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Rodolphe Bringer est un auteur incontournable de la littérature populaire du début du XXe siècle. Il a écrit beaucoup de gaudrioles et de textes légers et, même dans ses romans policiers, on sent poindre un certain humour.

Si sa production policière a souvent été consacrée à son personnage récurrent du Commissaire Rosic, il a également écrit des « polars » sans le faire apparaître.

Quand on est habitué à la plume policière de Rodolphe Bringer, on ne peut qu’être surpris à la lecture de « Mon crime » et ceux pour plusieurs raisons.

Mon crimeJe suis un assassin ! J’ai tué un homme ! Nul n’en a jamais rien su ! Personne ne le saura jamais ! Il y a bien longtemps de cela... Je n’ai aucun remords de mon crime ! Seulement une sorte d’angoisse quand je pense à toutes les émotions par lesquelles j’ai passé !... Et c’est pour cela que je veux écrire cette effroyable histoire afin de m’en décharger sur le papier. Il me semble que lorsque je l’aurai ainsi contée, mon esprit en sera débarrassé et que je n’y penserai plus !... Car c’est comme une hantise qui trop souvent m’accable...

 Comme l’expose si bien la 4e de couverture, qui est également le début du prologue de ce court roman, Rodolphe Bringer utilise, comme rarement, la narration à la première personne.

Mais ce qui surprend, également, en cours de lecture, ce sont deux choses, l’éloignement pur et simple de sa région du Tricastin, une région qu’il a dénommée, inventée, cernée, définie, mais également, et surtout, l’absence d’humour de ce récit.

Car, dans les enquêtes du Commissaire Rosic, même si l’humour n’était pas toujours présent, la propension du policier à paraître ridicule suffisait à apporter une touche de légèreté. Ici, ce n’est point le cas.

Bruc, jeune journaliste à l’Aube, ambitieux et talentueux, décide de faire un papier sur les prêteurs sur gages. Pour cela, il engage un objet personnel au Mont-de-piété, et décide de se rendre chez différents usuriers afin d’étudier leurs comportements.

Mais le premier rencontré, Monsieur Lévy, se révèle être un fieffé gredin. Alors que Bruc lui pose des questions, d’un air nonchalant, l’autre s’énerve et finit par sortir un browning. Le journaliste bondit, désarme son adversaire et lui assène un coup de poing avant de s’enfuir.

Rentré à son journal, son chef l’envoi sur un homicide : un prêteur sur gages a été retrouvé mort dans son bureau. Sur place, il rencontre Carbon, un fameux inspecteur de ses amis.

Ce dernier définit la victime comme une lie de la société, ce qui conforte le journaliste dans son absence de remords.

Seulement, quand le policier met la main sur un suspect que tout accuse, Bruc se retrouve devant un dilemme, être soulagé de ne plus pouvoir être inquiété pour son crime ou laisser condamner un innocent.

Les remords qu’il n’avait pas eus pour son crime, Bruc les a désormais pour le sort de cet innocent et décide de tout faire pour l’innocenter, si possible, sans avoir à s’accuser.

Écrit, donc, à la première personne, Rodolphe Bringer nous fait partager le cheminement de pensée de ce criminel par accident qui ne voit les conséquences de son crime que dans la condamnation éventuelle d’un innocent.

Comme le fera bien plus tard Francis Didelot dans « Le 7e Juré », l’auteur nous conte donc l’enquête d’un meurtrier cherchant à innocenter celui qui est accusé à sa place de son crime.

Si la concision du roman (moins de 17 000 mots) ne permet pas à Bringer, comme le fit Didelot plus tard, de faire une introspection complète du tueur en présentant en profondeur les différentes phases par lesquelles il va passer, ni d’exposer longuement les actes de celui-ci pour prouver une innocence dont il ne doute pas, puisqu’il connaît mieux que personne le coupable, Rodolphe Bringer nous livre pour autant un très bon roman auquel on ne reprochera que d’imposer son point final bien trop rapidement.

Effectivement, on aurait aimé que la joute entre le policier et le journaliste durât bien plus longtemps, que chacun se jette des arguments contradictoires à la face, cherche à démonter ceux de l’autre... malheureusement, le format 64 pages de la collection dans laquelle il est paru à l’époque n’a pas permis ce plaisir.

Pour autant, ne boudons pas notre plaisir tant ce roman nous offre une variation de plume de Rodolphe Bringer, dans sa narration, mais également dans le style. La raison se trouve peut-être dans le fait que ce roman ait pu être écrit dans les dernières années de vie de l’auteur (si tant est qui fut écrit pour la collection et qu’il ne s’agisse pas d’une réédition ou d’une œuvre de fond de tiroir qui traînait depuis longtemps).

Au final, un très bon moment de lecture, un peu trop court, car j’aurais énormément apprécié que cet instant durât plus longtemps.