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René Thomas est un auteur intéressant pour plusieurs raisons.

La toute première est que sous ce pseudo se cache l’auteur Louis Thomas Cervoni.

La seconde est que, même si, aujourd’hui, malheureusement, plus grand monde connaît cet auteur, de son temps, il eut un certain succès. Outre le « prix du quai des Orfèvres » reçu pour son roman « Poison d’avril », en 1957, il voit également, son roman « L’assassin connaît la musique », adapté au cinéma, en 1968, avec Paul Meurisse dans le rôle principal.

Question adaptations cinématographiques  : « Manie de la persécution » adapté par Julien Duvivier avec Alain Delon et « Les mauvaises fréquentations » adapté par Yves Favier. Sans compter les adaptations au théâtre.

L’auteur écrit également beaucoup de scénarios pour les séries radiophoniques de l’époque.

Certains de ses scénarios seront interprétés pas Brigitte Bardot, Guy Bedos, Mireille Darc.

Canal +, à la fin des années 80, produira et diffusera une série TV, « Sueurs froides », dont 16 épisodes sont des adaptations de ses nouvelles.

Mais Louis C. Thomas (pseudonyme sous lequel il écrira également) est aussi connu pour avoir écrit 17 scénarios pour la série télévisée culte : « Les cinq dernières minutes ».

Enfin, Louis C. Thomas est un auteur particulier puisqu’il était aveugle suite à un « accident ».

Louis C. Thomas, sous ses différents pseudonymes, a fait naître plusieurs personnages récurrents dont, notamment, l’inspecteur Lémoz dans la collection « Mon Roman Policier » aux éditions Ferenczi et les membres de l’Agence de détective STOP.

Le client de la dernière heureL’agence de détective STOP est dans la mouise. Plus de pognon, les impôts à payer, les huissiers qui s’apprêtent à investir les bureaux... Heureusement, au dernier moment de la journée, un client pointe son nez. Curieux client que Maitre Bavolet qui dépose une forte somme sur le bureau en réclamant, en échange, le silence... Paul Mercier, le directeur de l’agence, accepte cet argent tombé du ciel. Mais, une fois le client parti, il commence à avoir l’impression que l’homme l’a considéré comme un Maître chanteur. Il convoque son équipe, sa secrétaire Cloclo et son homme de main Jojo et apprend que ceux-ci ont envoyé un courrier aux hommes en vue de la Région, pour proposer les services de l’agence, afin de trouver de nouveaux clients. Mais la tournure de la lettre peut, si l’on n’a pas la conscience tranquille, avoir une tout autre signification. Il décide alors d’enquêter sur l’avocat et, en le suivant, il le voit déterrer une valise dans un jardin d’une propriété d’un petit village puis aller la jeter dans la rivière. Quand Jojo repêche la valise, elle ne contient que des pierres...

Qu’il est très difficile de réussir à capter le lecteur, à proposer des personnages intéressants et une histoire captivante en seulement 32 pages (moins de 10 000 mots). 

Pour autant, quelques auteurs parviennent à relever ce défi et certains réussissent, même à briller régulièrement dans cet exercice casse-gueule.

Jusqu’à présent, j’avais noté l’excellence de la plume de Charles Richebourg, avec sa série « Odilon Quentin », et j’avais déjà apprécié le travail de Louis Thomas Cervoni, sous le pseudonyme de René Thomas, avec ses titres autour du personnage de l’inspecteur Lémoz.

L’auteur allait-il parvenir à faire aussi bien avec les membres de l’Agence STOP ?

Je vous laisse mariner quelque peu.

Tout d’abord, laissez-moi vous présenter les membres de l’Agence STOP.

Le chef, le directeur de l’agence, s’appelle Paul Mercier. C’est un jeune homme qui a décidé de se lancer dans la profession en pensant vivre une vie d’aventures avant de se rendre compte que le métier de détective n’est pas toujours si mouvementé que cela.

Jojo, c’est l’homme fort de l’agence. Un colosse qui ne se déplace jamais sans sa fiole d’alcool pour se réchauffer. Toujours prêt à castagner quand il le faut, il ne s’embarrasse pas de scrupules quant aux moyens de parvenir à son but.

Puis il y a Cloclo, la secrétaire de l’agence qui n’hésite pas à aller sur le terrain quand il le faut.

32 pages, 10 000 mots au maximum, donc, peu de temps pour présenter les personnages et proposer une intrigue digne de ce nom.

Et pourtant, René Thomas parvient en quelques mots à mettre en place l’agence et ses membres, poser les rôles de chacun puis, à lancer une intrigue qui tient la route et qui laisse une part au mystère.

Cet avocat qui débarque dans l’agence pour lâcher son pèze et réclamer le silence. Vu la situation financière de l’agence, Paul Mercier n’hésite pas à accepter le pognon avant de se rendre compte que son client a plutôt agi comme quelqu’un que l’on faisait chanter. En réalisant que Jojo et Cloclo, pour trouver des clients, donc, de l’argent, ont envoyé une lettre pour proposer les services de l’agence, à des personnalités de la région et que le contenu de cette missive est suffisamment flou pour qu’une personne n’ayant pas la conscience tranquille, la prenne pour du chantage, il s’attelle à découvrir ce qu’a à se reprocher l’avocat.

En le suivant, il le découvre en train de déterrer une valise et d’aller la jeter à la baille. Quand Jojo la repêche, la valise ne contient que des pierres...

Pourquoi aller déterrer une valise contenant des pierres pour aller la jeter à la rivière ? Ce sera tout le mystère que Mercier devra résoudre.

Avec une description minimaliste, René Thomas réussit à rendre ses personnages intéressants, à défaut d’être réellement originaux (l’auxiliaire un peu rustre, alcoolo et peu respectueux de la loi... la secrétaire qui pourrait aussi bien être celle de Nestor Burma...).

Si l’intrigue démarre sur un quiproquo à peine crédible, la suite parvient tout de même à satisfaire le lecteur dans la mesure où il est conscient d’avoir affaire à un très très court roman.

Cependant, contrairement à d’autres auteurs d’autres textes du genre, René Thomas a un style fluide et un sens de la narration et de la concision qui offrent une lecture agréable. Effectivement, d’autres auteurs, parfois des auteurs confirmés à la bibliographie impressionnante, sur des tailles aussi courtes, ne parviennent pas à instiller cette fluidité. À la lecture, on peut avoir l’impression que le texte a été passé au rabot pour le faire tenir dans la taille désirée.

Ce n’est pas le cas avec René Thomas qui a tout de suite maîtrisé le format 32 pages (on peut s’en rendre compte avec sa première production du genre : « L’assassin a tout prévu », la première enquête de l’inspecteur Lémoz.

Au final, si l’on avait pu se rendre compte que René Thomas avait une plume de qualité et maîtrisait le format court avec les enquêtes de l’inspecteur Lémoz, on pouvait se demander si l’auteur était porté par son personnage ou bien s’il pouvait récidiver avec un autre. Le lecteur peut être rassuré.