téléchargement

Le Poulpe est un personnage que j’aime beaucoup, inventé par un auteur que j’aime énormément et dont les premiers épisodes m’ont beaucoup enthousiasmé.

Il faut avouer que ce qui fait la grandeur d’un homme, parfois, fait la décadence d’une série. En clair, quand Jean-Bernard Pouy (un génie, est-il besoin de le rappeler), a inventé le personnage de Gabriel Lecouvreur et mis en place le concept et la bible de la série (en clair, des passages obligés, des personnages récurrents, un auteur différent à chaque fois, un titre sous forme de jeu de mots...) et qu’il a ouvert cette série à tout le monde, il a, à la fois, fait la renommée de cette collection et, à terme, l’a condamnée.

Car, d’avoir tenu parole en acceptant de publier toutes les histoires qui seraient écrites, et ce quel qu’en soit l’auteur, il a réalisé ce que personne n’avait fait avant et, en même temps, à condamné la collection à vivre des hauts et des bas.

Au final, après presque trois cents épisodes, force est de constater que la qualité littéraire de ceux-ci oscille entre l’excellent et l’exécrable. Et, entre les deux curseurs, nombre d’épisodes ne parviennent pas à trouver leur place faute à des auteurs voulant parler à tout prix d’un sujet, au point, peut-être, d’adapter un scénario qui n’était pas prévu pour Le Poulpe, ou bien de vouloir incorporer un de leurs personnages auprès de Gabriel Lecouvreur. Ces épisodes, sans être mauvais, pouvant même être parfois bons, n’en sont pas moins des déceptions tant ceux-ci n’entrent pas dans le moule et dans l’ambiance d’un bon « Le Poulpe ».

C’était le cas avec, par exemple, « Touche pas à mes deux seins » de Martin Winckler où l’auteur incorpore son personnage de Bruno Sachs dans la série et c’est encore le cas avec le titre d’aujourd’hui où le sujet semble avoir été choisi pour un autre projet et l’auteur l’aurait remanié pour y incorporer Le Poulpe.

Chili incarnéDes cadavres d’opposants au régime du général Pinochet transformés en momies atacamèques ? C’est l’incroyable thèse d’un jeune avocat révélée par un entrefilet du journal Le Monde. Problème : un importateur français vient précisément de revendre un lot de ces momies à l’un des plus grands musées européens. De quoi vous échauffer un Poulpe ! Direction Santiago ! En poche, Gabriel n’a que deux adresses et une coupure de journal. C’est peu pour savoir si cette affaire est bien sérieuse...

En effet, Gérard Delteil est un auteur confirmé dont il est difficile de mettre en doute la qualité de plume. D’ailleurs, je ne me risquerais pas à cette extrémité, n’ayant rien à redire sur la qualité littéraire intrinsèque du roman dont il est question.

Seulement, l’on sait Gérard Delteil passionné d’Amérique latine et on connaît l’engagement politique de l’auteur. Si l’engagement politique n’est pas un frein à l’écriture d’un bon Le Poulpe, la plupart des auteurs de base de la série sont très engagés, le sujet sur le chili, Pinochet et cette histoire de momies n’avait, selon moi, que très peu de chance d’intéresser Gabriel Lecouvreur. Non pas que le bonhomme soit rétif aux voyages, ni qu’il ne soit pas touché par les problèmes de dictature, mais, j’ai du mal à le voir s’intéresser à cette histoire de momies, d’autant que l’auteur ne parvient pas vraiment à nous faire comprendre les motivations du héros (à part l’argent ?) et qu’il semble plus pousser par une tierce personne que par sa propre curiosité (qui est sa source habituelle de motivation).

À partir de là, je me demande ce que va foutre Lecouvreur au Chili et je me désengage de l’histoire et c’est fort dommage.

Dommage, car, avec une motivation bien établie ou, mieux, avec un autre personnage, un journaliste chilien, par exemple, quelqu’un touché de prêt par le fait divers, le roman aurait pu être tout autre. 

Effectivement, le sujet pouvait être intéressant bien que j’ai du mal à croire que l’on puisse confondre des momies de plusieurs milliers d’années avec des corps récemment momifiés, surtout lorsqu’elles sont destinées à des musées. Je ne sais si l’auteur a trouvé cette idée dans des rumeurs... 

Pour autant, le sujet pouvait surtout être prétexte à exposer l’histoire du Chili et des pays alentours...

Mais, Gabriel Lecouvreur étant de la partie, le fait de respecter la « Bible » du Poulpe empêchait, de facto, de produire une œuvre approfondie et renseignée.

Reste alors une petite histoire sympathique dans laquelle, pour moi, Gabriel Lecouvreur ne trouve jamais sa place. Il a beau se trouver dans la mouise, boire des bières, vivre des péripéties, rarement j’ai eu l’impression de lire un vrai « Le Poulpe ».

Au final, un roman qui se lit sans déplaisir, mais qu’il est difficile d’apprécier réellement en tant qu’un « Poulpe » tant les motivations du héros demeurent floues.