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Stanislas-André Steeman est un auteur belge auquel Georges Simenon a fait énormément d’ombre et dont j’ai déjà parlé pour la collection littéraire « Le Jury » qu’il développa pour les éditions Beirnaerdt.

« L’assassin habite au 21 » était, pour moi, jusque là, un vague souvenir d’un vieux film d’Henri-Georges Clouzot (1942).

Dans ce lointain souvenir, le film se déroulait en France ou en Belgique, du moins, dans un pays francophone. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise de constater que le roman se déroule en Angleterre et que l’ensemble des noms est anglo-saxon.

L’assassin habite au 21 : Sept victimes en deux mois et demi — sept crânes fracassés. Et l’assassin a signé tous ses meurtres en abandonnant un bristol sur les lieux : il s’appelle Smith... Smith... La police londonienne est sur les dents, et les milliers de Smith de la capitale connaissent des moments difficiles. Jusqu’au jour où une piste fortuite conduit le Yard du côté de Russel Square. C’est là qu’habiterait l’assassin, au 21. Mais lequel de tous les hurluberlus – plus étranges et plus pittoresques les uns que les autres – qui peuplent la pension Victoria pourrait bien être M. Smith ?

C’est donc surpris et dubitatif que j’ai entamé ma lecture et je dois dire que cette impression a probablement nui au début de ma lecture. En clair, j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, mais, pour une fois, je me suis accroché.

Il faut dire que, même si le souvenir du film était lointain, la notion de plaisir à sa vision et son dénouement étaient encore ancrés en moi.

Et ce plaisir, malheureusement, j’ai eu du mal à le trouver dans cette lecture.

D’une part, à cause de cette « anglicisation » de l’histoire, surtout de la part d’un auteur qui avait créé la collection « Le Jury » pour faire un pendant belge aux récits américains et anglo-saxons (même si la collection contient bon nombre de textes se déroulant outre-Atlantique).

D’autre part, à cause d’un déroulement de l’histoire qui est un peu désuet et assez peu crédible.

Enfin, parce que j’appréhendais de savoir si le dénouement était le même dans le roman que dans le film.

Effectivement, l’histoire tient assez peu la route. Un tueur en série sévit à Londres, les nuits de brouillard et signe ses crimes d’une carte à son nom « M. Smith ». Un soir, après plusieurs crimes, un témoin assiste à un meurtre et suit le meurtrier jusqu’à chez lui, sans avoir pu voir son visage. Il se rend à la police et indique l’adresse du meurtrier. Je vous le donne en mille, il habite au 21 ! Malheureusement, l’adresse correspond à une pension qui comprend plusieurs locataires. À partir de là, la police surveille les lieux et ses habitants, arrêtant les uns après les autres, les hommes des lieux. Mais, à chaque arrestation, un autre crime a lieu, innocentant de facto le suspect arrêté.

Difficile de croire à la stratégie de la police qui consiste à attendre et à voir venir. Mais, plus encore, difficile de croire à l’attitude des pensionnaires qui, malgré les doutes qui pèsent sur eux, malgré le danger qui court les rues, continuent de sortir, le soir, comme si de rien n’était, même les soirs de brouillard et sans avoir d’alibi pour les soirs de meurtres (même si le dénouement explique un peu l’ensemble des comportements).

Mais, mettons de côté ces impressions qui n’ont rien à voir avec le texte lui-même (sauf mes doutes quant à l’histoire).

Après quelques dizaines de pages, la surprise et la déception de la transposition en Angleterre de mes souvenirs du film passées, je suis rentré un peu plus dans le roman, et le plaisir est venu lentement sans jamais flirter, pour autant, avec les sommets.

Pour autant, difficile de totalement adhérer au style, j’ai le même souci avec Georges Simenon, sans pour autant être « Belgophobe », puisque j’adore les romans de l’écrivain Paul Max et son personnage de Billy Mac Tiddle (un écossais), ou ceux de Maurice Boué et son détective Lautrec.

Il est à noter le côté ludique du roman dans lequel, à deux reprises, l’auteur apostrophe le lecteur en l’exhortant à trouver lui-même le meurtrier, lui indiquant même lui avoir donné tous les indices nécessaires pour cela (notamment après la partie de cartes à laquelle je n’ai rien compris - mais j’avais déjà trouvé la solution, puisque je connaissais la fin du film).

Malgré mes réticences liminaires, une histoire un peu abracadabrante, un style qui ne me sied guère, et un rebondissement final éventé, j’ai tout de même dégusté la seconde moitié du roman.

Au final, une légère déception, tant au niveau de l’histoire qu’au niveau du style, notamment à cause d’une fin que je connaissais déjà. Il est étonnant de constater le succès actuel de certains auteurs de la littérature populaire de l’époque comme Simenon ou Steeman alors que tant d’autres que je leur préfère sont désormais totalement oubliés...