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« M. Dupont détective » est une série policière développée par José Moselli et publiée dans le magazine le « Cri-Cri » entre 1935 et 1937.

Le « Cri-Cri » était un magazine de bandes dessinées pour enfants paru entre 1911 et 1937 aux éditions Offenstadt, la maison d’édition par excellence de José Moselli.

José Moselli, j’en ai déjà parlé dans ma chronique sur « John Strobbins », une série policière déjà publiée dans un magazine de bandes dessinées pour enfants, l’« Épatant ». Mais là où la série « John Strobbins » était diffusée sous forme de texte pur, la série « M. Dupont détective », elle, est diffusée sous forme de « texte sous images ». En clair, les lecteurs avaient le droit à une bande de dessins illustrant la bande de texte en dessous, sur une pleine page plus une demi-page par magazine.

La plupart des séries policières (et des autres) de José Moselli ont été publiées dans des magazines pour enfants (« John Strobbins », « M. Dupont détective », « Iko Terouka », « Browning & Cie », « Le club des trois », « Les aventures fantastiques d’un jeune policier », « Le Baron Stromboli »... soit dans « L’Épatant », « Le Cri-Cri », « Le Petit Illustré » ou « L’Inédit ». Mais ne vous y trompez pas. Si les textes étaient, à l’époque, destinés principalement aux enfants, ceux-ci sont loin d’être enfantins (les textes), bien au contraire.

Car, tout comme « John Strobbins », « M. Dupont détective » est une série tous publics, mais pas pour autant simpliste ou dénuée d’intérêt.

Effectivement, José Moselli conserve, ici, ses qualités de romanciers d’aventures, mais aussi, sa capacité à rendre un personnage intéressant grâce à un trait de caractère particulier (comme je l’expliquais dans « La momie rouge »).

Dans le cas de M. Dupont, le détective se démarque par plusieurs points.

D’abord, physique : il est malingre, chauve, d’un âge indéfinissable, mais pas de prime jeunesse... c’est bien simple, on dirait un « Mister Magoo » qui aurait un peu trop poussé et n’aurait pas de problème de vue.

Mentalement, ensuite : le trait de caractère principal et celui qui fait toute sa particularité, c’est qu’il a un mental de « fonctionnaire ». Il a des codes, des règles, des tarifs, et il n’en démord pas, quel que soit la situation, le client, l’affaire. Tout comme le tavernier qui affiche une pancarte « La maison ne fait pas crédit », à côté des tarifs de ses boissons, Monsieur Dupont orne les murs de son bureau d’un panneau affichant les prix pour chaque genre d’affaire (retrouver un meurtrier, retrouver un objet volé, résoudre une affaire de chantage...) et une pancarte prévenant le client que « M. Dupont refuse tout marchandage ». Et, comme un bibliothécaire blasé, quand un client veut marchander, le détective se contente de désigner la pancarte du doigt comme le gardien des livres montrerait la pancarte « Silence » a un étudiant un peu trop bruyant.

Pour le reste, M. Dupont ne manque pas de courage, de zèle, d’éthique, excelle dans l’art du déguisement, et, surtout, possède une arme secrète : Koufo.

Koufo, c’est le bras droit de M. Dupont, un jeune « nègre » (ne vous offusquez pas, c’est ainsi qu’étaient dénommés les personnages africains ou « de couleurs », à l’époque, au début du XXe siècle, sans pour autant exprimer un racisme, si ce n’est un sentiment latent dû à une époque lointaine. Koufo, donc, est noir, de petite taille, probablement jeune, intrépide, courageux, malin, obéissant, attentionné, et, s’il apparaît, au final, trop peu pour être considéré comme « héros » à part entière, sa participation permet, au pire, de faire avancer les enquêtes, au mieux, de sortir M. Dupont de mauvaises passes dans lesquelles il finit, parfois, par se retrouver.

Malgré son rôle de subalterne, Koufo n’en est pas moins émancipé, et prend, parfois, des initiatives, toujours pour le bien de son maître.

Sa profession mène bien souvent M. Dupont à l’étranger, même s’il enquête aussi en France, et il possède des pieds-à-terre un peu partout, sinon, il loue des chambres d’hôtel pour se reposer, se cacher ou, surtout, pour se déguiser.

Car M. Dupont est passé maître dans l’art du déguisement et il n’est pas rare qu’il en change plusieurs fois dans la même journée. L’art du déguisement, José Moselli en a déjà usé dans ses autres séries, mais le phénomène ne se cantonnait pas à l’auteur, puisque les travestissements étaient l’apanage de la littérature de la fin du XIXe et du début du XXe.

Les aventures de « M. Dupont détective » s'étalent donc sur 122 numéros du magazine sans aucune interruption ni autre numérotation que celle des épisodes (un épisode par magazine). Si le tout premier porte le titre « La disparition de la « Piazzetta », les autres s'enchaîenent, laissant croire, au premier abord, qu'il ne s'agit que d'une seule et même histoire.

Mais, à la lecture, on se rend rapidement compte que M. Dupont va vivre 6 aventures différentes, des aventures entre lesquelles il n'aura, bien souvent, même pas le temps de retourner chez lui pour se reposer, mais qui sont, pourtant, bien distinctes.

À l'occasion de la réédition, les épisodes se retrouvent séparés et chacun va donc se voir attribuer un titre :

1) La disparition de la « Piazzetta ».

2) L'affaire de la villa Velléda.

3) Le prêteur sur gages.

4) La société secrète des « Buffles noirs ».

5) L'assassinat du Toreador.

6) Les bijoux du Colonel.

À chaque aventure, un pays : Écosse, France, Angleterre, Sierra-Leone, Espagne, Maroc.

Au final, « M. Dupont détective » est une série très agréable à lire et nous offre un héros bien de chez nous, ce qui était rare, à l’époque, même et surtout chez Moselli