lieux. Sa fonction de policier est un atout pour cela. 

Ayant, maintenant, la confiance de l’homme qui a lâchement assassiné sa femme et sa fille, l’inspecteur va pouvoir réfléchir à sa vengeance...

Autant le dire tout de suite, j’attendais beaucoup des textes de de Golen... allez savoir pourquoi ? Généralement parce que j’ai le nez creux et que, lorsqu’un nom, d’auteur, ou de personnage, m’intrigue, j’apprécie toujours de les découvrir (ce fût le cas avec Toto Fouinard, Marius Pégomas, Odilon Quentin, M. Dupont).

Pourtant, à la lecture des premières lignes, je commençais à douter de mon pif. Mon blair semblait être tombé en rade, la faute à une écriture très désuète, à la limite de « gnangnan ».

Comme, le roman est assez court, plutôt que de l’abandonner en cours de route comme je l’aurais fait avec un roman un peu plus épais, je poursuivais ma lecture. Grand bien m’a pris. Non seulement, parce que la suite était prenante et enlevée, mais, plus encore, parce que le côté désuet du premier chapitre était justifié et amplifiait l’effet des chapitres suivants.

Effectivement, ce côté mièvre d’un homme heureux qui aime sa femme et sa fille à la folie et qui le lui rendent bien, explique le comportement de l’homme par la suite. Plus encore, alors qu’il sait que le Roi court un danger, il finit par céder à ses bien-aimées, qui demandent à accéder au défilé, par amour pour elles, car il ne peut rien leur refuser.

Mais ce sera le drame que l’on devine et que l’auteur n’édulcore en rien, ce qui offre un contraste évident et brutal entre la mièvrerie de la scène précédente et la crudité, la cruauté, la violence, l’horreur, de la suivante.

Car Henry de Golen ne se contente pas, par besoin de concision et pour éviter de choquer le lecteur, que les deux personnes sont mortes dans l’explosion, il présente la scène dans toute sa barbarie. Là encore, le choix est justifié pour faire monter la folie dans la tête du policier qui, au lieu de se contenter de tuer immédiatement le terroriste, ou de le faire arrêter, va d’abord se faire passer pour un ami pour pouvoir avoir une emprise totale sur lui.

Si Henry de Golen alterne les sentiments, comme je viens de le démontrer, il adapte également sa plume à son sujet. Alors qu’une écriture assez « classique » et « fade » développait le chapitre introductif, par la suite, l’auteur n’hésite pas à rythmer, à saccader, certains paragraphes afin de coller aux sentiments qu’il met en place. Ce changement de rythme s’accompagne, parfois, d’un changement de temps, délaissant le passé pour sauter au présent, afin d’impliquer un peu plus le lecteur.

Et, en matière d’implication, le lecteur est servi. Effectivement, comment ne pas se mettre dans la peau de ce père de famille qui, par faiblesse et par amour, n’ayant pu refuser à sa femme et à sa fille d’assister au défilé, alors qu’il connaissait le danger possible, a perdu tout ce qui en faisait un être humain ? Comment ne pas se demander, en cours de lecture, qu’elle aurait été notre réaction dans un tel cas ? Comment ne pas louer le sang-froid du policier en se demandant comment il peut se retenir de se jeter sur le lâche qui a tué les siens ? Comment cet homme qui a tout perdu peut-il simuler l’affection qu’il porte au terroriste ?

Il faut avouer que la conjoncture actuelle résonne avec cette histoire d’antan. Les terroristes n’étaient pas les mêmes, les armes, non plus, pas plus que les motivations, mais les résultats et l’horreur n’ont pas changé.

Que ferait-on, dans un tel cas, sachant que le cas n’est pas si improbable (du moins, celui de la perte d’un proche dans un attentat... moins celui de pouvoir avoir une telle emprise sur le responsable) ?

Et Henry de Golen, malgré la concision du récit (12 000 mots), parvient à faire passer le lecteur et ses personnages, par toute une panoplie de sentiments. Le bonheur pour le policier et la mièvrerie pour le lecteur. L’horreur pour les deux. La crainte, puis la confiance, pour le terroriste. La folie... pour les deux protagonistes. Des folies différentes, aux antipodes l’une de l’autre, mais des folies qui ne trouvent leurs finalités que dans la barbarie...

Sans dévoiler la fin que je vous laisse découvrir pour peu que vous vous laissiez tenter par cette histoire, je me contenterais de dire que l’auteur fait monter la pression jusqu’au bout...

Au final, il est rare qu’un auteur parvienne à faire passer le lecteur par autant de sentiments en si peu de mots, mais c’est le tour de force que parvient à faire Henry de Golen avec ce sujet qui colle d’une façon « épouvantable » avec notre actualité...